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24-09-2013
Mots clés
Energies
Emploi
France

Le super marché de la ville durable

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Le super marché de la ville durable
(Crédit photo : alexandre prévot - flickr)
 
Face à des entreprises qui ont parfaitement saisi l’eldorado que peut représenter l’urbanité de demain, les élus doivent faire les bons choix pour amener leur ville sur une voie plus durable. Sans toujours avoir toutes les cartes en main.
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C’est un signe – ou plutôt une signature – qui ne trompe pas. Les slogans des grands groupes qui opèrent dans les villes, s’entrechoquent sur le terrain de jeu du futur – forcément durable. Véolia pense la « Ville de demain », Bouygues à « Demain la ville » et Lafarge remplace « Donner vie aux matériaux » par « Construire des villes meilleures ». Pas de doute, la ville durable est un marché ultra-stratégique pour ces grandes boîtes historiques. Mais gare, elles ne sont plus seules. Dans l’univers de la cité intelligente – « smart city », pour les intimes –, les technologies de l’information promettent de nouveaux services aux usagers. Aux côtés des rois du béton, les empereurs de l’informatique et des télécoms pointent eux aussi le bout du nez. « Pour nous, c’est LE marché de demain », confirme la Fédération des industries électriques, électroniques et de communication (FIEEC).

Des milliers de milliards d’euros en jeu

Les estimations des cabinets d’études foisonnent. Et elles donnent le tournis. Le marché mondial de la ville durable, pour ces cinq prochaines années, oscillerait entre quelques dizaines et plusieurs… milliers de milliards d’euros ! D’où des investissements privés conséquents en recherche et développement. Eiffage se dote d’un laboratoire de prospective sur la ville, Phosphore. Orange débarque avec son programme Smart cities. IBM enchérit avec ses « smarter cities » (villes plus intelligentes). Vinci lance son « think tank », La Fabrique de la cité. Leur but ? Développer leur propre modèle, et le vendre aux édiles désireux de promouvoir une image verte et connectée de leur ville. « Une “ smart city ” [sic] devient une condition d’attractivité des territoires », explique-t-on à l’Association des maires de grandes villes de France (AMGVF).

« Les entreprises ont pris l’angle de la “ ville intelligente ”, pour valoriser les solutions technologiques qu’elles proposent et vendre des solutions clefs en main. A l’image du terme “ durable ”, cette ville est devenue un incontournable, un argument marketing, considère Emmanuel Acchiardi, directeur adjoint Villes et territoires durables à l’Ademe (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie). Les maires sont très courtisés mais ils doivent garder la tête froide pour savoir ce dont ils ont vraiment besoin ». Isabelle Baraud-Serfaty, fondatrice d’Ibicity, cabinet spécialisé en économie urbaine, abonde : « Aux élus de définir les besoins de leur ville, pour ne pas se laisser enfermer dans une approche technologique. » Certes. Mais les collectivités ont un temps de retard. « Elles sont désorientées, leur expertise numérique est faible, voire externalisée », note Dominique Boullier, sociologue des technologies de l’information et de la communication.

Fini les contrats de trente ans !

Dès lors, pas très compliqué de vendre à un maire un onéreux projet ? « Aucun élu ne va confier les clefs de sa ville à un groupe, rectifie l’AMGVF. Les groupes sont très voyants car ils sont dans une phase de démonstration de leur savoir-faire à l’échelle d’un quartier, d’un bâtiment ou d’un boulevard. Mais les élus entendent bien reprendre la main sur le système et maîtriser leur destin énergétique. » Fini les contrats de trente ans, verrouillés de toutes parts, avec les gros opérateurs. « Aujourd’hui, les élus n’hésitent pas à mettre les entreprises en concurrence entre elles, à signer des contrats plus courts, à négocier des tarifs sociaux pour les plus fragiles, à diversifier les partenaires », ajoute l’AMGVF.

« Il y a un rééquilibrage des rapports de forces qui conduit à des relations plus collaboratives et plus transparentes entre les acteurs », reconnaît Sophie Donadebian, directrice du département Smart grids et Smart cities de Schneider Electric. « Les collectivités souhaitent être plus actives, plus impliquées dans la gestion de leurs réseaux. Elles sont certainement plus exigeantes qu’auparavant. Sur l’innovation et le suivi de performance, elles mettent les entreprises en concurrence. » Et font aussi parfois appel à leur expertise pour, finalement, confier le marché à leur régie municipale.

Ville « smart » ou ville citoyenne ?

Petit à petit, les collectivités prennent conscience de la nécessité de muscler leurs équipes pour ne pas se laisser dicter leurs choix. C’est ce que vient de faire la communauté d’agglomération Grand Paris Seine Ouest, qui s’est dotée en juin d’une agence numérique : SO Digital. Son but : tester des innovations, puis monter des partenariats entre acteurs publics et privés pour les développer. « Les acteurs privés n’ont pas envie de se substituer aux collectivités locales, estime Isabelle Baraud- Serfaty. Il est dans leur intérêt d’avoir des pouvoirs publics forts qui jouent leur rôle de coordination, et apportent des financements. » Ce, alors que la viabilité économique de ces nouveaux services, qui nécessitent un déploiement massif des nouvelles technologies, n’est encore que théorique.

La co-construction des villes « est un schéma à inventer, un énorme défi », modère Emmanuel Acchiardi. D’après lui, l’Etat – qui consacre plusieurs milliards d’euros au financement de diverses briques de la ville durable au titre des investissements d’avenir – a un rôle à jouer entre les collectivités et les entreprises. Mais en définitive l’enjeu est ailleurs. Puisque, selon lui, « la ville intelligente, c’est la ville de l’intelligence collective », la société civile devra elle aussi y prendre toute sa place. Car une ville, aussi « smart » soit-elle, ne pourra fonctionner que si les citoyens se l’approprient. —

La commission des Ateliers de la Terre a émis des propositions pour améliorer la protection des savoir-faire traditionnels.

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