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30-03-2011
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Nucléaire : stop ou encore ? Les nations s’interrogent…

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Nucléaire : stop ou encore ? Les nations s'interrogent…
(Photo : Manifestation "antinuke" à Hambourg le 26 mars 2011. Credit : Ahoy polloi / Flickr)
 
Les États-Unis poursuivent, l'Allemagne suspend, l'Inde s'inquiète... Partout dans le monde, la catastrophe de Fukushima a remis le débat nucléaire sur la table. Mais les appétits varient.
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En France, pas question d’abandonner l’atome. François Fillon l’a dit et redit devant l’Assemblée nationale, le 15 mars dernier : « Il est tout aussi absurde d’affirmer que le nucléaire est condamné par cet accident que d’affirmer qu’il ne nous concerne pas. Nous devrons tirer tous les enseignements de cette catastrophe pour renforcer la sécurité de notre parc nucléaire. C’est l’un des plus sûrs, c’est l’un des plus vérifiés, c’est l’un des plus transparents. » En clair : on prend note, mais on continue. Et ailleurs ? Comment la catastrophe de Fukushima a-t-elle influencé le débat sur l’atome au-delà des frontières japonaises ? Une chose est sûre : entre marche arrière, relance des discussions… et absence d’effets, le nucléaire divise le monde. Le point sur les positions les plus tranchées, comme les plus surprenantes.

Etats-Unis : et deux nouveaux réacteurs approuvés, deux !

Le mastodonte de la planète en la matière (100 747 MWe produits par 104 réacteurs dans 64 centrales) n’oscille pas d’un pouce sur sa feuille de route nucléaire. Deux nouveaux réacteurs doivent être construits près d’Augusta, en Géorgie ? Fukushima ou pas, ils le seront, apprenait-on samedi dans le Wall Street Journal, le projet ne posant « pas de risque pour l’environnement ». Pour Joshua Green, éditorialiste du magazine The Atlantic, cette nouvelle prouve au moins une chose : « Les effets d’une catastrophe industrielle majeure sur le processus d’élaboration des politiques à Washington semblent maintenant être absolument nuls. » Les écologistes américains, forts du soutien d’Andrew Cuomo, le gouverneur démocrate de New York, espèrent tout de même obtenir la fermeture de la centrale d’Indian Point, située à 40 km de la mégalopole, qu’ils considèrent comme la plus dangereuse du pays.

Allemagne : le bond en arrière de la chancelière

Sous l’effet du tsunami japonais, Angela Merkel a battu en retraite. Le 15 mars, elle suspendait une décision prise à l’automne dernier, autorisant le prolongement des centrales nucléaires allemandes au-delà de leur durée de vie initialement prévue. Résultat : 7 centrales entrées en service avant 1980 seront fermées et la totalité des 17 réacteurs en service seront soumis à des contrôles avant le 15 juin. Raisons avancées par la chancelière ? La sécurité. Mais d’imminentes élections régionales, de même qu’une protestation grandissante des anti-nucléaires, ont assurément joué un rôle. Samedi 26 mars, à la veille du fameux scrutin, près de 200 000 personnes manifestaient ainsi dans les rues de Berlin, Hambourg, Cologne et Munich. Pour le New York Times, il n’y a pas de doute : si le parti d’Angela Merkel a subi une lourde défaite dans le sud-ouest du pays, au cœur d’un bastion historique des chrétiens-démocrates , c’est à cause de « la calamité nucléaire japonaise » et du changement de cap subséquent de la chancelière sur l’avenir nucléaire.

Et pendant ce temps, un brillant succès déferle sur les librairies allemands. Une nouvelle publiée après l’accident de Tchernobyl, Die Wolke (le nuage), de Gudrun Pausewang, surfe involontairement sur l’air du temps. Elle caracole à la deuxième place des ventes d’Amazon Allemagne.

Chili : un mystérieux « accord de principe »

Une géographie similaire au Japon – le Chili est aussi un pays à fort risque sismique et bordé de zones côtières – ? Qu’importe. Une population qui ne cesse de poser des questions et des législateurs qui doutent ? Pas plus d’importance. C’est en tout cas ce que laisse penser la dernière œuvre du gouvernement chilien. Le 18 mars, il a signé avec les Etats-Unis un « memorandum sur l’énergie nucléaire. Pour tenter de justifier cette signature improbable, la ministre de l’Energie, Laurence Golborne, s’est empressée d’expliquer que la ratification de l’accord « n’est pas une étape pour installer une centrale nucléaire au Chili ». Son collègue du ministère des Affaires étrangères, Alfredo Morena, qui a paraphé l’accord pour la partie chilienne, a quant à lui précisé : « le Chili n’est pas en mesure de disposer d’énergie nucléaire et ce qui s’est passé au Japon ne fait que renforcer cette position. » Mais alors cet accord, il va servir à quoi ?

Royaume-Uni : Business as usual

Avec ses 19 réacteurs et ses 9 centrales, le Royaume-Uni, comme la plupart des pays européens, s’inquiète de la situation japonaise. Mais remettre en question son programme nucléaire ? Ce n’est décidément pas à l’ordre du jour. D’autant plus que les Britanniques ont lancé il y a deux ans un programme de renouvellement de leurs centrales, dont les nouvelles versions devraient être livrées en 2018. Le lobby nucléaire, lui, vient en tout cas de trouver son nouvel héraut : Sir David King. Repris par le Guardian, l’ancien scientifique en chef du gouvernement britannique n’hésite pas à clamer : « Existe-il, historiquement, une énergie plus sûre que l’énergie nucléaire ? Non. Même l’hydroélectricité a causé plus de morts. » Il va sans dire que pour ce fervent défenseur de l’atome, l’énergie nucléaire représente une « formidable opportunité économique » à ne pas manquer, en dépit des évènements en cours au Japon. What else ?

Italie : le peuple choisira

Au pays de Berlusconi, le nucléaire c’est fini depuis novembre 1987, depuis que 87% des Italiens ont dit « non » à l’atome. Mais en juin prochain, la question va de nouveau leur être posée par référendum. Les arguments de ce projet clé de l’actuel président du conseil ? Diminuer la dépendance énergétique de l’Italie, tout comme le prix de l’électricité.

Le débat, lui, n’a pas attendu l’accident de Fukushima pour commencer. Début janvier, c’est même Eric Besson, de passage à Rome, qui entrait dans la partie : « Le gouvernement français est à la disposition des citoyens italiens qui se posent légitimement la question de la sûreté. Nous sommes tout disposés à expliquer pourquoi la France persiste dans son choix du nucléaire civil et quels sont les atouts de la filière pour le consommateur final, pour les industries et pour l’environnement », a expliqué le ministre, selon le correspondant des Echos à Rome. Mercredi 23 mars, nouvelle donne : quelle que soit l’issue du référendum, bel et bien maintenu, un moratoire suspend désormais et pour douze mois toute nouvelle désignation de sites ou construction de centrales. L’objectif ? Que le référendum se fasse dans un climat plus détendu et rationnel, détaché de l’actualité japonaise, a expliqué à l’AFP une source gouvernementale.

Turquie : il y aura bien une première centrale

« Notre détermination concernant le développement du nucléaire en Turquie est inchangée », a déclaré Taner Yildiz, le ministre turc de l’Énergie, quelques jours après l’accident japonais, précisant que celui-ci était dû à des réacteurs vétustes et à une technologie vieille de 40 ans. En ligne de mire : la première centrale nucléaire turque, qui devrait être lancée en 2019. Alors que le pays est régulièrement secoué par des tremblements de terre - un séisme de magnitude 7,4 avait tué près de 20 000 personnes en 1999 au nord-ouest du pays -, la déclaration a provoqué l’ire de l’opposition et des militants écologistes. D’après Le Courrier des Balkans, Pinar Aksoğan, experte en énergie pour Greenpeace, n’a en effet pas hésité à lancer : « Que fait Taner Yildiz, notre ministre de l’Énergie ? Il cache au grand public la crise nucléaire, et fait comme si tout était sous contrôle », avant de l’accuser de « mettre la vie [des Turcs] en danger ».

Inde : les futurs EPR inquiètent

Le site de Jaitapur, dans l’Etat du Maharashtra, a connu entre 1985 et 2005 pas moins de 91 secousses sismiques, de 2,9 à 6,3 sur l’échelle de Richter. Et pourtant, c’est là que les autorités indiennes veulent installer deux nouveaux réacteurs de type EPR, qui devraient être livrés par Areva en 2018. Le pays, qui compte déjà 20 centrales, ambitionne ainsi de produire 25% de son électricité grâce à l’atome. Dans la population, la nouvelle passe mal et les habitants des environs de Jaitapur se mobilise depuis des mois contre le projet. L’inquiétude, déjà bien présente, a été ravivée par les nouveaux évènements survenus au Japon, comme le rapporte The Hindu : « La sécurité de la technologie EPR doit être évaluée dans le cadre de tremblements de terre et de tsunamis qui se produiraient simultanément », a affirmé le président de la Commission pour l’énergie atomique, Srikumar Banerjee.

Et les autres ?

La Suisse a décidé de geler les constructions de trois centrales. Celles-ci devaient venir remplacer les centrales en fin de vie sur les cinq que compte le pays. L’Espagne, elle, devrait poursuivre son désengagement du nucléaire, promis en 2008. Tout comme l’Allemagne et la France, la péninsule ibérique a affirmé qu’elle fermerait ses centrales qui échoueront aux tests de résistance, prochainement menés sur les 143 sites actuellement en fonctionnement dans 14 pays européens. Pour la Russie, qui est en train de construire 6 centrales (elle en a déjà 10 en activité), « la catastrophe de Fukushima ne remet nullement en cause le programme de développement de l’énergie nucléaire russe », ont fermement indiqué les autorités, d’après La Russie d’aujourd’hui.
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Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

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