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Un paysan qui nourrit la planète

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Un paysan qui nourrit la planète
(Crédit Photo : Julien Gourcerol)
 
Agriculteur depuis 1992, Jean-Eric Fissot s’est converti au bio quatre ans plus tard. Un choix qu’il ne regrette pas et qui traduit son engagement pour l’environnement. Et ce même si la prospérité tarde à venir…
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Le chien s’amuse avec les vaches et rend visite aux chevaux. Sur l’exploitation, les animaux vont et viennent à leur gré. Ils vivent en semi-plein air. « Ils sont plus heureux, sourit l’homme en remettant en place son béret noir. Ils font ce qu’ils veulent. » Jean-Eric Fissot, 44 ans, est agriculteur bio. Il a sauté le pas après la crise de la vache folle et l’effondrement des marchés. Il loue son exploitation à Veyrac (Haute-Vienne) à un agriculteur retraité mais possède par ailleurs ses propres terres.

Sur ses 106 hectares, il élève des veaux de lait, des broutards – jeunes bovins élevés par la mère, qu’elle accompagne en pâturage –, des bœufs, mais également des génisses lourdes (de plus de 30 mois) et des vaches de réforme. « Je viens de m’occuper des veaux de lait. J’ai nourri les cochons et la volaille », détaille-t-il. Le bio a été pour lui une évidence. « C’est primordial d’avoir cette démarche pour l’environnement. Il faut penser à nos enfants, explique-t-il, accoudé à la table de la cuisine. Ça ne peut pas continuer ainsi, l’être humain qui détruit l’être humain. »

En 1992, il s’installe en conventionnel. Ses parents, agent hospitalier et femme au foyer, n’ont jamais voulu qu’il exerce le métier de « bouseux ». Après son mariage et quelques années en tant que mécanicien pour une cartonnerie, Jean-Eric suit obtient son Brevet professionnel agricole au lycée des Vaseix, près de Limoges. Il officialise son engagement pour l’environnement en 1996 en entamant ses trois ans de conversion en bio.

Des élèves gallois

Le voilà qui bannit les rares désherbants et le peu d’azote qu’il utilisait et surtout les aliments tout prêts. Tout est produit sur place : 50 hectares de foin, 9 hectares de céréales, un hectare de topinambours, 40 arrhes de betteraves. « J’achète seulement pour renouveler les semences d’épeautre (1) tous les trois ou quatre ans. La semence de triticale (1) peut se garder environ cinquante ans et les légumes environ deux-cents ans », affirme-t-il. Cette manière d’« autoproduire » n’est pas sans intriguer les lycées agricoles de la région. « Je ne dépend d’aucun marchand d’aliments, alors ça les interpelle », explique-t-il. Le lycée professionnel des Vaseix lui rend visite environ deux fois par an. Et cette année, des élèves gallois ont emprunté le même chemin !

En revanche, certains agriculteurs du voisinage ont vu cette évolution d’un mauvais œil. « Nous étions considérés comme des marginaux, explique-t-il. Ça gênait surtout les voisins car leurs rendements étaient légèrement supérieurs, pour un bénéfice moins élevé que le notre. Nous, nous n’avons pas de frais. » Il y a quelques années, Jean-Eric a participé au marché aux bestiaux de Saint-Yrieix-la-Perche, dans le sud de la Haute-Vienne. « Les animaux que nous présentions étaient les plus lourds, explique-t-il en caressant son taureau. Nous avions un bœuf de 700 kilos. Mais les animaux bio ne sont pas mis aux enchères parce que les organisateurs n’étaient pas pour le bio… » La chambre d’agriculture n’était, à l’époque, pas favorable à la filière.

« Bichonner la planète »

Reste que l’état du marché ne lui permet pas de dégager un salaire décent. « Je pourrais me verser 800 euros mais je préfère les laisser sur le compte de l’entreprise », affirme-t-il. Pour s’en sortir il faudrait « commercialiser sur place, rapprocher le consommateur du producteur ». Sans le travail de son épouse Sylvie, qui garde des enfants à son domicile, il serait difficile de vivre. « Pour autant, nous ne nous privons de rien », assure-t-il. Mais malgré ces temps difficiles, il pense que la filière est amenée à se développer : « Les produits bio manquent de plus en plus sur les étals des magasins, donc ça devrait se développer. » Le gros problème reste le prix : « Ces produits sont en moyenne un tiers plus chers que les produits classiques alors que nous avons moins de frais, parce que les intermédiaires réalisent de grosses marges. Tout le monde devrait pouvoir manger du bio ! », s’insurge Jean-Eric.

Fier de sa profession, il est aussi conscient du rôle que lui et ses collègues ont à jouer : nourrir la planète et entretenir l’environnement, le tout le plus naturellement possible. « Il faut bichonner la planète ». D’ailleurs, son fils Denis, 19 ans, prépare actuellement un bac professionnel responsable d’exploitation agricole. Et dans son lycée, ses camarades de classe ne se moquent pas de la production biologique de son père. Preuve que les mentalités évoluent.

(1) Des variétés de céréales.


Fiche métier

L’agriculteur bio veille au respect du vivant et des cycles naturels. A la différence de l’agriculteur conventionnel, il s’interdit l’usage d’engrais chimiques et de pesticides de synthèse, ainsi que d’OGM. Environ 2,5 % de la surface agricole utile était consacrée au bio en France en 2009.

- Formation : Au lycée agricole des Vaseix (Limoges), une formation en agriculture biologique a ouvert ses portes récemment. On peut préparer un certificat de spécialisation en conduite de productions en agriculture biologique et commercialisation dans des lycées agricoles de Rennes-Le-Rheu (Ille-et-Vilaine), Die (Drôme), Carpentras (Vaucluse). Une licence professionnelle est proposée à La-Roche-sur-Yon (Vendée).

- Rémunération : Elle dépend de l’état du marché, du type de productions ou encore de la taille de l’exploitation.

Sources de cet article

- Le site de l’Agence bio
- Le site de l’enseignement agricole
- Le réseau des agriculteurs bio du réseau Fnab

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