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28-08-2014
Mots clés
Finance
France

Les ONG boursicotent-elles avec votre argent ?

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Les ONG boursicotent-elles avec votre argent ?
(Matthias Malingrey pour « Terra eco »)
 
En juin, Greenpeace perdait gros après une mauvaise opération financière. Depuis, les donateurs s’interrogent. Et si leurs deniers se retrouvaient dans des placements douteux ?
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N° 60 - septembre 2014

Notre futur, par Edgar Morin

Les donateurs de Greenpeace se sentent floués. Chaque mois, le bureau français de l’ONG reverse près d’un tiers de sa trésorerie – 400 000 euros sur 1,1 million – à Greenpeace International. Avec l’annonce, le 15 juin, de la mauvaise opération boursière de cette structure, qui a entraîné la perte de 3,8 millions d’euros, c’est un peu de leurs dons qui est parti en fumée. L’erreur a eu beau être imputée à un « individu isolé » – licencié depuis –, elle a un goût de trahison (1). Pour les donateurs d’autres associations, l’événement éveille les soupçons. Où les ONG placent-elles leur argent ?

Le porno peut se rhabiller

« Après la crise financière de 2008, lorsque certaines fondations ont perdu beaucoup d’argent, on a réalisé qu’elles effectuaient des placements à risque », reconnaît Gérard de La Martinière, directeur du Comité de la charte du don en confiance, organisme chargé de surveiller l’affectation des collectes. Mais, à ses yeux, les assos sont moins concernées : « Elles ont moins d’argent et, comme il est rapidement utilisé, elles sont moins tentées de l’investir. » Ainsi, chez CCFD-Terre solidaire, la balance est équilibrée. « On reçoit 38 millions en dons chaque année, on dépense autant », explique Geneviève Guénard. Pourtant, la directrice financière de l’organisation investit dans des obligations : « Une de mes missions, c’est de faire fructifier l’argent des dons », avoue-t-elle. Mais elle se méfie de la rentabilité à tout prix. « Régulièrement, un comité d’éthique passe au crible les entreprises qui reçoivent l’argent. » Ainsi, professionnels de l’alcool, du tabac, des OGM ou du porno peuvent aller se rhabiller. Pour les autres secteurs, l’ONG s’assure qu’ils respectent les droits de l’homme et ne se s’adonnent pas à l’évasion fiscale. De tels engagements reposent sur la bonne volonté des associations. Dans leurs bilans financiers publics, les modalités d’épargne et de placement sont rarement mentionnées. En cas d’opérations douteuses, les plus grosses structures risqueraient, dans le pire des cas, un mauvais rapport de la Cour des comptes. Du côté du Comité de la charte du don en confiance, on demande « aux conseils d’administration des associations membres d’être transparents sur leurs placements », explique Gérard de La Martinière. Mais chaque ONG est libre de rejoindre ou non le Comité… « Des actions ? Oui, on en a ! Une chez BNP Paribas, une chez Total, une à la Société générale, s’amuse Laurent Weimer, directeur financier de Greenpeace France. Ça nous donne le droit de siéger en assemblée générale, mais, financièrement, ça ne pèse rien. » L’homme ne décolère pas contre la maison mère. « Le caractère international de notre organisation l’oblige à se couvrir contre les variations des monnaies dans lesquelles elle passe des marchés. Qu’elle soit donc présente sur le marché des taux de change, ça, je peux le comprendre. Mais acheter des devises à un instant T pour les revendre plus tard en espérant engranger des bénéfices, le risque est injustifiable. » Sans aller jusqu’à effectuer des placements risqués, les assos peuvent boursicoter contre leur gré. « Nous sommes constamment courtisés par des banques et des organismes qui veulent nous vendre des produits financiers, souvent complexes », confie Geneviève Guénard. La parade : détecter les taux d’intérêts trop alléchants et les esquiver !

Le gros souci : la trésorerie

A La Nef, les placements n’éveillent aucun soupçon. « Ici, les taux d’intérêt sont dérisoires, de l’ordre de 0,5 %, indique Amandine Albizzati, responsable des relations institutionnelles. Mais les associations savent qu’elles souscrivent à des placements 100 % solidaires. » Certains font des choix encore plus radicaux, comme le Siad (Service international d’appui au développement), qui a tiré un trait sur la rentabilité de ses économies en les confiant à la société de cautionnement bancaire solidaire Cofides, qui les réinvestit dans des projets de développement au Sud. Le hic, c’est que ces structures ne proposent pas de compte courant. A La Nef, l’argent placé est bloqué pour deux ans. Or, les associations ont besoin de trésorerie. En France, « le monde associatif a pris l’habitude de se tourner vers les sociétés mutualistes : la Caisse d’épargne ou le Crédit mutuel », indique Amandine Albizzati. Mais leurs offres ne sont pas irréprochables : « Même l’investissement socialement responsable finance les entreprises du CAC 40. » Reste le Crédit coopératif – la banque d’Oxfam France ou du CCFD-Terre solidaire –, qui reverse une part des intérêts à d’autres assos. Ces bénéficiaires investissent-ils à leur tour dans la finance solidaire ? « Nous n’en savons rien », reconnaît Eve Bénichou à Finansol, la structure chargée de labéliser les options de finance solidaire. « La plupart des associations ne se posent pas encore les bonnes questions », déplore Amandine Albizzati. —

(1) Le communiqué de presse de Greenpeace après l’incident



Et à l’étranger ? Au Royaume-Uni, les trois quarts des ONG placent leur argent dans un des quatre plus gros établissements financiers du pays. Ainsi Oxfam, Save the Children ou la Croix-Rouge ne vont pas chercher plus loin que la Royal Bank of Scotland, HSBC ou Barclays. —

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