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12-05-2011
Mots clés
Social
Emploi
France

Le revenu universel : mieux que le RSA ?

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Le revenu universel : mieux que le RSA ?
(Légende photo : Laurent Wauquiez - Crédit photo : Alesclar)
 
Pour lutter contre « l'assistanat », Laurent Wauquiez veut conditionner le RSA à des travaux d'intérêt général. A l'autre bout du spectre, des politiciens et économistes défendent l'instauration d'un revenu pour tous, sans conditions.
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Qu’est-ce que c’est ?

Pour le parti pour la Décroissance, la « dotation inconditionnelle d’autonomie pour tous » serait versée à l’ensemble des citoyens « de la naissance à la mort », riche ou pauvre, avec ou sans emploi. L’objectif : rompre avec l’ « assistanat humiliant » en permettant une « existence digne ». Egalement favorable à l’instauration d’un revenu maximal autorisé, les décroissants espèrent valoriser et stimuler les activités non-marchandes : associatives, familiales, politiques, culturelles...

Effets bénéfiques collatéraux : la réduction du temps de travail des uns entraînerait un partage du travail qui bénéficierait aux autres. De même, les employeurs seraient incités à mieux rémunérer les tâches pénibles pour trouver des candidats. A moins que ces tâches soient réorganisées « dans le cadre d’un service d’intérêt général commun à tous les citoyens », propose le parti. En outre, la dotation ne serait pas uniquement pécuniaire mais se traduirait aussi par l’accès gratuit à des services : eau, électricité, transport, gaz... Pour financer leur système, les décroissants comptent sur la réaffectation de l’ensemble des prestations sociales, la taxation des revenus et l’instauration d’une « taxe carbone » à la consommation.

Au sein d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV), le débat n’est pas tranché. Mais Eva Joly, Daniel Cohn-Bendit et Cécile Duflot se sont individuellement prononcés en faveur d’un revenu universel. « Le parti n’a pas formalisé sa position mais ce n’est qu’une question de mois », avance Jean Desessard, sénateur Verts de Paris et fervent défenseur d’un revenu universel de quelque 800 euros.

Qu’est ce qui différencie ce revenu du RSA ?

« Avec le RSA, on considère que les bénéficiaires sont des assistés, analyse Baptiste Mylondo, professeur à l’université de Lyon et auteur de deux ouvrages sur le sujet (1). Avec le revenu universel, on reconnaît la contribution de tous à l’enrichissement de la société » autrement que par le travail rémunéré. « On oblige les gens à chercher un emploi à plein temps alors qu’il n’y en a sûrement pas assez pour tout le monde, justifie le chercheur. Avec ce revenu, ils pourraient s’engager ailleurs », dans l’associatif, en politique, au sein de leur famille... Mais « tout le monde conserverait la possibilité de prendre un emploi pour augmenter son revenu », précise-t-il.

Une incitation à l’oisiveté ?

Rétribuer les gens sans obligation de travail, une prime à la fainéantise ? « On pourrait se poser la question si on était dans une société de plein emploi, raille Jean Desessard. Mais il y a plus de 4 millions de chômeurs. » En outre, les gouvernements des Etats-Unis et du Canada ont mené des expérimentations dans les années 1970 sur plusieurs milliers de personnes. Celles-ci montrent que, même en touchant un revenu inconditionnel, les gens ne s’arrêtent pas de travailler.

L’économiste Karl Widerquist a étudié les résultats et trouvé que, dans les ménages observés, les hommes réduisent leur temps de travail de 0,5% à 9% (2), soit une demi-heure à quatre heures de travail en moins par semaine. « C’est la preuve que les gens continueraient d’avoir une activité, même s’ils y consacreraient un peu moins de temps, analyse Baptiste Mylondo. La baisse la plus importante d’heures travaillées a concerné les étudiants et les lycéens. »

A droite, une idée à géométrie variable

Depuis plusieurs années, Christine Boutin, présidente du parti chrétien-démocrate, plaide pour la refonte des allocations sociales existantes dans un « dividende universel » inconditionnel. En revanche, elle fixe son montant à 400 euros pour les adultes et 200 euros pour les enfants, une somme finalement peu éloignée de l’actuel RSA, et ce pour ne pas « encourager l’oisiveté ».

Dominique de Villepin a fait sensation il y a quelques semaines, en se prononçant en faveur d’un « revenu citoyen » de... 850 euros ! Toutefois, ce revenu serait réservé aux Français « sans ressources » et aux travailleurs dotés d’un salaire faible, dans la limite d’un plafond de 1500 euros net par mois. « Le risque, c’est que l’on retombe dans une stigmatisation des plus pauvres », avertit Baptiste Mylondo. Autre particularité du projet villepiniste, il exige une contrepartie aux actifs sans revenu : l’obligation de voter et de s’engager dans un « service de l’intérêt général » qui pourrait prendre la forme de bénévolat dans des associations, des collectivités territoriales ou services publics de l’Etat.

Le parti Alternative libérale, favorable à une « allocation universelle », plaide lui aussi pour une monnaie d’échange « qui pourrait être un service national (dans la sécurité civile, les forces de polices, l’armée) de deux ans ». Deux formules qui ressemblent finalement de près à la proposition de Laurent Wauquiez d’imposer des travaux d’intérêt général aux bénéficiaires du RSA .

Un non-sens pour le député Jean Desessard : « On n’est pas capable de mettre en place un tel système. Il faudrait pouvoir contrôler les gens, être sûr qu’ils sont qualifiés pour la tâche qu’il leur incombe, vérifier, s’ils refusent la contrepartie, que leur motif est valable... Et si contrepartie il y a, ça veut dire que certains n’auront pas droit au revenu. Alors il n’est plus universel. » Le père du RSA, Martin Hirsch, avait aussi mis en garde il y a quelques semaines contre certaines dérives. Si les bénéficiaires du RSA (demain du Revenu citoyen ?), devenait une main d’oeuvre gratuite, leur employeur s’empresserait de les substituer aux salariés rémunérés.

(1) Baptiste Mylondo est l’auteur de « Ne pas perdre sa vie à la gagner » (2008) et « Un revenu pour tous » (2010)

(2) « A Failure to Communicate : What (if Anything) Can we Learn From the Negative Income Tax Experiments ? », Journal of Socio-Economics, 2004.

Sources de cet article

- Le site apolitisé de Pour un revenu social

- Le site de l’Appel pour un revenu de vie, un collectif constitué de citoyens et de militants de "l’Appel et la Pioche", d’Europe Ecologie – Les Verts, du Parti de gauche, d’Utopia, de Sauvons les riches...

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Journaliste indépendante. Collabore à Terra eco depuis novembre 2010.

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