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29-04-2015
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Emploi
France

Les bénévoles 
à la rescousse
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Les bénévoles à la rescousse de la France
(Crédit illustration : Matthias Malingrëy pour « Terra eco »)
 
Près d’un adulte sur trois donne de son temps pour l’intérêt général. Ce nombre a même progressé entre 2010 et 2013. Combien cela pèse-t-il dans l’économie ?
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 67 - mai 2015

30 milliards d’amis ?

Ils ne font pas ça pour l’argent, ni pour passer à la télé, ni par calcul carriériste. Plutôt pour se sentir utiles, sans doute. Ils sont de plus en plus, partout autour de vous, à donner de leur temps pour la cause publique. On comptait 11 300 000 bénévoles associatifs en France en 2010, selon France bénévolat et 12 700 000 en 2013, soit 12% de plus et près d’un adulte sur trois. Cette foule silencieuse fait mentir tous les récits sur une France où le repli sur soi est la seule réaction à la crise. Eux, pour faire face, sont solidaires. Ils donnent dans le social et le caritatif (à 31%), les loisirs (25%), le sport (23%) ou dans l’environnement et la solidarité internationale (chacun à 8%). La situation est déjà très tendue dans le pays, on n’ose se figurer ce qu’elle serait sans eux qui, dans les soupes populaires ou les clubs de sport, mettent du liant dans les rouages de la République.

Imaginez maintenant qu’en 2020, grâce aux bénévoles, la France sorte du bourbier. C’est l’exercice de politique-fiction auquel s’était prêté Martin Hirsch en 2012. Aujourd’hui directeur général de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris, il était alors président de l’Agence du service civique. Celui qui a consacré toute sa carrière à l’intérêt général revenait dans un livre – La Lettre perdue (Stock, 2012) – sur les moteurs de son engagement personnel comme sur ce qui peut remuer une société tout entière. Et en guise d’épilogue, Martin Hirsch envisageait un « sursaut » provoqué par le président de la République, sous forme de Programme national d’engagement, avec des mesures comme « tout citoyen adulte doit l’équivalent de cent jours d’engagement pour chaque période de cinq ans à la collectivité » ou « les grands services publics organisent un plan de mobilisation pour associer des engagés à leur fonctionnement ». Le résultat ? Une France en 2020 qui a franchi un cap, concluait-il, dans un scénario prospectif : « La réduction des déficits publics [a] pu être conduite avec succès […]. Selon les différents chiffrages, l’effet sur la croissance [est] estimé entre +0,5%et +0,8% chaque année. »

Est-ce que ça peut marcher, en vrai, ce scénario ? Les forces vives qui permettraient d’y parvenir, on l’a vu, répondent présentes, de plus en plus. Et, contrairement aux a priori, ce ne sont pas que des retraités. Ces derniers sont certes nombreux à s’engager – 3 900 000 bénévoles avaient plus de 65 ans en 2013, selon France bénévolat –, mais c’est aussi cette catégorie qui a la plus faible progression par rapport à 2010. Alors, qui tire la courbe très fort vers le haut ? Les jeunes ! Les 15/35 ans bénévoles étaient 3 300 000 en 2013, soit 32% de plus qu’en 2010 ! La difficulté consiste désormais à rendre efficace toute cette nouvelle fougue. Car les bénévoles d’aujourd’hui sont moins réguliers. Le pourcentage de ceux qui sont engagés de façon ponctuelle est en effet à la hausse : en 2010, 20% s’impliquaient seulement quelques heures ou quelques jours par an. En 2013, ils étaient 27% dans ce cas. Un engagement zapping qui représente un défi pour les dirigeants d’associations mais qui n’est pas si grave puisque le mouvement global est à la hausse… Ainsi, le nombre de bénévoles réguliers augmente en valeur absolue (de 9 000 000 en 2010 à 9 300 000 en 2013).

Entre 1% et 2% du PIB

C’est bien beau tout ça, mais combien ça pèse dans l’économie ? L’intérêt des spécialistes sur le sujet est récent. « Au niveau international, explique Anne Fretel, membre du comité d’animation des Economistes atterrés, le Bureau international du travail (BIT) a recommandé en décembre 2008 de mesurer le bénévolat selon une méthodologie identique dans tous les pays. » En 2010, Lionel Prouteau, spécialiste de l’économie du bénévolat, et Edith Archambault, professeure et présidente du groupe de travail Connaissance des associations au Conseil national de l’information statistique, estimaient que le travail bénévole associatif représentait, selon la méthode BIT, entre 1% et 2% du PIB. Pas facile de quantifier économiquement une activité qui n’est pas monétisée. « Evaluer le bénévolat, poursuit Anne Fretel, c’est rendre visibles des contributions sociales qui concourent à la qualité de vie individuelle et collective. »

8,5 millions d’aidants

Et c’est sans compter les bénévoles qui agissent hors de tout cadre. Le sociologue Serge Guérin a, par exemple, mis en lumière le rôle des « aidants », qui accompagnent une personne en grande fragilité physique. Ils sont 8,5 millions à donner au moins vingt heures par semaine pour un parent, un enfant ou un frère malade. Peut-on mesurer leur rôle, économiquement ? « Si on payait ces personnes 19 euros de l’heure pour 20 heures par semaine, il faudrait 164 milliards d’euros par an, insiste-t-il. Bien sûr, ce temps donné ne se résume pas à de l’argent, il s’agit de relations humaines. » Mais le calcul souligne l’importance de leur rôle.

« L’encouragement au bénévolat rejoint une des cinq convictions du Nouveau manifeste des Economistes atterrés (1)  : l’importance à accorder à l’initiative citoyenne pour son rôle dans la production de nouvelles formes de coopération, la promotion de nouveaux modes de gestion », poursuit Anne Fretel. C’est d’ailleurs le rôle traditionnel des associations en France. « Deux modèles de mobilisation du bénévolat s’opposent, raconte la chercheuse : l’un que l’on trouve dans les pays anglo-saxons, où le bénévolat est un palliatif à la faible place de l’Etat social, l’autre que l’on trouve historiquement en France, où le bénévolat, notamment à travers les activités associatives, joue le rôle de ‘‘poisson-pilote’’ qui détecte de nouveaux besoins, propose de nouvelles formes de prise en charge des problèmes sociaux et environnementaux, avant que les pouvoirs publics assurent un relais permettant à l’ensemble de la population d’en bénéficier. »

Mais attention, prévient l’économiste : « Le modèle de politique-fiction de Martin Hirsch peut être lu comme une nouvelle tentative de démantèlement de l’Etat social. Par ailleurs, le bénévolat ne doit pas être une alternative au salariat, une nouvelle forme de travail gratuit offert à ceux qui ne trouvent plus d’emploi. » Accuser le bénévolat de se substituer au salariat n’a rien de nouveau dans l’Hexagone, où il s’agit d’une vieille polémique. « Il y a peu de preuves empiriques alimentant la théorie du job killer (destructeur d’emploi, ndlr), peut-on lire dans une étude sur le volontariat dans l’Union européenne, publiée par la Commission en 2010. Au contraire, le bénévolat s’avère un pont entre le chômage et le salariat, spécialement dans le champ social, environnemental ou culturel. »

« Portage politique »

Quoi qu’il en soit, pour Martin Hirsch, l’épilogue de son livre publié en 2012 est toujours d’actualité. « On peut même dire qu’il a produit des effets, affirme-t-il : le lancement de La France s’engage (un soutien aux initiatives sociales et solidaires innovantes, ndlr) par le président de la République en 2014, le coup de pouce au service civique avec les débats de ce début d’année, le lancement de la Réserve citoyenne (un appel aux bénévoles pour intervenir dans les écoles et l’enseignement supérieur, ndlr)… Aujourd’hui, je n’écrirais pas la même chose, je montrerais que des avancées sont faites, à la fois dans le portage politique et sur le terrain. » Vous en êtes ? —

(1) (Les Liens qui Libèrent, 2015)

Pour aller plus loin
- Les initiatives de La France s’engage
- L’Agence du service civique
- La Solidarité ça existe… et en plus ça rapporte, de Serge Guérin (Michalon, 2013)

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