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26-10-2009
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Livre. Pas de pitié pour la croissance

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PROSPERITE DU VICE : UNE INTRODUCTION (INQUIETE) A L'ECONOMIE, de Daniel Cohen Albin Michel.
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Le bonheur ? Vaste programme ! Des brochettes de moralistes et d’écrivains se sont cassé les dents à tenter de définir cette notion évanescente et infiniment subjective. Les économistes, eux, aiment traiter les sujets comme des Vikings envahissant une contrée : avec une efficace brutalité. Page 150, Daniel Cohen est ainsi éblouissant dans sa définition. « Le bonheur des modernes n’est pas proportionné au niveau de richesse atteint. Il dépend de son accroissement, quel que soit le point de départ de celle-ci. » En clair, ce n’est pas le fait d’être riche ou très riche qui rend heureux, mais de s’enrichir. Le bonheur est dans le mouvement, dans la conquête du petit plus, du petit mieux.

Mine de rien, c’est une belle leçon de philo ! L’économiste, professeur à Normale Sup, la résume d’une boutade chipée à un humoriste du XIXe siècle : « Etre heureux, c’est gagner 10 dollars de plus que son beau-frère. » C’est tellement vrai ! Mais en quoi est-ce que cela nous éclaire sur notre situation actuelle ? Simple : si notre société occidentale se perçoit moins heureuse qu’il y a trente ans, c’est justement parce qu’elle a fondé son bonheur sur ce qu’il nomme une « addiction à la croissance ».

Or, si les Trente Glorieuses affichaient 5 % par an, c’est terminé depuis les années 1980… et ça ne reviendra jamais. Pourquoi ? Parce que de 1945 à 1980, l’Europe et le Japon n’ont fait que rattraper le niveau de vie de leur modèle, les Etats-Unis. Et une fois que le Français moyen a possédé autant que le Californien de base, la croissance s’est transformée en limaçon. Et avec elle, tout s’est cassé la figure : la solidarité entre les générations, l’équilibre des finances… Bref, tout ce qui fonctionnait sur une bicyclette lancée à pleine vitesse s’est mangé le trottoir dès que celle-ci a freiné.

A l’Est, rien de nouveau

Aujourd’hui, la Chine et l’Inde se trouvent dans ce cas de figure : ils pédalent pour nous rattraper, puis nous dépasser. Ils sont heureux. Et vers 2030-2050, sauf accident, la Chine sera la première puissance du monde. Mais quand ce sera fait ? Attention les dégâts, promet Cohen. Car si son livre démontre une chose, c’est que le développement économique ne rime pas avec la fin de la violence. Pas du tout ! N’oublions pas que la Première Guerre mondiale a éclaté alors que les pays européens étaient au sommet de leur puissance économique et coloniale. Et qu’à en croire le pasteur Malthus, abondamment cité par Cohen, le développement débouche sur une explosion démographique qui conduit vite à la cata…

Erudit gourmand, pédagogue attrape-tout et vulgarisateur hors pair, Cohen montre dans sa Prospérité du vice le même défaut que dans la plupart de ses ouvrages : celui de partir un peu dans tous les sens. Mais le fait est qu’avec un peu de patience, on en ressort plus intelligent. Pas forcément plus gai.

Prospérité du vice : une introduction (inquiète) à l’économie, Daniel Cohen, Albin Michel, 288 p., 19 euros.

Photo : Mark Peterson / Redux-Rea

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  • J’ai vaguement cru à du second degré lorsque j’ai lu cette fameuse définition du bonheur "moderne" (gagner plus ???) mais non c’est très sérieux... C’est selon moi peut être le plus inquiétant (arriver à donner une telle définition...), je pense que la définition du bonheur appartient à chaque individu et vouloir enfermer ce concept dans une définition économique est symptomatique de la pathologie de nos sociétés en perte de sens et, tout simplement, d’humanité.

    18.11 à 16h41 - Répondre - Alerter
  • L’entreprise contre la pauvreté. La dernière chance du libéralisme…

    Depuis la chute du mur de Berlin, le système capitaliste est triomphant tout en révélant ses imperfections.
    De nouveaux modèles sont portés par des théoriciens tenaces.
    Il y a ceux qui rêvent de plus de libéralisme, avec moins d’État et plus de concurrence pour plus de croissance, donc de richesses… Il y a ceux qui militent pour arrêter la croissance pour sauver la planète et l’humanité. D’autres enfin cherchent à perfectionner le système capitaliste pour le rendre plus humain et donc plus durable.

    « Le progrès n’est que l’accomplissement des utopies », disait Oscar Wilde…

    Un dirigeant d’entreprise engagé sait que la vocation de l’entreprise est de libérer l’homme de la pauvreté et d’assurer son développement en créant des richesses.
    L’objectif de l’économie est d’ordonner au service de l’homme les richesses et les relations humaines créées par l’entreprise et cet objectif peut être atteint.
    Les fourvoiements destructeurs d’une certaine idéologie néolibérale : l’entreprise travaillant contre les emplois, créant la richesse des uns, engendrant la pauvreté pour les autres au nom de la prétendue loi supérieure du marché et de la concurrence ; doivent nous amener à sortir de ce cadre.
    Non seulement on peut créer de la richesse autrement, mais la lutte contre la pauvreté est la clé de la croissance.

    L’éthique et le développement durable concernent d’abord la vision que l’entreprise a du monde qui l’entoure. Le point de vue de chaque entrepreneur doit donc être fondé sur ses convictions profondes et non calquées sur des comportements normalisés d’entreprises dont l’image est "socialement correcte".

    Mais le progrès social ne se décrète pas, il est le fruit de l’évolution globale d’une société sur les plans culturel, économique et politique. Il faut du temps pour réaliser ces changements. En France, il y a moins d’un siècle les enfants de 10 ans travaillaient dans les mines de charbon.

    Je suis persuadé qu’une vraie demande sociale est en train de s’installer en matière de :
    > développement durable
    > commerce éthique
    > commerce équitable
    > respect de l’environnement

    Bien sûr, il y a de la récupération dans l’air. Après l’écolo marketing, les entreprises investissent sur l’éthique et le commerce équitable. Mais l’idée d’un développement raisonné, mieux maîtrisé, plus soucieux des hommes et de l’environnement est en train de s’installer dans nos pratiques quotidiennes.
    Les consommateurs interpellent les entreprises sur la sécurité des produits, sur leur qualité, mais aussi sur leur origine. Un label de "qualité globale" doit s’imposer désormais à tous les distributeurs et industriels, sauf à être évincé du marché.
    Alors soyons exigeants et créatifs...

    26.10 à 11h48 - Répondre - Alerter
  • Bonjour,

    Si je comprends bien cet article, notre société est arrivée à ce que l’on appelle le point de non retour.

    C’est à dire que nous imaginer revivant une période comme celle des trentes glorieuses est totalement illusoire.

    La solution qui s’offre à nous il me semble , est donc de pratiquer une consommation responsable afin de retrouver autant que possible un point d’équilibre économique.

    Stéphanie84

    26.10 à 10h47 - Répondre - Alerter
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