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13-01-2014
Mots clés
Energies
France

Gaz de couche : le Nord-Pas-de-Calais doit-il retourner à la mine ?

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Gaz de couche : le Nord-Pas-de-Calais doit-il retourner à la mine ?
(Crédit photo : jf garbez - flickr )
 
L'entreprise Gazonor est autorisée à sonder les sous-sols du bassin minier pour étudier la rentabilité de gisements de ce combustible gazeux enfouis dans les veines de charbon non exploitées. Un feu vert controversé.
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Le charbon pourrait reprendre du service dans le Nord-Pas-de-Calais. Sans les gueules noires. Car nul besoin de creuser des mines et d’agripper la pioche : le combustible convoité n’est plus solide, il est gazeux. C’est le fameux grisou – ce gaz composé essentiellement de méthane hautement inflammable et collé à la houille – qui pourrait remonter à la surface par un petit tube.

Les habitants de Divion et d’Avion, deux bourgades de l’ancien bassin minier classé à l’Unesco ont appris, en fin d’année, que la société Gazonor avait reçu le feu vert des autorités pour explorer des veines de charbon jamais exploitées, enfouies entre 1 000 et 1 500 mètres sous terre, afin d’y évaluer la teneur en méthane. Le forage sera réalisé « avant la fin de l’année 2014 » par European Gas Limited (EGL), explique à Terra eco son président, Julien Moulin.

Ce gaz, dit « de couche », diffère de celui dit « de mine », qui est le méthane qui suinte des veines de charbon autrefois exploitées par Charbonnages de France. « Le gaz de mine – recueilli à Divion et Avion depuis des années - est au final assez pauvre en méthane car il est mélangé à l’oxygène des galeries. Le gaz de couche est à l’inverse très pur : il contient 95% de méthane, et a donc un très bon pouvoir calorifique », poursuit Julien Moulin. Le méthane qui est rappelons le un puissant gaz effet de serre.

Du gaz pour trois ans

On estime que le sous-sol du Nord-Pas-de-Calais contiendrait assez de gaz de couche pour assurer « deux à trois ans de consommation nationale de gaz naturel », explique Nicolas Ricquart, le directeur général de Gazonor. Des estimations qui seront vérifiées par les forages d’exploration dont « le but est de tester le potentiel économique d’une exploitation de ce gaz de couche », ajoute-t-il.

Concrètement, EGL va créer un puits vertical de plusieurs centaines de mètres de profondeur. A Divion, la tête de forage va traverser une nappe phréatique dont l’eau est utilisée pour la consommation, puis une couche d’argile qui assure l’étanchéité avec une deuxième nappe, plus profonde et non potable, avant d’atteindre la veine de charbon. Le tube, de 20 centimètres de diamètre, par lequel passera le gaz, sera entouré de plusieurs barrières d’étanchéité, dont une en ciment.

« La particularité des veines jamais exploitées du Pas-de-Calais est qu’elles sont très fines : elles font en moyenne 40 cm d’épaisseur – contre 80 cm pour les veines exploitées dans les mines. De plus, ces couches sont au sec et sont régulièrement secouées par les mouvements des plaques tectoniques, rendant le charbon extrêmement friable. On n’aura donc pas besoin de stimuler la roche afin que le méthane s’en dégage », précise Nicolas Ricquart, qui espère calmer les craintes du collectif Houille ouille ouille. Manqué.

La fracturation hydraulique en embuscade ?

« Nous redoutons que Gazonor ne soit tenté de réclamer une révision de la loi de 2011 interdisant la technique de la fracturation hydraulique » , alerte en effet Christine Poilly, porte-parole du collectif d’opposants au gaz de couche constitué en juin dernier. Elle met en avant le fait que, partout où le gaz de couche est exploité (et en premier lieu aux Etats-Unis et en Australie), c’est cette technique qui est utilisée. « En 2008, quand Gazonor a formulé sa première demande d’exploration, la fracturation hydraulique était mentionnée », ajoute-t-elle.

« Etant donné la spécificité des veines de charbon du Nord-Pas-de-Calais, la fracturation hydraulique serait contre-productive. Elle peut être efficace dans les pays où les couches de charbon sont épaisses et très denses, mais ici, le résultat serait nul », déclare aujourd’hui le directeur de Gazonor. Qui n’a pas réussi à convaincre le collectif de l’étanchéité absolue du forage et de la non contamination des nappes phréatiques. Christine Poilly argumente, s’appuyant sur un entretien de Roland Pellenq, spécialiste des nano-sciences, à Sciences et Avenir. Il y indique que la taille des molécules de méthane est « 5 000 fois plus petite que les passages micrométriques entre le ciment et le tubage ou la roche. D’où la permanence des fuites de gaz ».

Une exploration en contradiction avec l’objectif de baisse du CO2

Mais, surtout, Christine Poilly s’interroge sur la pertinence de mener de telles explorations alors que la région vient de s’engager à réduire de 60% sa consommation énergétique et à diviser par quatre ses émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050.

Il en est un, à la Région justement, qui ne croit pas une seconde à ces objectifs « pas réalistes alors que la consommation d’énergie à l’échelle de la région augmente de 3% par an ». Il s’agit de Bertrand Péricaud, conseiller régional Front de gauche et président d’une mission d’enquête sur le gaz de couche dans le cadre du schéma régional de développement économique. La mission rendra ses conclusions le 18 février, après un passage par la Lorraine à la fin du mois de janvier, où EGL mène déjà des forages exploratoires de gaz de couche.

Mieux vaut la houille d’ici que le gaz de schiste de là-bas ?

Pour l’élu, la priorité va à l’emploi : « On a 360 000 inscrits au Pôle emploi, notre objectif est donc de créer des emplois ». A ce jour, EGL comme Gazonor sont incapables d’évaluer le nombre d’embauches qui pourraient être créées. Qu’importe, pour le conseiller, cette « énergie made in Pas-de-Calais » pourrait être « une énergie de substitution à celle qu’on importe, distribuée en circuit court aux entreprises ou usines de la région », alors que le plus grand port méthanier d’Europe est en construction à Dunkerque. « Je préfère qu’on utilise – sous forme de gaz ou d’électricité – la houille qui est produite sur notre territoire et dont nous pouvons contrôler la production, plutôt que de consommer du gaz de schiste liquéfié venant du Canada ou du Brésil », explique l’élu.

Nicolas Ricquart n’attend pas l’aval du conseil régional mais il reconnaît que cet appui « valoriserait la ressource et faciliterait ses débouchés ». Si les forages d’exploration sont concluants, il faudra alors obtenir le soutien des élus et de la population – qui sera appelée à s’exprimer lors d’une enquête publique – pour entamer l’exploitation. Des interlocuteurs pour certains plus difficiles à convaincre que ne l’est Bertrand Péricaud.

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