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Mon plombier est une multinationale (suite)

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Pas de stocks

...Pendant des années, les services de proximité étaient restés peu ou prou à l’écart du mouvement de concentration des entreprises. Car, comme l’explique Guillaume Duval, dans l’ouvrage Le libéralisme n’a pas d’avenir (voir Terra economica numéro 1 [1], les services ne peuvent être stockés. Ils doivent donc être produits à proximité des consommateurs. Trop compliqué pour une grande entreprise... jusqu’à l’apparition récente des nouvelles technologies de la communication. Informatique et télécommunications permettent dorénavant de relier facilement au sein d’une même entreprise, des salariés dispersés en différents lieux de production.

D’autres phénomènes favorisent cette concentration des services de proximité au sein de grands groupes. En premier lieu, de nombreux commerçants et artisans, à la tête de petites et moyennes entreprises, s’apprêtent à prendre leur retraite. Donc, à vendre leur fonds de commerce... au plus offrant. "Dès qu’un fonds se libère, les groupes ont plus de poids financier qu’un individu qui s’endetterait auprès de son banquier, observe Damien Noël, fondateur de la société de conseil Fusacq. Je travaille avec une chaîne de supermarchés qui saute sur toutes les occasions. J’ai aussi un investisseur qui monte une chaîne de restaurants spécialisés dans le fruit. Il veut lui aussi se développer en rachetant des fonds de commerce". Ensuite, il est de plus en plus compliqué de gérer un commerce ou une entreprise artisanale. "Certains cèdent leur entreprise, alors qu’ils sont jeunes et qu’ils n’ont pas atteint l’âge de la retraite car c’est de plus en plus stressant et difficile, souligne Anne Damon, déléguée générale de CCI-Entreprendre en France. Dans certains métiers comme la boucherie, les contraintes sont telles (hygiène, traçabilité...) qu’il est plus facile pour un grand groupe de contrôler toute la chaîne de distribution, que pour un petit commerçant."

Multinationale, et alors ?

Une question se pose : artisan ou multinationale, que cela change-t-il ? Qui y gagne ? En premier lieu, l’entreprise. Peu importe que le commerçant soit une filiale, un franchisé ou un affilié, "celle-ci fait remonter des royalties ou du chiffre d’affaires et place ses produits", note Anne-Sylvie Homassel de la Fédération française de la franchise (FFF). Le salarié, lui, ne perd pas forcément au change. C’est la thèse de Guillaume Duval : les salariés de grands groupes sont souvent mieux protégés. Et bénéficient parfois d’avantages sociaux (tickets restaurant, comité d’entreprise, mutuelle) sur leurs collègues de petites entreprises.

Et les consommateurs ? Sur ce point, on verse très vite dans la querelle de clocher. "Une grande entreprise peut offrir un service de meilleure qualité, des prix plus bas, et ses salariés sont mieux formés", souligne Anne-Sylvie Homassel. L’argument fait bondir André Métaireau, patron d’une petite entreprise d’entretien et d’installation (chauffage, climatisation) en Loire-Atlantique, qui fut contacté il y a peu par Véolia. "Ces groupes ont une approche calculette, lâche-t-il. Les techniciens doivent rapporter 10 chèques chaque jour. Au lieu de démonter la chaudière pour la nettoyer, on donne un petit coup de soufflette. La qualité en pâtit et les salariés qui aimaient leur travail n’y trouvent plus leur compte. J’ai vendu une entreprise il y a 18 mois à un groupe : depuis, mes salariés partent les uns après les autres." "L’autre danger, estime Pierre de Ricaud, de la Chambre de commerce et d’industrie de Paris, c’est l’uniformisation des rues de nos villes, avec des boutiques de franchisés ou des affiliés, gérées en direct par des enseignes nationales ou internationales."

Petit indépendant... deviendra peut-être grand

Les petits indépendants n’ont toutefois pas dit leur dernier mot. Il y a peu, la Chambre de métiers du Nord a mis en place un système d’alerte qui permet de connaître les intentions de vente de petits commerçants et artisans. Donc de devancer les appétits de grandes entreprises potentiellement prédatrices. Dans le sud de la France, des garagistes tentent de se regrouper sous le label Proximeca. Formation, marketing, prix préférentiels : les adhérents disposent ainsi d’outils pour résister aux Midas et autres Norauto. Mais, ces regroupements d’indépendants ne finiront-ils pas eux-mêmes par donner naissance à de nouveaux groupes ? Reste un chiffre, pour les consommateurs épris de "vrais" petits commerces. Selon l’Insee la France comptait encore en 1998 [2] 1,2 million de commerçants et artisans indépendants. Dont 116000 hôtels-cafés-restaurants. Entre deux interventions, le plombier-salarié-d’une-multinationale n’est pas (encore) condamné à siroter son expresso chez Starbucks.

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[1] Guillaume Duval, Le libéralisme n’a pas d’avenir, La Découverte, 2003, 173 pages, 14 euros.

[2] derniers chiffres disponibles

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