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Noël : Planète fragile, ouvrir avec précaution

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Au pied du sapin, des cadeaux et des victuailles. Mais aussi des tonnes de CO2, des kilos d’emballages, des térawatts d’énergie. « Terra Economica » s’est lancé dans une enquête inédite en France : évaluer l’impact social et environnemental de Noël.
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Article publié dans le magazine
"Planète fragile - Ouvrir avec précaution"

L’idée est sortie, un matin, des cerveaux affutés de la rédaction. Et si on calculait l’impact social et environnemental de Noël ? Belle intention. A l’heure où les petits Français piochent dans un catalogue de jouets importés de Chine ; tandis que leurs aînés commandent des kilos de saumon norvégien ; au moment où des familles entières se préparent à s’engouffrer dans leurs véhicules pour la réunification tribale annuelle, voire embarquent dans des appareils volants pour jouir d’un Noël au soleil, le temps semblait idéal pour une petite mise au point.

Oui, comme tout gros événement festif, Noël pèse lourd dans la balance environnementale. D’autant qu’il débarque à l’heure où – température oblige – les ressources énergétiques sont déjà largement sollicitées. La tâche est ambitieuse à un point que vous n’imaginez même pas. Nous avons remué ciel et terre : personne n’a jamais tenté d’évaluer l’impact environnemental de Noël. Vous lisez bien : personne ! Alors Terra Economica a relevé le défi. Tout a commencé par la répartition des postes. Celui-ci se chargera des transports, celle-là du poids des loisirs, une troisième des dépenses énergétiques, un dernier de la consommation. L’idée : suivre les pas d’un Français du traiteur au sapin, des centres-ville animés aux pistes enneigées.

La réunion a tourné au remue-méninges hollywoodien. Imaginons, s’est-on dit, une famille française à l’image des personnages d’un livre pour enfants. Pierre, 35 ans, et Lucie, 33 ans, ont deux enfants, Tom et Lola, 10 et 8 ans. Ils habitent à la périphérie de Rennes, dans un pavillon de taille modeste. Noël approche. Petits et grands peaufinent leurs listes, les pieds au chaud devant la cheminée. L’aîné écopera du dernier jeu vidéo Rayman signé Ubisoft (numéro un en France) en provenance de Chine, du Canada ou de Roumanie. La cadette recevra une poupée Mattel née à la lumière d’un atelier chinois. Leur fabrication dans des pays parfois très « souples » sur le plan environnemental pèse déjà son comptant de gaz à effet de serre. Leur acheminement achève de lester la balance. En camion ou avion, les kilomètres parcourus par Rayman et Barbie lancent vers le ciel des nuages d’émissions.

Le cochon-tirelire en rade

Retour à Rennes. Pierre et Lucie sont épuisés au crépuscule de leur année. Pas question d’aller jouer les sardines dans des magasins bondés. Comme tout bon foyer moyen, la famille fera 9 % de ses achats par Internet. Le pot d’échappement de la 307 essence crachera ainsi moins de dioxyde de carbone sur les routes de campagne. Mais d’autres s’en chargeront pour lui. Car la famille devra encore recevoir les cadeaux commandés en ligne. Pour quelques compagnies, Noël sonne l’heure de se frotter les mains. DHL, spécialiste du transport postal, enregistre chaque année un pic de 30 % d’activités à cette période. Mieux, entre novembre et décembre, sa fililale internationale DHL Global Forwarding réalise près de 40 % de ses importations de l’année en fret aérien grâce à la filiale asiatique.

Mais cette année, Pierre et Lucie ont vu leur cochon-tirelire friser l’apoplexie. La raison ? La hausse du prix de l’essence à la pompe et des denrées de base à l’étal du supermarché. Alors, ils ont juré de demeurer raisonnables et de limiter les achats cadeaux du foyer à 312 euros. Ils s’alignent ainsi sur le budget moyen des foyers français, rapporté par l’étude 2007 du cabinet Deloitte. Cette consommation maîtrisée [1] est synonyme de répit pour l’environnement. Sauf qu’ailleurs, le couple n’entend pas bâillonner ses envies. Gourmands en diable et fidèles aux traditions, Pierre et Lucie ne renonceront pas au saumon, ni au homard.

Un choix coûteux en émissions de gaz à effet de serre. A Noël en effet, près de 40 000 tonnes de saumon frais ou fumé sont ingurgitées. Or, la plupart des poissons ont grossi dans les fermes d’élevage de Norvège (61 %), d’Ecosse (22 %) ou d’Irlande (8 %). Sous d’autres toits, 13 230 tonnes de foie gras emplissent chaque année les assiettes, venues d’Alsace et du Sud-Ouest. A cette période encore, les Français dégustent 60 000 tonnes de homard, souvent canadien, à moins qu’ils n’optent pour des coquilles Saint-Jacques transportées congelées depuis l’Argentine, les Etats-Unis, le Japon et le Vietnam. Enfin d’autres – plus traditionnels – restent fidèles à la dinde. Elevée dans les campagnes françaises, la bête finira blanche et démembrée dans l’assiette de Tom et Lola, comme près de 7 millions de ses cousines. A raison de 1 200 semi-remorques en transit sur 500 kilomètres de routes en moyenne pour acheminer les volatiles, les camions de dindes parcourront 600 000 kilomètres, et cracheront 360 tonnes équivalent CO2.

Apogée énergétique

J-2. Pierre et Lucie, en manque d’inspiration, finissent par affronter la foule dans les magasins surchauffés ouverts et scintillants en ce dernier dimanche d’Avant. De retour au foyer, ils s’activent devant leurs fourneaux. Au même moment, leur bilan énergétique s’allonge. Décembre est l’un des mois, avec janvier, où la production comme la consommation d’énergie connaissent leur apogée. Et au coeur même de ce secteur, l’électricité affiche les chiffres les plus impressionnants. La forte demande électrique est en partie à mettre au compte du froid, qui force les foyers et les magasins à chauffer plus que de coutume et souvent à l’électrique, une particularité française peu économe.

Autre explication : les jours plus courts qui exigent un éclairage public fonctionnant plus longtemps. Mais, même affranchie de ces données saisonnières, la consommation demeure importante : 49,3 térawattheures en décembre 2006, soit 20 % de plus que la moyenne annuelle. Or ce surplus d’électricité pèse plus qu’il n’en a l’air. Car, pour faire face aux pointes, les producteurs font appel aux 28 unités de production thermique dites « classiques » du territoire. Et si les réacteurs nucléaires produisent peu d’émissions de gaz à effet de serre, les usines fonctionnant au charbon, au gaz ou au fioul affichent un bilan autrement plus lourd. Alors, çà et là, quelques communes se mobilisent pour stopper les dépenses les plus évitables. Parmi elles, la mairie de Paris a promis cette année de remplacer toutes les ampoules des Champs-Elysées par des diodes électroluminescentes, réduisant ainsi la consommation d’électricité de 70 %.

Destination Maroc ou Espagne Mais revenons à Pierre et Lucie, qui ne comptent pas passer Noël à jouir du confort de leur chauffage électrique. Ils se préparent à entamer leur pélerinage annuel. Comme 7 millions de Français, la famille quittera ses pénates à Noël. Direction prévue à l’origine : la Haute- Normandie et la dinde aux marrons de grand-mère. Depuis Rennes, la famille aurait parcouru 350 km à bord de la 307 essence. Bilan : 105 kg équivalent CO2 aller-retour. Mais Pierre embarquera finalement femme et enfants pour un voyage en tribu restreinte. Il a tout d’abord pensé au ski, choix attendu de 626 000 Français cette année. Deux options s’offraient à lui : partir en voiture comme 78 % des skieurs de décembre, ou en train comme 15 % d’entre eux. Si la famille avait choisi de se rendre à Grenoble en quatre roues, elle aurait parcouru 1 600 kilomètres aller-retour et se serait délestée de 240 kg d’équivalent CO2. En train, son bilan aurait été plus léger. Pierre, Lucie et les enfants n’auraient émis pour cet aller-retour que 5,8 kg d’équivalent CO2 par personne.

De toute façon, Pierre et sa famille optent en définitive, cette année, pour l’étranger et confieront leurs économies à un touropérateur. Direction, l’une des deux destinations à la mode : l’Espagne – comme 16 % des voyageurs de décembre –, ou le Maroc – comme 11 % d’entre eux. Et Pierre hésite encore à la veille du départ, les promotions de dernière minute, leurs clichés de mer azur et leurs palmiers ondulants, risquent même de pousser l’excursion un peu plus loin. « Et si on se payait l’île Maurice, les Maldives ou le Vietnam ? », s’interroge-t-il. Pantouflarde ou aventurière, radine ou dépensière, la petite famille rennaise aura rejeté en quelques jours quelques dizaines, voire quelques centaines de tonnes équivalent CO2 sans y penser.

Mais les fêtes de Noël n’ont pas seulement un impact écologique. L’empreinte est aussi sociale et économique. Des ateliers de fabrication de Barbie aux bancs de test de la Playstation (lire pages 18-19) en passant par les lucratifs marchés de Noël, la rédaction de Terra Economica vous emmène dans les coulisses de cet évènement. —

A lire aussi :

- Barbie : Fini de jouer ?

- Les mystères de la PS3

- Le conte à rebours des marchés de Noël

- Débat - Pourrait-on se passer de Noël ?

- Noël : une fête riche en émissions

- Un chariot plein à craquer

[1] 556 euros de budget de Noël par foyer (cadeaux et repas) en 2007, en hausse de 1,4 % par rapport à 2006.

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  • Je réagis sur un détail de cet article, que vous avez déjà peut-être traité dans vos colonnes (je suis nouvelle lectrice) : concernant le poisson, élevé dans des fermes marines, que vous semblez considérer comme un mal environnemental. L’élevage n’est-il pourtant pas l’avenir pour préserver les ressources naturelles de poissons qui s’épuisent à force d’être trop rapidement consommées ? Je ne connais sans doute pas assez le sujet, mais j’ai tendance à penser qu’il est surtout important que ces élevages ne soient pas nourris de n’importe quoi (au risque d’une crise du "poisson fou") et de maîtriser l’impact sur l’environnement de ces fermes plutôt que de les éviter. Je suis preneuse d’éléments à ce sujet.

    13.12 à 21h50 - Répondre - Alerter
    • Nelly Boutinot, vice-présidente de la Ligue ROC : Noël : Planète fragile, ouvrir avec précaution

      Bonjour,

      Historiquement l’agriculture et l’élevage ont remplacé la cueillette et la chasse.
      Remplacer la pêche par l’élevage de poissons semble dans la continuité de l’évolution de nos sociétés.
      Oui mais prenons l’exemple du thon. Il ne se reproduit pas en captivité donc il faut prélever les jeunes thons, les enfermer et les nourrir ... de poissons puisque le thon est prédateur...
      Nous abordons ce dossier dans nos sites..
      http://www.roc.asso.fr/communiques-...
      http://www.biodiversite2007.org/rec...

      Cordialement
      Pour la Ligue ROC

      Voir en ligne : recherches sur la situation des thons

      20.12 à 09h27 - Répondre - Alerter
    • Le principe des fermes marines me choque moins que certaines formes de pêches, où l’on assite à "un vrai massacre" des petits poissons dans les filets, dévorés en partie par les plus gros des poissons pris dans les filets, ou abimés par les filets.
      D’autre part, si la "pêche" en fermes marines pouvait "humaniser" la lente mort des poissons dans les filets et sur les étals des marchés et des poissoniers....ce serait un progrès.
      Evidemment, reste la question des aliments apportés dans ces fermes...la saumon d’élevage n’a pas le même goût que celui d’élevage...

      20.12 à 12h40 - Répondre - Alerter
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