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14-12-2011
Mots clés
Climat
Economie
France
Chronique

« Les crises économique et climatique ont des causes communes »

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« Les crises économique et climatique ont des causes communes »
(DR)
 
Ayant des causes communes, les crises financière et écologique doivent être traitées ensemble, estime le chercheur Emmanuel Guérin. Après Durban, c'est ainsi que l'Europe devra penser la sortie de crise.
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N°32 - janvier 2012

Fin du pétrole... ça commence maintenant !

Les négociations internationales sur le changement climatique sont frustrantes. Leur éternelle lenteur, les inévitables compromis qui en résultent, agacent. Étant donné l’ampleur des enjeux, l’urgence d’agir, et la nécessité d’envoyer un signal clair, leurs résultats, à Durban comme chaque année, ont été jugés décevants. Ces réactions sont compréhensibles, car la situation est inquiétante. Nous sommes en effet loin d’une trajectoire d’émissions de gaz à effet de serre (GES) qui permettrait d’avoir une chance raisonnable de limiter la hausse des températures à 2°C. Les objectifs actuels, à l’horizon 2020, ne représentent qu’environ deux tiers du chemin à parcourir.

Mais les négociations internationales doivent être tenues pour ce qu’elles sont. Aucun accord international ne pourra, à lui seul et par lui-même, réduire les émissions de GES à un niveau suffisant. Seules les politiques climatiques mises en place par les pays eux-mêmes ont ce pouvoir. Ce sont elles qui, en dernier ressort, obligent ou incitent les industriels à changer de technologies, les individus à changer de comportement, les investisseurs à réorienter leurs flux de financement. Les négociations internationales doivent donc être jugées en fonction de leur capacité à soutenir ces politiques nationales, à les renforcer jusqu’à ce qu’elle atteignent le niveau nécessaire. De ce point de vue il y a, dans l’accord obtenu à l’arrachée à Durban, deux éléments positifs, même si le compromis est faible, et le résultat encore largement insuffisant.

Droit chemin

Premièrement, l’accord conclu en Afrique du Sud renforce le principe selon lequel l’accord international sur le changement climatique devra, en 2020, être juridiquement contraignant. Le sommet de Copenhague, qui avait fait vaciller le système multilatéral onusien, avait consacré une approche purement volontaire. L’accord de Durban nous remet dans le droit chemin. En effet, l’approche juridique a le grand avantage d’assurer que les engagements internationaux survivent aux changements de gouvernements. Mais ne soyons pas dupes. La nature juridique précise de l’accord en 2020 continuera à faire l’objet de vives discussions dans les années à venir. Les trois options qui figurent dans le texte sont suffisamment différentes, et floues pour certaines, pour donner lieu à des interprétations divergentes. Mais l’exégèse du texte ne pourra pas remplacer la compréhension de l’accord. Et il en restera l’idée que, d’une manière ou d’une autre, l’accord en 2020 devra être juridiquement contraignant pour tous.

Coquille vide

Ensuite, l’accord de Durban établit le Fonds vert pour le climat. Ce Fonds doit venir en aide aux pays en développement, et soutenir leurs efforts de réductions d’émissions de GES, et d’adaptation aux effets des changements climatiques. Mais ne soyons pas naïfs. Ce Fonds est pour l’instant une coquille vide. Les négociations ont jusqu’à présent exclusivement porté sur les règles de gouvernance. Elles devront, dès l’année prochaine, s’attaquer directement à la question des sources de financement. Toutes les options sont, depuis longtemps déjà, sur la table. Il n’est ni imaginable ni même souhaitable que les 100 milliards de dollars par an à partir de 2020 promis par les pays développés lors du sommet de Copenhague ne viennent que des contributions budgétaires de ces pays. Mais une décision doit être prise le plus vite possible pour compléter cette source de financement.


Ces deux avancées ne doivent pas faire oublier que la réponse trouvée au défi du changement climatique est loin d’être à la hauteur des enjeux. En l’absence de pression politique, la négociation progresse à un rythme beaucoup trop lent. Une crise semble en avoir chassé une autre. L’essentiel des efforts est aujourd’hui consacré à trouver une réponse de court terme à la crise économique, et en particulier à la crise de la zone euro. Mais ne nous trompons pas.

La gestion de la crise climatique ne peut pas attendre que nous ayons résolu la crise économique. Car il deviendrait alors beaucoup plus difficile, et plus coûteux, d’atteindre l’objectif de 2°C. Et si l’objectif n’était pas atteint, les coûts des dommages liés au changement climatique augmenteraient. Aucun plan de sortie de la crise économique ne sera donc crédible, même à court terme, s’il ne pose pas les bases d’une profonde modification de nos modes de production et de consommation. Les crises économique et climatique ont des causes communes : une mauvaise prise en compte des risques. Elles doivent être traitées ensemble.

Pour sortir de la crise, la zone euro devra à la fois : modifier le rôle de la Banque centrale européenne et mutualiser ses dettes publiques ; renforcer la surveillance et coordonner ses politiques fiscales ; et relancer la croissance, notamment grâce à des investissements dans les infrastructures, et la recherche. Des fenêtres d’opportunité vont donc s’ouvrir en Europe, que ce soit pour émettre des obligations indexées sur le prix du carbone, pour mettre en place une fiscalité écologique, pour diffuser et innover dans les technologies décarbonées. Ne les ratons pas !

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Directeur du programme énergie et changement climatique à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

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