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27-02-2014
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France

Le lin découvre sa fibre industrielle

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Le lin découvre sa fibre industrielle
(Crédit photo : antoine lorgnier - biosphoto)
 
Grande productrice de petites fleurs bleues, la France compte sortir la plante des placards à torchons. Dans le bâtiment, l’aéronautique et l’automobile, on se frotte les mains.
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N° 55 - mars 2014

Poissons : fraude à l’étiquette

L’humanité couvre sa nudité grâce à lui depuis trente-huit mille ans. Adopté par les pharaons, popularisé en France par Charlemagne qui obligea les ménages à s’outiller pour le travailler, le lin a un bel avenir devant lui. Car de nouveaux marchés éclosent en tous sens pour la plante et son éphémère floraison bleue. Et l’Hexagone compte bien en profiter. L’essentiel de la production mondiale est en effet concentré sur une ligne côtière allant de la Basse-Normandie aux Pays-Bas. La France cultive 82 % des tiges de l’Union européenne, sur 67 500 hectares. Entre 2002 et 2007, les surfaces consacrées au lin fibre ont doublé. Et le textile n’est pas le seul secteur concerné. « Boeing, Dassault Systèmes, PSA… investissent dans cette fibre naturelle. La demande est en forte hausse depuis 2005 », confirme Julie Pariset, cheffe de projet au pôle technique de la Confédération européenne du lin et du chanvre.

Planches de surf et A380

Hors des armoires et des placards à torchons, le lin a commencé une seconde vie. Dans les raquettes de tennis, les planches de surf ou les casques de VTT, on applaudit ses capacités d’absorption des vibrations. Dans l’aéronautique ou le bâtiment, on s’arrache ses propriétés isolantes. Ces nouveaux marchés ne pèsent que 10 % de celui du lin fibre mais un grand appel d’air pourrait venir du secteur automobile : une directive européenne prévoit que, en 2015, 95 % d’un véhicule devra être recyclable. Jackpot pour notre plante, qui dispose d’atouts de poids face aux produits issus de la pétrochimie : elle boit peu d’eau – la pluie lui suffit –, ne goûte guère les pesticides ou les engrais azotés et ne génère aucun déchet, puisque toutes ses parties sont utilisées (Voir encadré). Et elle est plus légère que le carbone ou la fibre de verre. « Remplacer les sièges business en composite fibre de verre d’un A380 par des sièges en composite lin allège l’avion de 640 kg et donc la facture de carburant », explique Edouard Philippe, responsable innovation du groupe Dehondt, qui fabrique, à côté du Havre (Seine-Maritime), des engins agricoles pour la récolte du lin.

Cette entreprise de 30 employés a rejoint l’un des quatre projets français de recherche et développement sur les composites lin, dans lesquels l’Etat a injecté 64 millions d’euros. « Cela nous permet d’embaucher deux personnes, se félicite Edouard Philippe. Le but, en positionnant le lin sur le marché des composites, est bien de réintégrer l’industrie de sa transformation en France, via de nouvelles activités mobilisant un savoir-faire qui était en train de se perdre. » Car l’essentiel du travail de filature est aujourd’hui effectué à l’étranger, essentiellement en Chine. Ces nouveaux débouchés réjouissent Bertrand Decock, codirecteur à Hondschoote (Nord) d’une usine – de 30 salariés – de teillage, l’action qui sépare les fibres de la tige. « En dix ans, notre activité a plus que doublé et nous sommes prêts à passer à la vitesse supérieure », indique le patron. Encore faut-il que les agriculteurs suivent. « C’est une culture de passionnés qui nécessite une bonne connaissance du sol », explique Laurent Cazenave de la coopérative Terre de lin, qui rassemble 600 des quelque 8 000 exploitations hexagonales productrices de lin.

Touristes et angles morts

Mais le retour sur investissement est là : la récolte est rémunératrice et « la culture bien plus valorisante pour l’agriculteur que celle de blé ou de maïs », assure Stéphane Deleau, directeur général de Valorex. Cette entreprise a lancé, en 2000, Bleu-Blanc-Cœur, la filière qui a réinstallé le lin… dans l’alimentation du bétail. Cuite, la plante facilite la digestion des bêtes, augmente la teneur de la viande en oméga 3 et réduit les émissions de méthane. Résultat : Valorex a créé une quarantaine d’emplois et presque doublé son chiffre d’affaires.

Mais l’industrie et l’agriculture ne sont pas les seules à surfer sur la petite fleur bleue. Car le lin, c’est aussi « un facteur d’identification pour un territoire », explique Bertrand Decock, qui se targue d’habiter dans le « berceau du lin ». Mais, du Calvados à la Flandre, nombreux sont les « pays » à se revendiquer comme tels pour appâter les touristes. Ici un rallye à vélo est organisé à travers les champs ; là, un festival est consacré à la plante. Et partout, on aménage une maison du lin… et on y intègre une boutique ! Le business de la plante semble au plus haut mais recèle encore quelques angles morts. « Il y a un marché à prendre dans le bio », estime Ludovic Hervieu, agriculteur à Beaumontel (Eure). Converti il y a deux ans, il se frotte les mains : son rendement est le même qu’en conventionnel, mais ses graines se revendent cinq fois plus cher. On ne compte en France que 150 hectares en bio pour 17 producteurs. Une goutte dans l’océan du lin et ses 12 000 emplois directs et 8 000 indirects. L’histoire d’amour entre l’homme et la plante pourrait encore durer trente-huit mille ans. —


La plante à tout faire

Comme les graines et les fibres longues contenues dans la tige du lin, les sous-produits de la plante ont leur utilité. Les fibres dites courtes, les étoupes, servent à l’élaboration de tissus grossiers : torchons, sacs postaux et même papier à cigarettes. La paille (l’enveloppe de la tige), rebaptisée « anas » après broyage, est, quant à elle, exploitée comme litière pour animaux et entre dans la fabrication de panneaux agglomérés, de portes, de cloisons et de toitures. —

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