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7-09-2012
Mots clés
Emploi
France

« Le benchmark, c’est instaurer la loi de la jungle entre employés pour mieux régner »

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« Le benchmark, c'est instaurer la loi de la jungle entre employés pour mieux régner »
(Sun dazed- Flickr.com)
 
La justice vient d'interdire à la Caisse d'Epargne Rhône-Alpes la mise en concurrence de ses salariés, génératrice de stress et de mal-être. Pour Paul Bouaziz, avocat, cette décision est une grande avancée.
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Un pas de plus vient d’être franchi dans le respect des salariés. Mardi, le tribunal de grande instance de Lyon a interdit à la Caisse d’Epargne Rhône - Alpes Sud de fonder son organisation du travail sur le « benchmark ».

Ce système consiste, comme le rappelle le juge dans l’extrait du jugement, « en une évaluation permanente » des salariés de la Caisse d’Epargne, mis en constante concurrence les uns avec les autres. Un deuxième niveau de compétition était établi entre les agences de la région. C’est sur la base des résultats de ce benchmark que la part variable de la rémunération de chaque salarié était calculée.

Depuis que le système a été mis en place en 2007 « à l’initiative d’Olivier Klein (aujourd’hui membre du directoire de Banque Populaire - Caisse D’Epargne) », précise le syndicat SUD-BPCE dans un communiqué, plusieurs rapports de médecins et d’inspecteurs du travail, mais aussi d’assistantes sociales, d’un cabinet d’expertise, des instances représentatives du personnel et du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ont alerté sur l’émergence de risques psychosociaux liée à cette organisation du travail.

« Avec un tel système, le seul objectif qui existe est de faire mieux que les autres et tout est remis en question chaque jour, ce qui crée un stress permanent » et compromet « gravement » la santé des salariés, peut-on lire dans le jugement.

Le TGI interdit donc aux Caisses d’Epargne de la région Rhône-Alpes Sud de recourir à ce système, (sans toutefois fixer d’astreinte), et condamne la société à payer au syndicat Sud la somme de 10 000 euros de dommages et intérêts. La Caisse d’Epargne Rhône-Alpes a fait appel de cette décision.

Paul Bouaziz, avocat au barreau de Paris, spécialiste en droit social et ex-secrétaire général de l’Association française de droit du travail, salue cette décision de justice, dans un entretien qu’il nous a accordé

Terraeco : Cette décision de justice est-elle une bonne nouvelle pour les salariés ?

Paul Bouaziz : Oui. Elle est même très importante. Elle reconnaît que l’employeur a procédé à une modification substantielle et abusive des conditions de travail des employés. Le fait de mettre en concurrence les salariés n’est ni dans le code du travail ni dans le contrat de travail. Or, on ne peut pas modifier un contrat de travail comme cela, sans modifier la loi. Mais le plus intéressant dans cette décision, c’est que le juge ne se contente pas de dire à la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes « vous êtes un méchant ». Il lui dit aussi « je vous interdis de faire ». C’est une avancée supplémentaire dans l’évolution du droit du travail.

Comment cela ?

Cette décision dit très clairement que l’obligation de préserver la santé des salariés pèse sur l’entreprise et que cette dernière ne doit pas se contenter de prendre des mesures pour faire de son mieux. Elle n’a pas une obligation de moyens mais une obligation de résultats, concrets et positifs pour la santé des salariés. Or ce système d’organisation du travail est générateur de stress auprès des salariés, entraîne donc des risques psychosociaux et, pour certains, un état dépressif réactionnel.

Et donc, pour sanctionner ce manquement à cette obligation de résultats, le juge ordonne à la banque d’arrêter d’employer le benchmark comme organisation du travail...

C’est relativement nouveau dans le droit du travail. Pendant longtemps, les juges ont considéré que les employeurs étaient les maîtres chez eux et donc que la justice ne pouvait pas agir sur eux autrement qu’en leur faisant payer des dommages et intérêts. Tout ne se résout plus par des sous mais par l’ « interdiction de faire ». Que la justice le dise, c’est une étape très importante. Espérons que cette décision fasse des petits.

Mais après tout, pour un salarié, la mise en concurrence ne peut-elle pas être stimulante ?

Etre salarié, c’est vendre sa force de travail pour un salaire. Le benchmark, c’est instaurer la loi de la jungle entre employés pour mieux régner. C’est les doper pour qu’ils fassent mieux que les autres et qu’ils obtiennent des primes. Le travail ce n’est pas une course cycliste !

Et avec un tel mode d’organisation, adieu le collectif de travail et la solidarité entre employés...

En effet, plus la direction divise le personnel, mieux elle se porte ! Son but est d’empêcher la collectivité de travailler ensemble pour éviter qu’elle ne crée un rapport de force qui équilibrerait celui de la direction.
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  • Il faut regarder la réalité en face : que cela vous plaise ou non, la concurrence existe à tous les instants. Demandez donc aux clients ce qu’ils en pensent, ils auront vite fait de classer leurs interlocuteurs, suivant des critères parfaitement objectifs, tels que la disponibilité, la qualité de l’accueil, la pertinence des conseils donnés, l’initiative, le suivi des dossiers... Plus bref encore, ils sauront très bien sur qui on peut compter ou non.
    Prétendre interdire à l’entreprise de récompenser les comportements qui font du bien à ses clients et à l’entreprise elle-même est une aberration et une injustice vis-à-vis de ceux qui se donnent du mal. Les juges ont tout faux !

    8.09 à 22h13 - Répondre - Alerter
    • C’est vous qui avez tout faux.
      Les juges empêchent la CE de devenir un orange bis !
      Ca c’est sur le point de vue santé, mais ce que ne comprennent pas les dirigeants théoriciens c’est qu’en matière d’équipe de salariés, 1+1 = 2,5 ou plus et 1/1 = 1 dans le meilleur des cas.
      La coopération permet d’augmenter drastiquement la productivité.
      La compétition fait perdre un temps fou à se battre en interne, à "faire savoir", etc... pendant ce temps là dans les équipes collaboratives on travaille :-) !

      10.09 à 17h26 - Répondre - Alerter
    • Parce que vous croyez que la CERA a mis en place le benchmark pour le "bien être" des clients ?! Vous êtes bien naif... Et je sais de quoi je parle : j’y travaille !

      11.09 à 16h58 - Répondre - Alerter
    • Co-COMMENT ???

      Mais c’est ignoble, ce commentaire, quand des gens en sont à se suicider sur leur lieu de travail, espèce de gougniaffier !
      Quelles belles valeurs vous avez là.
      Tant qu’on y est, pourquoi ne pas envoyer en camps de ré éducation les employés " les moins performants" dites ?

      C’est quoi votre job, à vous ? Vous avez hérité de l’entreprise familiale ou vous êtes né avec une couche culotte imprimée "VRP" ?

      La concurrence entre employés c’est la forme la plus hypocrite de harcèlement moral. A vous lire on se demande si vous n’avez pas oublié le passage d’un siècle depuis la belle époque du paternalisme !

      Beuuuurk.

      15.09 à 07h26 - Répondre - Alerter
    • La réalité c’est que vous ne savez pas faire la différence entre quantité et qualité. Votre illustration est basée sur des critères qualitatifs lorsque vous parlez de disponibilité, de la qualité de l’accueil... Le benchmark met en avant un critère quantitatif : combien de x produits ont été commercialisés dans l’organisation. Et le classement des organisations se réalise a partir de cette donnée quantitative.

      29.12 à 01h11 - Répondre - Alerter
    • Réponse à Andreas : La réalité c’est que vous ne savez pas faire la différence entre quantité et qualité. Votre illustration est basée sur des critères qualitatifs lorsque vous parlez de disponibilité, de la qualité de l’accueil... Le benchmark met en avant un critère quantitatif : combien de x produits ont été commercialisés dans l’organisation. Et le classement des organisations se réalise a partir de cette donnée quantitative.

      29.12 à 01h13 - Répondre - Alerter
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