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26-09-2013
Mots clés
Sciences
Eau
Economie
France

Les labos fourbissent leurs armes

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Les labos fourbissent leurs armes
(Crédit photo : michael prince - corbis)
 
La porte est verrouillée ? Les pétroliers visent la fenêtre. Et poussent les chercheurs à inventer la fracturation light.
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N° 51 - octobre 2013

Gaz de schiste : la bataille de France a commencé

La fracturation hydraulique est interdite ? Soit. Alors forons autrement, lancent les industriels. Pourquoi pas sans eau, avec du gaz ? Une société canadienne, Gasfrac, a déjà réussi plusieurs centaines de fois l’exercice avec du propane. Ses recherches sont suivies de près en France. Pour François Kalaydjian, directeur adjoint du Centre de ressources de l’IFPEN (Institut français du pétrole Energies nouvelles), cette solution « nécessite encore des recherches mais a l’avantage de ne pas utiliser d’eau et de réduire considérablement les produits chimiques ». Problème, soulève Gilles Pijaudier-Cabot, directeur du Laboratoire des fluides complexes (financé par le CNRS, Total et l’université de Pau et des pays de l’Adour), « elle entraîne la manipulation de très grandes quantités de propane, ce qui pose des soucis de sécurité qui sont loin d’être résolus ». Des recherches sont également menées avec d’autres gaz, comme l’hélium, le CO2, ou encore l’azote. Ce qui n’est pas sans danger, selon Gilles Pijaudier-Cabot, qui rappelle que ces méthodes peuvent entraîner « des propagations de fissures incontrôlées ».

Fracturation « new look »

Le physicien a, lui, testé dans son laboratoire palois une autre voie : provoquer des chocs électriques de très haute tension qui vont se répandre dans la roche et entraîner quantité de microfissures. Deux brevets ont été déposés par ce labo en 2011, mais ses recherches sont aujourd’hui arrêtées. « Descendre l’énergie électrique à 3 000 mètres dans le sous-sol est très complexe. Il faudrait encore travailler plusieurs années sur l’augmentation de l’énergie utilisable et sur la maîtrise de la fissuration. Mais Total ne mise plus là-dessus et nous a demandé de ne plus y travailler », explique-t-il.

Comme Total, la profession défend en fait aujourd’hui une autre solution : une fracturation new look, plus propre. Ainsi, un rapport d’étape rendu en juin dernier devant travailler sur les solutions de remplacement à la fracturation hydraulique – mené par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques – consacrait finalement 20 pages… à vanter les améliorations de la technique de base : « La France possède toutes les compétences scientifiques, techniques et industrielles, à tous les niveaux de la filière, pour créer une filière de fracturation propre. » Un mois plus tard, Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, reprenait à son compte ces affirmations, lors d’une audition sur la réforme du code minier par la Commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale : « Je pense qu’on arrivera, avec la technologie, dans très peu de temps au gaz de schiste écologique. Où il n’y a pas de pollution. »

Une commission fantôme

« La fracturation hydraulique est, du point de vue énergétique, la plus efficace. De plus, c’est une technique largement maîtrisée », soutient aussi François Kalaydjian, tandis que Gérard Médaisko, géologue et membre de l’Amicale des foreurs et des métiers du pétrole, assure, lui aussi, de la « possible innocuité » de la fracturation. Total a confirmé à Terra eco ses recherches sur le sujet, affirmant pouvoir réduire de 40 % la consommation d’eau nécessaire et utiliser des « additifs issus de l’industrie alimentaire ». Gilles Pijaudier-Cabot explique : « Aujourd’hui, on a encore du mal à comprendre ce qui se passe exactement quand on fissure, comment le gaz est piégé ou comment améliorer la durée de vie des puits. Nous cherchons à comprendre comme les milliers de microfissures se propagent dans la roche, pour mieux maîtriser le phénomène. » Le physicien précise que ces recherches sont menées uniquement en laboratoire et financées à la fois par Total et les collectivités.

Un discours qui ne convainc pas Delphine Batho, députée et ancienne ministre de l’Ecologie : « Le raisonnement sur la fracturation hydraulique light est fallacieux. Cet argument est utilisé par les promoteurs du gaz de schiste. Il y a des agences de com qui ont travaillé là-dessus. L’industrie du tabac a inventé la cigarette light, c’est pareil avec la fracturation hydraulique light : on vend un nouveau packaging. » La loi Jacob prévoyait la mise en place d’une Commission nationale d’orientation, de suivi et d’évaluation des techniques d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux, ainsi que des expérimentations scientifiques. Mais la majorité socialiste a traîné des pieds et, à ce jour, ladite commission est une coquille vide : un seul de ses membres a été nommé et la recherche publique est au point mort. Mais côté privé, on s’active. Si les recours juridiques et le lobbying des industriels ne font pas tomber la loi, c’est peut-être l’action des blouses blanches qui la fera vaciller. —


La houille remet les gaz

Quoi, on peut rouvrir les mines de charbon ? Et y trouver du gaz facilement ? Plusieurs permis de recherche visent le gaz de houille. Du calme, toutefois. Il y a bien quelques poches de gaz accessibles dans d’anciennes galeries. Le gouvernement va même créer d’ici à la fin de l’année un tarif d’achat pour l’électricité produite à partir de ce gaz exploité… depuis 1975 en France. Mais, si eldorado il y a, il est, lui, bien enfoui. « Pour tirer de grandes quantités de ce gaz, il faut recourir à la fracturation », assure le physicien Gilles Pijaudier-Cabot. Ouille. —

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