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8-03-2007

Le pingouin, le juge et la calculette

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Pour faire valoir l'idée de préjudice écologique, les collectivités locales victimes de la marée noire de l'Erika additionnent le prix d'une heure de pêche aux moules avec celui d'un guillemot de Troïl. Explications.
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Anne Bate
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  • Je connais le prix de certains pur sang arabes, parfois au-delà de 10 millions de dollars. Je peux acquérir un labrador pour quelques centaines d’euros. Mais qui peut me dire quel est le prix d’une huître ? D’une étoile de mer ? D’un guillemot de Troïl ? D’une dune ? D’un lila de mer ? D’un rocher ?

    Ces questions, en apparence incongrues, sont celles que les juges du procès de l’Erika, qui se tient à Paris depuis le 12 février dernier et jusqu’au 13 juin prochain, devront se poser quand il s’agira de chiffrer le préjudice écologique.

    Bien entendu, les professionnels de la mer - conchyliculteurs, hôteliers, paludiers, etc. - ont été touchés par la marée noire de l’Erika et ses conséquences, et ont un avantage sur la nature : le préjudice qu’ils ont subi est « facilement » chiffrable. Il consiste, souvent, en une perte d’activité et/ou un préjudice d’image.

    Le prix de Dame nature

    Les guillemots de Troïl ne peuvent pas exprimer aussi facilement leur préjudice, pas plus que celui des 150 000 oiseaux qui, selon la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) ont laissé la vie dans la catastrophe. Ceux-là ne reviendront pas et leur disparition a parfois fragilisé des espèces entières. Que dire, enfin, des habitants des régions touchées par la marée noire ? Comment chiffrer leur perte ?

    Pour y parvenir, une soixantaine de collectivités territoriales emmenées par les régions Pays de la Loire et Bretagne au sein de l’association AIOLS (Association interrégionale Ouest littoral solidaire) ont demandé une étude à François Bonnieux, directeur de recherche à l’INRA de Rennes, qui pose le principe suivant : « si l’on arrive à chiffrer la perte d’une main par une personne au cours d’un accident en termes de préjudice moral, il devrait pouvoir être possible de chiffrer pareillement l’atteinte à la biodiversité et au patrimoine naturel ? La nature doit avoir un prix pour que sa reconstitution et réparation puissent faire l’objet de sanctions financières à l’encontre des pollueurs, afin que le principe pollueur-payeur trouve une juste application ».

    400 millions d’euros, au minimum

    Mesdames et Messieurs les juges, entrons dans le vif du sujet : sortez vos calculettes vertes, car il vous faudra additionner des « joies de l’existence » et des « pertes environnementales pures ». Les petites joies de l’existence - comme la pêche à pied - constituent les aménités, dont il s’agit de chiffrer la perte due à la marée noire : combien cela coûte-t-il d’aller pêcher ailleurs ou de remplacer la pêche par une balade à pied ? Le calcul des pertes environnementales pures, quant à lui, s’inspire de ce qui s’est fait après la catastrophe de l’Exxon Valdez en Alaska (1989) : quel est le consentement à payer de la population pour éviter une pollution de son environnement... et la perte de ses pingouins ?

    L’addition s’avère aussi salée que l’eau de l’Atlantique : 400 millions d’euros au bas mot. Pour le moment, les secrets de fabrique de cette estimation de l’INRA demeurent mystérieux, les collectivités voulant préserver leurs cartouches. Mais les passionnés des guillemots de Troïl, de la calculette et de la pêche aux moules peuvent suivre jour après jour les débats du procès sur cet excellent site Internet.

    A lire également sur ce thème :

    L’évaluation des dommages écologiques, vue par le Cedre

    A la recherche du pollueur-payeur (Terra Economica)

    *Anne Bate est journaliste à Terra Economica

    7.03 à 17h53 - Répondre - Alerter
    • Donner un prix à chaque être, à chaque chose de la nature, dans la course folle à l’économisme, pourquoi pas ? Je vois deux aspects intéressant à l’application de cette logique(il y en a probablement beaucoup d’autres).
      - Où ira l’argent (400 millions d’€ c’est beaucoup) versé ? Il est indispensable que les sommes versées aillent aux victimes ou à leur famille, s’ils sont morts (comme pour les accidents de la route et du travail). Sous quelle forme allons nous dédomager les moules, les guillemots, les rochers... ? En pratiquant l’élevage de ces espèces et en les réintroduisant dans leur milieu ? En finançant alors des fermes, des organisations qui soigneront et aideront la nature à se remettre de nos exactions. Effet pervers de la chose : ces organisation deviendront dépendantes de catastrophes pour leur financement !
      - Deuxième chose, si on suit cette logique, elle doit aussi être appliquée à l’agriculture intensive et industrielle. Quel est le prix des milliers d’espèces végétales et animales détruites par la culture industrielle d’une seule espèce (maïs ou froment..) dans un champs de 200 Ha ? Quel est le prix de ces insectes, ces oiseaux, ces mammifères et ces plantes exterminées car elles sont jugées nuisibles par nous les hommes uniquement parce que nous ne nous en nourrissons pas. Quantifier, définir un prix de ces espèces exterminées par ce type d’agriculture, l’imposer à ceux qui la pratiquent et en tirent profit permetterait à une agriculture respectueuse de ces espèces (et des hommes qui s’en nourrissent) d’être particulièrement rentable.
      Je vote pour !

      5.04 à 10h48 - Répondre - Alerter
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