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3-12-2013
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Energies
Brésil

Le Brésil donne discrètement son feu vert au gaz de schiste

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Le Brésil donne discrètement son feu vert au gaz de schiste
(Modèle d'un puits pétrolier Petrobras présenté sur le campus de l'université Fédérale du Rio Grande do Norte à Natal au Brésil - Patrick-br/flickr)
 
Le 28 novembre, le Brésil a mis aux enchères 240 concessions et attiré notamment les investissements de GDF Suez. Mais sa réglementation est-elle suffisante pour se prémunir contre d'éventuels dégâts environnementaux ?
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Le Brésil a discrètement ouvert la porte à l’exploration des gaz de schiste, avec la mise aux enchères, jeudi 28 novembre, de 240 blocs de gaz dans des bassins conventionnels et non conventionnels. Destinée à « semer la culture du gaz » dans le pays, selon Magda Chambriard, directrice générale de l’Agence nationale du pétrole (ANP), l’opération vise à répondre à une demande croissante – la part de gaz dans le mix énergétique brésilien est passée de 6% à 10% entre 2000 et 2011– ainsi qu’à « décentraliser les investissements exploratoires » dans le pays-continent. 168 348 kilomètres carrés ont ainsi été mis aux enchères, plus d’un cinquième de la surface de la France métropolitaine.

« Ce n’est pas GDF Suez qui fait la réglementation »

Avec les brésiliens Petrobras (40%) et Cowan (35%), GDF Suez a décroché une participation de 25% dans six blocs conventionnels du bassin du Recôncavo, dans l’Etat de Bahia, au nord-est du pays. En cas de découverte de gaz de schiste, le groupe français n’exclut pas un recours à la fracturation hydraulique. Une technique, on le rappelle, interdite dans son pays d’origine. « Ce n’est pas GDF Suez qui fait la réglementation », réagit l’entreprise. « Notre groupe vient d’acquérir des licences d’exploitation de gaz de schiste au Royaume-Uni (1). Quant aux licences d’exploration et production du bassin de Recôncavo, elles sont considérées comme conventionnelles. Le potentiel non conventionnel n’y est pas encore prouvé. La question se posera éventuellement après la phase d’exploration. »

Les autorités brésiliennes assurent disposer d’une réglementation suffisante pour limiter les dommages environnementaux liés à la fracturation hydraulique, au cas où elle serait utilisée. « Celle-ci est bien plus détaillée qu’aux Etats-Unis », pionniers dans l’exploitation de cette ressource, assure à Novethic Marco Almeida, secrétaire du pétrole et du gaz naturel au ministère brésilien des Mines et de l’énergie. L’Agence nationale du pétrole a pourtant lancé une consultation destinée à encadrer l’usage de cette technique que « pourra être amenée à utiliser les entreprises lauréates ». D’une durée d’une semaine, la consultation a été annoncée 17 jours avant l’événement.

Des délais un peu courts alors que, dès mars dernier, un groupe d’experts réunissant notamment des membres du ministère de l’Environnement et de l’Ibama (institut brésilien de l’environnement et des ressources naturelles) estimait que le Brésil ne disposait pas de la réglementation nécessaire pour encadrer le recours de la fracturation hydraulique et s’inquiétait d’éventuelles conséquences sur l’énorme aquifère Guarani, troisième réservoir souterrain d’eau mondial. Le tout en appelant à un débat public sur le sujet. Mais la population reste largement sous informée des problèmes posés par l’exploitation des gaz de schiste. Si la presse avait largement relayée ceux soulevés par l’exploitation du pétrole pré salifère en octobre dernier, le sujet est cette fois complètement passé à la trappe. Côté syndicats, seule la Fédération unique des pétroliers, affiliée à la principale centrale syndicale du pays, s’élève contre cette technique, là où la mise aux enchères du gisement pétrolier pré-salifère de Libra, un mois plus tôt, faisait l’objet d’importantes manifestations.

Des zones fragiles concernées

« Aux Etats-Unis, l’existence de nombreuses infrastructures a permis un boom du gaz de schiste. Ce n’est pas le cas au Brésil. Il y a tout le temps avant qu’il soit exploité », prévient João Carlos de Lucas, président de l’Institut brésilien du pétrole (IBP). Le « semis culturel gazier » brésilien va en effet nécessiter l’implantation d’infrastructures dont sont dépourvues presque toutes les zones concernées par l’adjudication de jeudi. A tel point que seuls 72 des 240 blocs mis aux enchères ont trouvé preneurs, dont 49 rien que par le groupe pétrolier public Petrobras, forcément plus à même de les développer qu’un groupe étranger. Mais l’absence totale de gazoducs dans cinq des huit bassins concernés a un autre corollaire : « Cela freine l’urgence de l’adoption d’une réglementation », souligne le président de l’IBP.

Enfin, des zones fragiles sont concernées par cette décentralisation voulue par le Brésil, à l’instar des huit blocs de l’Etat d’Acre, frontalier de la Bolivie, aux confins de l’Amazonie. Acquis par Petrobras, ils se situent sur des territoires indigènes ou à fort intérêt environnemental, comme la zone d’intérêt écologique Japiim-Pentecoste, qui abrite un écosystème parmi les plus vulnérables d’Amazonie, prévient le secrétariat d’Etat à l’environnement d’Acre, relayé par la revue « O Eco ».

(1) En octobre dernier, GDF Suez a annoncé l’acquisition de 25% de 13 permis d’exploration de gaz de schiste au Royaume-Uni.

Cet article de Victor Roux a initialement été publié sur Novethic le 3 décembre 2013

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