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Indicateurs de Développement Durable

Par Anne Musson
8-09-2011

Peut-on concilier soutenabilité environnementale, performance agricole et croissance économique ?

Peut-on concilier soutenabilité environnementale, performance agricole et croissance économique ?
(Getty Images)
Douce conséquence de l’exaltation scientifique de la rentrée (oui oui), une publication nous apporte quelques éléments nouveaux quant à la mesure de la soutenabilité des territoires.

Précédemment, nous expliquions que les pays les plus attractifs ne sont pas forcément les plus vertueux, et on se demandait alors si les objectifs de compétitivité et de soutenabilité environnementale sont conciliables. Une étude très récente propose de contribuer au débat en étudiant le cas des districts ruraux italiens et en apportant un élément nouveau : la performance du secteur agricole. S’en suit alors un questionnement plus précis et non moins intéressant : peut-on concilier performance agricole et soutenabilité environnementale ?

Évaluer les districts ruraux italiens

En effet, Salvati et Carlucci (2011) [1] proposent d’analyser les performances économiques et environnementales des 784 districts ruraux italiens. Pour cela, ils utilisent trois indicateurs :
-  Pour (tenter de) mesurer la soutenabilité environnementale du territoire, est calculé un indicateur composite, l’ESAI (Environmentally Sensitive Areas Index). Il évalue les différentes pressions subies par le milieu écologique et se base sur des variables géologiques, topographiques et climatiques. Sont ainsi mixées des données telles que le niveau de précipitation, la texture du sol ou la croissance démographique pour finalement obtenir une note entre 1 et 2 et quatre catégories de « niveau » de soutenabilité ;
-  La compétitivité économique du district est représentée par la croissance du revenu/tête ;
-  Enfin, la performance agricole est symbolisée par la contribution du secteur au PIB global du district.

Si la construction de ces indicateurs pourrait être source d’un long débat (cf. notamment post précédent), ce sont les résultats que nous allons aujourd’hui commenter.

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En effet, les auteurs classent ensuite les différents districts selon leurs performances dans les trois catégories. Pour chaque critère, ils peuvent être bons (« increasing ») ou mauvais (« decreasing »). Nous avons donc huit cas possibles, selon la réussite ou l’échec des modalités : les meilleurs districts sont bons partout (3 « increasing », catégorie 1), les mauvais élèves n’ont ni un secteur agricole performant, ni une économie compétitive et ne sont pas soutenables en termes d’environnement (3 « decreasing », catégorie 8).

A y regarder de plus près...

Entre ces extrêmes, toutes les autres combinaisons sont possibles, et deux d’entre elles, les catégories 2 et 5, sont particulièrement intéressantes. En effet, dans ces deux cas, deux objectifs sont atteints, la performance agricole est toujours au rendez-vous, mais pour la catégorie 2, c’est la soutenabilité qui est bonne et non la croissance économique, et c’est bien sur l’inverse concernant la 5ème catégorie. La question sous-jacente est la suivante : la performance agricole va-t-elle à l’encontre de la soutenabilité environnementale, ou, au contraire, participe-t-elle au développement durable ? Afin d’apporter quelques éléments de réponse, regardons le nombre de districts italiens par catégories.

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Tout d’abord et globalement, il apparait de manière criante que, moins les objectifs sont atteints, plus il y a de districts dans les catégories : mais passons, ce n’est l’objet de notre question. De manière plutôt surprenante cette fois, on remarque que 64 districts (plus de 8% du total) se classent dans la 2ème catégorie et seulement 32 (environ 4%) dans la 5ème. En effet, le lien entre pollution et exploitations agricoles supposerait que plus l’agriculture représente une part importante de l’économie locale, plus l’environnement du territoire concerné s’en trouverait dégradé. Or, il y a deux fois plus de districts italiens qui cumulent bonnes performances environnementale et agricole que bonne performance agricole et mauvaise performance environnementale. On peut dès lors supposer que performance agricole inclut, dans la majorité des cas, un meilleur respect de l’environnement.

La corrélation négative se vérifie t-elle ?

Regardons alors les catégories 3 et 4, associant mauvaise performance en matière d’agriculture et bonne performance environnementale, et confrontons-les à la catégorie 5, affichant toujours une mauvaise note en matière d’agriculture, mais aussi, cette fois, une mauvaise performance concernant l’environnement. 74 districts sont dans le premier cas (9,4%), 107 dans le deuxième (13,6%). Rien d’irrécusable, d’irrésistible et de radical donc [2], mais il semblerait bien que la tendance lie la performance agricole à la performance environnementale, et vice versa . Et c’est entamer la reprise par une bonne nouvelle.

[1] Salvati, L., Carlucci, M., The economic and environmental performances of rural districts in Italy : Are competitiveness and sustainability compatible targets ?, Ecol. Econ. (2011), doi:10.1016/j.ecolecon.2011.07.030

[2] Les conclusions sont à nuancer suivant les proportions et il existe également nombre de limites liées à la méthodologie et au champ d’enquête.

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