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27-09-2012
Mots clés
Cinéma
France

Le père de Kirikou, passeur d’histoires

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Le père de Kirikou, passeur d'histoires
(Crédit photo : Léa Crespi pour « Terra eco »)
 
Conteur depuis sa prime enfance, Michel Ocelot a patienté de longues années avant de rencontrer le succès. A l’aube de ses 70 ans, le réalisateur sait ce qu’il veut : se confronter à de nouvelles techniques et, toujours, se faire passeur d’histoires délicates.
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N° 40 - octobre 2012

L’auto est morte, vive l’auto ?

Le tintement de la cloche de l’église Saint-Eustache, dans le Ier arrondissement de Paris, épouse celui des gouttes de pluie qui frappent le patio délicat de son appartement. Comme suspendu sous le ciel de la capitale, le délicieux jardinet semble un appendice à l’écrin du maître. C’est là que Michel Ocelot donne la vie à ses créations. Azmar, Azur, Kirikou le Lilliputien mais aussi mille dragons, princesses et princes ont ici ouvert les yeux. L’homme sait le précieux de son refuge. « C’est un studio. Sans ascenseur, sous les toits, personne n’en voulait à l’époque. Aujourd’hui, j’y suis chez moi. Je mourrai ici… en dessinant, bien entendu. »

Michel Ocelot ne compte pas mourir demain. Il y a trop de plaisirs succulents, comme celui redécouvert cet été de marcher jambes nues à l’air libre. Non, trop d’envies poussent en lui. Alors il fait. Presque sans pause, mais doucement, car, comme il le répète, le temps ne respecte pas ce qu’on a fait sans lui. A 69 ans en octobre, il veut fouler de nouveaux sentiers. « La confiserie est grande. Pourquoi se contenter d’un seul bonbon quand les univers et les histoires sont infinis ? » Ce n’est pas la gloire, dont il se « moque », ni l’argent qu’il a « obtenu, notamment grâce au succès de Kirikou », mais les messages qu’il veut transmettre et les arts dont il est serviteur, qui motivent sa quête.

Lettres à sa grand-mère

« Michel sait parfaitement ce qu’il veut faire, ce qu’il veut dire », témoigne Nadine Mombo, directrice de production du dernier opus du petit Africain. Lui avoue que le fond de son œuvre est finalement assez simple. « C’est une évidence de dire qu’il est plus agréable de s’entendre que de se combattre. Car, au final, tout n’est qu’exigence de politesse. Envers les hommes, bien entendu, les animaux, les plantes et les architectures. » Xavier Kawa-Topor, directeur de l’abbaye de Fontevraud (Maine-et-Loire) et spécialiste de l’animation japonaise, connaît bien Michel Ocelot. « C’est une personne qui n’a jamais cédé. Ni à la solitude professionnelle de ses débuts quand il était seul avec ses ciseaux, ni au succès d’aujourd’hui. Il ne fait aucun compromis. »

Les observateurs – critiques, artistes – jugent d’ailleurs l’œuvre d’Ocelot tour à tour « politique, philosophique, écologique même ». Lui s’en amuse. « Suis-je écologiste ? J’ai un peu peur des étiquettes, et des enthousiasmes sectaires chez certains. Je suis un peu en retrait, mais fort sympathisant, et ayant un mode de vie très proche des principes "verts", cela depuis toujours. Je sais aussi que réclamer plus de croissance quand nous sommes déjà au paradis est ridicule. Et que se plaindre ici en France revient à critiquer la température du caviar. » Tantôt taquin – « il est vrai que pour raconter, mieux vaut avoir des choses à dire » –, tantôt roi-mage – « je fais mes films comme on offre un bonbon à sucer » –, l’artiste sait aussi dérouter. Des histoires, Michel Ocelot en dessine et en raconte depuis à peu près l’âge de huit ans. En témoignent ces lettres à sa grand-mère.

Comme celle dans laquelle il invente les dialogues d’une vendeuse et d’un acheteur de raisin. Il part à cette époque vivre avec sa famille à Conakry, en Guinée, et découvre l’Afrique. « J’y faisais partie du paysage. Je n’y étais ni noir, ni blanc. Aujourd’hui, là-bas, je ne suis que blanc et c’est horrible. » Silence. Adolescent, il rêve de cent métiers : potier, danseur, marionnettiste, chorégraphe, réalisateur, etc. Mais il regagne la France et décide d’épouser l’animation après avoir découvert La Révolte des jouets (1), l’ancêtre de Toy Story, convaincu que cette voie pourrait lui offrir l’exercice de tous ces offices à la fois. Il enchaîne ensuite l’école des Beaux-Arts d’Angers (Maine-et-Loire), les Arts-décoratifs de Paris, avant de rejoindre l’Institut californien des arts de Los Angeles. Sa formation académique s’achève.

Reprendre le fil de l’existence de Michel Ocelot en 1998, année de la sortie de Kirikou et la Sorcière serait lui faire injure. Pourtant, l’homme n’y va pas par quatre chemins : « J’ai raté la moitié de ma vie », assène-t-il droit dans les yeux. La faute au système, aux producteurs de télé qui n’ont pas décelé le diamant. Les signes, pourtant, ne manquaient pas, les distinctions internationales non plus. « J’ai fait deux fois le tour d’Europe des chaînes de télé. J’étais prêt à me tuer au travail. Personne n’a voulu m’en donner. » De cette époque, rude, le petit homme au regard qui transperce traîne beaucoup d’amertume, terreau de son acharnement et de la maturité d’aujourd’hui. « Au chômage, je travaillais beaucoup », raconte-t-il d’une voix douce et grave, jonglant entre pauses et soupirs.

Jean-Claude Charles, son premier assistant sur Kirikou et les hommes et les femmes (Lire ici la critique du film), pose un regard admiratif sur l’homme – le réalisateur lui-même assure que ses collaborateurs ont besoin de « l’œil du maître » – qui le dirige. « C’est simple, il écrit le scénario, crée le story-board, gère la mise en place des caméras, surveille la couleur, l’assemblage des couches, le son, les paroles de certaines chansons, donne des indications pour la musique et dirige les comédiens pour les voix des personnages. Rien ne lui échappe. Mais il sait écouter, évoluer et valoriser. Il possède une franchise qui fait grandir ceux qui sont à ses côtés. »

Paname incandescent

Pour Azur et Azmar, en 2006, le chef-d’œuvre des deux rives accouché en six ans, ils étaient une soixantaine. De tous âges, du stagiaire au compagnon de toutes les aventures. Lui se définit d’ailleurs comme un « horloger face à une horloge compliquée », toujours prêt à ajuster, oser de nouvelles techniques et transmettre, notamment à l’Institut Sainte-Geneviève, à Paris, qui propose des formations en cinéma d’animation et arts appliqués. En faisant revivre à deux reprises le petit bonhomme par lui-même enfanté, Michel Ocelot a déjà remercié les millions d’anonymes qui ont porté le premier épisode réalisé sans moyens « à l’âge d’être grand-père ». A la fin de cette année, il laissera ainsi Kirikou, Karaba et le vieux crétin derrière lui. Et pourra alors embrasser un autre rêve, cousu de robes longues, de peintures, de rêves de paix et de génies, dans un Paname incandescent s’éveillant à l’aube du XXe siècle. —

(1) Film de Hermina Tyrlova réalisé en 1947.


Michel Ocelot en dates

1943 Naît à Villefranche-sur-mer (Alpes-Maritimes)

1976 Réalise la série Les Aventures de Gédéon

1983 César du meilleur court-métrage d’animation pour La Légende du pauvre bossu

1998 Premier long métrage, Kirikou et la Sorcière

2011 Reçoit le prix Henri-Langlois du film d’animation et de l’image animée pour l’ensemble de son œuvre

3 octobre 2012 Sortie de Kirikou et les hommes et les femmes

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Président de l’association des Amis de Terra eco Ancien directeur de la rédaction de Terra eco

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