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17-10-2012
Mots clés
Environnement
Santé
France
Interview

OGM, Médiator : « Il faut protéger les personnes, donc les dispositifs d’expertise »

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OGM, Médiator : « Il faut protéger les personnes, donc les dispositifs d'expertise »
(Crédit photo : j+b séquences)
 
André Cicollela, toxicologue, estime que les agences de santé doivent disposer d’un code de déontologie fixé par un organisme extérieur.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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André Cicolella est toxicologue, président du Réseau environnement santé.

Terra eco : Vous connaissez bien les risques pris par les lanceurs d’alerte. Vous en avez vous-même fait l’expérience…

André Cicolella : J’ai été licencié pour faute grave en avril 1994 à quelques jours d’un colloque international que j’avais organisé et qui portait sur les risques associés à une famille de solvants : les éthers de glycol. C’était un colloque qui réunissait 200 participants. Du jour au lendemain, on m’a licencié pour insubordination parce que j’avais refusé de participer à une réunion préalable. Elle visait à m’empêcher de porter à la connaissance du public, via ce colloque, la confirmation des effets génotoxiques sur l’homme de ces substances. En 2000, la Cour de cassation a déclaré que mon licenciement était abusif. J’ai été ainsi à l’origine d’une jurisprudence reconnaissant la nécessité de protéger les lanceurs d’alerte. Cette affaire est assez caractéristique de la situation dans laquelle on peut se trouver lorsqu’on veut alerter le public sur un problème de santé public.




Pensez-vous que la situation a changé depuis ?

Dans l’opinion publique, l’expression « lanceur d’alerte » est maintenant connue. Mais au niveau des responsables politiques, c’est encore très partagé. Le Grenelle avait voté à l’unanimité le principe d’une loi pour protéger ces lanceurs d’alerte. Cette promesse n’a pas été tenue. Je l’ai rappelée lors de la conférence environnementale mais il n’y a pas eu de reprise. Une proposition de loi des sénateurs verts reprend l’idée que je défends : celle de la création d’une Haute autorité (de l’expertise scientifique et de l’alerte en matière de santé et d’environnement, ndlr). Si j’avais eu ce lieu de recours quand j’ai été licencié, peut-être que les choses ne se seraient pas passées comme ça.

Comment fonctionnerait cette autorité ?

L’idée centrale, c’est que pour protéger les principes, il faut protéger les processus et donc les dispositifs d’expertise. Le code de déontologie doit être fixé par un organisme extérieur. On me dit que les agences sont exemplaires parce qu’elles ont un code de déontologie. Mais de multiples exemples montrent que ce n’est pas le cas. Il faut qu’une haute autorité définisse le code de déontologie, en dehors des crises. Personne n’a intérêt à jouer les martyrs.

Si cette haute autorité faisait bien son travail et rendait les agences étatiques irréprochables, les lanceurs d’alerte pourraient être amenés à disparaître ?

Aucun système n’est parfait. Mais potentiellement oui. En tout cas, la société doit avoir une politique de santé publique qui fonctionne et non des organismes qui font semblant. L’exemple du bisphénol A est parlant. Les députés et les sénateurs doivent voter pour qu’on l’interdise dans les contenants alimentaires ou qu’on bannisse la présence de phtalates dans les dispositifs médicaux. La population la plus exposée à ces phtalates, ce sont les prématurés qui reçoivent 1 000 fois les doses autorisées pour les adultes.

C’est quand même anormal que l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé n’ait pas pris de position sur ces dispositifs médicaux. Ce n’est pas faute de ne pas avoir alerté l’opinion. Nous avons fait une conférence de presse au mois d’avril sur cette question. Quand après ça, on dit que les agences fonctionnent et qu’elles sont parfaitement vertueuses… Je peux vous donner un deuxième exemple. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) a fait un rapport sur les effets à faible dose du bisphénol A. Un an après, on attend toujours les conséquences de ce rapport sur la DJA (la dose journalière admissible soit la quantité de substance qu’un individu moyen peut théoriquement ingérer quotidiennement sans mettre sa santé en danger, ndlr).

Pourquoi ces agences ne font-elles pas bien leur travail, selon vous ? Est-ce une question de moyens ?

Non. Ce n’est pas très compliqué de calculer une DJA. On prend l’effet à la concentration la plus basse et on divise par mille. Si l’Anses ne le fait pas, elle est en faute.

Mais justement pourquoi ne le fait-elle pas à votre avis ?

Sur des cas précis, il y a une difficulté au sein de ces agences à se détacher de l’argumentaire défendu par l’industrie chimique. Mais une agence n’a pas à se substituer à l’industrie qui peut bien se défendre toute seule. Elle doit avoir une position de protection de la santé publique. Comme elle ne le fait pas, ce sont les députés et les sénateurs qui s’y collent mais ce n’est pas normal. On ne va pas faire 870 lois (1), une loi par perturbateurs endocriniens présumés !

La création d’une haute autorité de l’expertise scientifique pourrait changer ça ?

Oui. Sur ce problème de DJA, en tant que président du Réseau environnement santé je pourrais saisir cette haute autorité qui rendrait alors un avis. Elle aurait un rôle un peu similaire à celui de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité ou de la Commission nationale de l’informatique et des libertés. Son objectif ne serait pas de faire une expertise mais elle constituerait un lieu de recours. Quand on reproche à Gilles-Eric Séralini d’avoir utilisé des souches de rats plus susceptibles de développer des cancers alors qu’elles sont les plus utilisées en cancérologie et que Monsanto les utilise, c’est une accusation grossière, qui pourrait être examinée par la haute autorité.

L’étude de Gilles Eric Séralini aurait donc dû, selon vous, être menée au sein d’un organisme étatique ?

Ou au moins recevoir un financement public. On lui reproche d’avoir utilisé de petits groupes d’animaux mais s’il avait eu plus d’argent, il aurait fait ces expériences sur 50 animaux ! Il faut aussi se souvenir que les lanceurs d’alerte ne sont pas que des chercheurs. Dans une acception plus large, ça peut être tout citoyen qui observe une situation environnementale ou de santé anormale. Les salariés de PIP qui changeaient de gel quand les inspecteurs arrivaient (l’entreprise utilisait un gel non homologué mais moins cher et mentait à l’organisme certificateur, ndlr) ont expliqué qu’ils faisaient ce que leur patron disait et que s’ils ne le faisaient pas, ils risquaient d’être mis à la porte. Mais si la loi les avait obligés à lancer l’alerte, ils auraient pu saisir la haute autorité pour dysfonctionnement. Dire que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, c’est une vaste blague.

(1) Dernière estimation faite en 2011 par la spécialiste Theo Colborn. Liste à télécharger ici (en anglais).

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  • c’ est important c’ est cela une vraie démocratie,
    les dites démocraties occidentales, voire démocratie de peuple de Dieu, dixit les Usa, sont en réalité aux mains de quelques centaines de gros actionnaires, gorgés de richesses, entassées sans utilité dans les banques et paradis fiscaux, volées sur le dos des salariés, seuls créateurs de richesses,
    Honte et à bas ce système économique.
    Yves Le Gloahec

    19.10 à 12h16 - Répondre - Alerter
  • L’étude de Monsieur Séralini a un intérêt majeur : celui de démontrer que rien ne survient au cours des 3 premiers mois et qu’il est donc possible de faire une étude rassurante sur 3 mois d’un produits provoquant l’apparition de tumeurs.
    Pour mettre sur le marché un médicament, il faut faire chez l’animal des études de cancérogénèse sur deux ans. Pourquoi demander au médicament deux ans et aux OGM rien ou 3 mois ?
    On peut alors se rassurer en disant que un patient va prendre tous les jours son médicament alors qu’on ne mange pas tous les jours du mais OGM. Mais si les tomates, les courgettes, les patates, le riz, les topinambours et les haricots sont aussi des OGM, on risque de multiplier les risques potentiels et chaque produit sera testé sur une étude ne permettant pas de dévoiler un risque.
    Est ce grave ? En fait non car on n’a aucune chance de mettre en évidence ultérieurement un éventuel scandale sanitaire lié aux OGM, alors que l’on peut démontrer des scandales sanitaires liés aux médicaments après leur mise sur le marché (cf. médiator)
    Pour les médicaments, il existe des registres ou des bases de données permettant des analyses comparatives de l’évolution des patients prenant un médicament X et de ceux atteints de la même maladie mais ne prenant pas le médicament X. C’est ainsi que l’on a pu démontrer que la prise de médiator était associé à une fréquence 3 à 4 fois plus élevée de valvulopathies. La comparaison de groupes traités et témoin est le seul moyen de déceler ces problèmes.
    Maintenant essayez de faire le même type d’étude pour savoir si les mangeurs de maïs OGM ont un risque accru de cancer. Il faut trouver ces mangeurs de mais OGM, connaitre tous leurs autres facteurs de risque de cancer et trouver un groupe comparable de personnes avec les mêmes facteurs de risque des cancers (même mode de vie, même âge, même sexe etc….) mais qui ne mangent pas de maïs OGM. Bref c’est impossible car il en faut environ 50 000 dans chaque groupe, suivis une dizaine d’années environ pour s’assurer d’une absence de risque.

    Vous voyez, il n’est pas utile de faire des études sur les OGM qui risqueraient de mettre en évidence une augmentation des cancers puisque le risque de mettre en évidence ultérieurement un scandale sanitaire est nul. On fera des études sur 3 mois pour rassurer et éliminer un trop gros risque qui pourrait se voir

    Bon courage

    19.10 à 11h10 - Répondre - Alerter
  • Non, personne ne reproche a Séralini d’avoir utilisé cette souche de rat ou d’avoir utilisé des groupes de 10 rats.

    On reproche à Séralini de surinterpréter les résultats de son étude concernant les tumeurs mammaires et la mortalité à 2 ans. Pour pouvoir tirer des conclusions concernant les tumeurs mammaires et la mortalité de cette souche de rats à 2 ans, il FAUT au moins 50 rats par groupe.

    Les détracteurs disent juste que l’étude de Séralini ne prouve pas ce que son article scientifique prétends qu’elle prouve. Ca ne veut pas dire qu’aucune étude sur ce rat avec 10 rats par groupe n’est pertinente. Ca veut juste dire qu’on ne peut pas tirer les conclusions alléguées sur les tumeurs mammaires et la mortalité à 2 ans avec une telle étude.

    Pour les autres évaluations toxicologiques faites dans l’étude du CRIIGEN (50 paramètres mesurés), 10 rats par groupe peuvent être suffisants. Le nombre de rats par groupe doit être en rapport avec de ce qu’on veut mesurer et les conclusions que l’on compte en tirer.

    18.10 à 22h15 - Répondre - Alerter
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