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2-11-2010
Mots clés
Biodiversité
Eau
France
Portrait

Le berger des berges

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Le berger des berges
(Crédit photo : Julie Lambert)
 
Disparus au siècle dernier, les gardes-rivières refont leur apparition. Comme Xavier Perrot, ils préservent la bonne santé des cours d'eau et la richesse des écosystèmes. Mais pour faire le lien entre les acteurs locaux des bassins, il faut se mouiller !
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Dans la rumeur de la Juine qui s’écoule, Xavier Perrot empoigne sa manivelle. Perché sur la vanne qui contrôle le débit de la rivière, il tourne l’engin métallique. « Il a plu, explique-t-il. Si on ne laisse pas passer l’eau, les berges seront inondées. » En quelques tours de bras, le bruit de l’eau devient tonitruant. L’affluent de la Seine s’affole, son courant s’accélère et son niveau baisse légèrement.

Xavier Perrot, 46 ans, est garde-rivière au Syndicat de la Juine à Morigny-Champigny (Essonne). Depuis douze ans, il surveille les ruisseaux, l’état des berges, la qualité et la propreté de l’eau. Serein dans sa combinaison verte, chaussé de bottes aux semelles antidérapantes, il a sous sa responsabilité 100 kilomètres de rivières.

Les gardes-rivières travaillent pour des collectivités locales : conseils généraux, établissements publics de coopération intercommunale ou syndicats mixtes. Si aujourd’hui ces institutions emploient volontiers de jeunes diplômés, notamment issus de formations professionnelles (voir ci-dessous), la plupart des gardes-rivières ont un profil atypique, comme Xavier Perrot.

« Il faut aimer le terrain »

Lui a quitté le lycée à 17 ans : « Je me suis retrouvé charcutier pendant six mois, à l’emballage », raconte-t-il. Suivent quinze ans dans la maçonnerie, puis comme chauffeur-livreur. Licencié en 1995, il retrouve du travail au Syndicat de la Juine. « Je suis heureux de préserver cet environnement. Je n’aurais jamais pu passer mes journées devant un bureau. Pour être garde-rivière, il faut aimer le terrain. »

Ses journées commencent tôt : « Dès 8 heures, je suis au bureau pour répondre au téléphone et remplir des papiers administratifs. » A partir de 9 heures, le voilà par monts et par vaux. Au volant de sa camionnette de fonction, il entame la tournée des vannes. Son territoire ? D’Etampes jusqu’à Saint-Vrain, soit près de 25 kilomètres. L’après-midi, il surveille les berges. « Je fais de longues promenades à pied où je remonte le lit de la rivière pour vérifier qu’aucun tronc d’arbre n’est tombé dans l’eau. » S’il découvre des débris, il retourne à son bureau pour identifier la parcelle sinistrée, puis intervient lui-même ou contacte l’entreprise ou le particulier concerné. Maître de son temps, il termine généralement ses journées vers 17 heures.

« Il fut un temps où les syndicats ne s’occupaient pas d’environnement, confesse le garde-rivière. Aujourd’hui, par le biais de formations dispensées par l’Agence de l’eau (établissement public sous la tutelle du ministère l’environnement, ndlr), on entretient la rivière différemment. On fait attention à laisser des algues pour les animaux aquatiques, et des plantes le long des berges. » Un travail qui s’accorde avec la norme européenne. « On doit également protéger les frayères (lieu de reproduction des poissons et batraciens, ndlr)  », raconte le garde-rivière, qui accompagne aussi les pêcheurs lorsqu’ils recensent les différents poissons.

Poissons, mollusques et mammifères

La Juine abrite une majorité de cyprinidés (barbeaux, carpes, chevaines, goujons), mais aussi des brochets, des perches et des truites. Pendant ses promenades, le garde-rivière observe ceux qui vivent autour des cours d’eau : escargots, mollusques (planorbes, limnées), couleuvres à collier, grenouilles, crapauds et petits mammifères (musaraignes, ragondins, rats et rats musqués). « J’essaye de ne pas marcher sur les nids d’oiseaux au bord de l’eau. Je croise très souvent des martins-pêcheurs, des canards colvert, des poules d’eau, des hérons et, quand je travaille de nuit, des chauve-souris. »

La Juine souffre des rejets urbains et ruraux. Et la qualité de l’eau s’en ressent. « Les déchets des particuliers polluent aussi la rivière », explique Xavier Perrot. Le Syndicat a donc décidé d’engager une étude sur l’ensemble du bassin versant de la Juine. Le garde-rivière, quant à lui, a une mission de prévention : il s’assure que les riverains et les entreprises respectent la propreté de la rivière. En cas d’infraction, il peut contacter la Police de l’eau ou l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, l’Onema.

On compte aujourd’hui entre 150 et 200 gardes-rivière chargés de préserver les 270 000 kilomètres de cours d’eau français. Même si les vannes se modernisaient au point de ne plus nécessiter qu’on les ouvre manuellement, il faudrait encore des hommes pour nettoyer et préserver les berges. « Le métier n’est pas menacé, au contraire », explique Xavier Perrot. « L’Agence de l’eau Seine-Normandie, qui gère toute l’Ile-de-France, veut créer des syndicats dans des communes où il n’y en a pas encore », se réjouit-il.


Qu’est-ce qu’un garde-rivière ?

Le garde-rivière est un homme de terrain. Le plus souvent les pieds dans l’eau, il entretient les berges et les cours d’eau. Il joue également un rôle de prévention et d’animation avec l’ensemble des acteurs locaux de la rivière.

Formation

Il faut être titulaire d’un bac technique ou d’un Brevet d’aptitude professionnelle agricole (Bepa) ou un Certificat d’aptitude professionnelle agricole (Capa) « Aménagement et gestion de l’espace rural », spécialité rivières et milieux humides.

Il existe ensuite des formations professionnelles continues de niveau IV ou V, dispensées par le Centre de formation professionnelle forestière (CFPF) ou par un des Centres de formation professionnelle et de promotion agricole (CFPPA).

Le concours d’agent technique de l’environnement du Ministère de l’écologie et du développement durable est accessible avec le brevet des collèges (catégorie C).

Salaire

Le salaire de base n’est pas très élevé : entre 1200 et 1300 euros brut, mais grâce aux primes d’astreinte du week-end, il peut monter jusqu’à 2000 euros par mois.

Qui recrute ?

Les collectivités locales (conseils généraux, établissements publics de coopération intercommunale ou syndicats mixtes) et les Parcs naturels.

Sources de cet article

- Le site d’Eau France

- Le site de l’Office international de l’eau

- La Maison nationale de l’eau et de la pêche - 36, rue Saint-Laurent - 25290 Ornans. Tel : 03 81 57 14 49

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Journaliste et dessinatrice de presse.

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