publicité
Accueil du site > Actu > Société > Le Bassin minier, berceau de la troisième révolution industrielle (...)
31-10-2013
Mots clés
Développement Durable
Urbanisme
France

Le Bassin minier, berceau de la troisième révolution industrielle ?

Taille texte
Le Bassin minier, berceau de la troisième révolution industrielle ?
(Crédit photo : Jérémy Jännick - Wikimedia)
 
Né de la première révolution industrielle, le Bassin minier du Nord-Pas-de-Calais ne veut pas rater la troisième. Les cicatrices d'hier, corons et terrils, deviennent des richesses à se réapproprier.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
SUR LE MÊME SUJET

Une révolution industrielle vaut bien une messe. Le Nord-Pas-de-Calais a organisé la sienne, vendredi dernier, au World Forum de Lille. Jeremy Rifkin, l’économiste américain superstar y a électrisé son auditoire – 2 000 « décideurs » – en présentant un « Master plan », qui doit faire de la région le laboratoire de sa « troisième révolution industrielle », un bouleversement économique composé d’énergies renouvelables, de réseaux intelligents et d’éco-mobilité.

La veille, Rifkin, le « prophète »,selon le président de région Daniel Percheron, ou « l’homme qui valait un milliard par an (le coût annuel estimé des mesures contenues dans son plan, ndlr) », selon La Voix du Nord, s’était rendu à Loos-en-Gohelle, cité minière s’il en était au siècle dernier, ville très pauvre de 7 000 habitants aujourd’hui. Un déplacement rare, glisse Claude Lenglet, directeur du projet de troisième révolution industrielle pour la région : « Jeremy Rifkin est un homme qui a le sentiment de l’urgence et qui préfère les salles de réunions où il diffuse ses idées. » Pendant son excursion, l’économiste a vu plusieurs de ses idées déjà mises en application. Des bâtiments éco-construits et des véhicules propres, bien sûr, mais aussi l’une des premières églises de France couvertes de panneaux photovoltaïques – l’Américain rêve de transformer les bâtiments en autant de petites centrales de production d’énergie – ou même un parc solaire au pied des terrils, où l’on teste dix techniques différentes de panneaux photovoltaïques en zone de faible ensoleillement. « Il a été bluffé par cette visite et nous a invités à nous en inspirer à l’échelle de la région », assure Claude Lenglet.

La transition a déjà commencé

Une ville du bassin minier érigée en modèle, on avait plus vu ça... depuis la première révolution industrielle justement. C’est qu’à Loos-en-Gohelle, et dans le bassin minier plus largement, on s’échine depuis longtemps à changer de modèle. Par obligation. « La crise qui frappe la France depuis 2009, notre région la connaît depuis trente ans. On a une avance conceptuelle, on a compris depuis longtemps qu’on doit changer nos manières de faire pour ne pas être victimes de la prochaine explosion du prix de l’énergie », analyse Jean-François Caron, maire (Europe Ecologie - Les Verts) de Loos-en-Gohelle.

Au début des années 1990, quand la fermeture de la dernière mine de charbon fut venue, il fallut envisager l’avenir pour ce pays alors entièrement tourné vers la mine. C’est l’heure d’une « conférence permanente » et de la rédaction d’un livre blanc. Certains veulent faire table rase de l’héritage minier. Les bulldozers menacent les terrils, ces décharges des mines à ciel ouvert. « On avait fait un sondage à la sortie d’un supermarché. Je crois que 98% des gens voulaient qu’on se débarrasse des terrils, ils voulaient redevenir comme les autres », se souvient Jean-François Caron. Mais un autre destin se dessine. « La population et l’économie avaient été totalement encadrées par la mine, le territoire gardait d’énormes séquelles sociales et environnementales de l’exploitation du charbon, qui était une caricature de modèle non durable. On avait perdu 220 000 emplois, il restait des friches de 150 hectares sur de petites communes. On n’a pas eu d’autres choix que d’être innovant, et de s’appuyer sur notre patrimoine en lui trouvant de nouveaux usages », détaille Catherine Bertram, directrice de la mission « bassin minier », une structure née en 2000 afin d’accompagner le territoire dans l’après-charbon.

La décharge des mines à l’Unesco

L’innovation commence par un changement de regard. Et si les cicatrices étaient une richesse ? Une grande partie des terrils seront finalement préservés, avec une nouvelle fonction donc. Ils sont aujourd’hui classés au patrimoine mondial de l’Humanité. Une association, la Chaîne des Terrils, se charge de les faire visiter.



Les terrils de Loos-en-Gohelle, Jérémy Jännick, Wikimedia

Bruno Derolez, écologue, nous guide sur le plus haut terril d’Europe, étonnant réservoir de biodiversité haut de 147 mètres qui domine Loos-en-Gohelle : « C’est un milieu naturel unique dans la région, à la fois chaud et sec. On trouve donc une faune et une flore endogènes à l’échelle de la région. » Sur les chemins de roche noir, sous une pluie fine, il désigne le pavot cornu, cette plante subtropicale qui aime les dunes sableuses. Et la cotonnière naine que l’on trouve d’habitude en Corse ou en Afrique du Nord. Nulle trace ce jour-là en revanche du lézard, du criquet oedipode turquoise et du crapaud calamite. Ces espèces typiques du terril ont déjà creusé pour gagner en chaleur – elle peut grimper jusqu’à 600 degrés au cœur du mont. Au sommet, une grande partie du bassin minier apparaît. On distingue d’abord une dizaine de monts voisins semblables. Une trame verte bleue réunit peu à peu ces sites. La nature gagne le pays noir, autour de nous les joggers se sont déjà appropriés les lieux.

Un crapeau calamite (Crédit photo Chaîne des terrils - V Cohez)

L’écologie comme seule alternative

Les toits rouges s’étendent à perte de vue. On compte encore plus de 70 000 corons, ces logements miniers, sur l’ensemble du bassin. Un autre héritage à préserver. « Je suis arrivé dans la région en 2003, et j’ai été agréablement surpris. Quand on pense à l’habitat minier, on pense à des murs noirs et tristes. Ce n’est pas le cas du tout, on trouve des maisons individuelles, une place importante donnée au jardin, des façades extrêmement variées, une voirie et une densité intéressantes. C’est une richesse sur laquelle s’appuyer », avance Raphaël Alessandri, architecte chargé de l’urbanisme durable à la mission « bassin minier ». Loin de construire des taudis, les entreprises minières rivalisaient en fait d’ingéniosité pour construire des logements désirables et attirer la main-d’œuvre. Certaines cités ont également été classées au patrimoine mondial de l’humanité. Depuis la fin des mines, une première grande vague de rénovation a déjà été effectuée. Avec, en partie, des techniques alternatives et peu coûteuses, faute d’argent. « On devait s’attaquer à la gestion des eaux de pluie, mais les techniques classiques n’étaient pas envisageables, les coûts étaient démesurés. On s’est donc inspiré de techniques alternatives », explique Raphaël Alessandri. Ainsi, des bassins sont construits près des lieux de vie pour recueillir les eaux de pluie, afin d’éviter d’importants travaux de voiries. Cette solution, innovante au niveau environnemental, s’est imposée dans le quotidien.

En 2009, les bulldozers ont failli détruire une partie de l’héritage encore décrié. Un moratoire est finalement adopté. Cinq cités, soit plusieurs centaines de logements, entament une rénovation d’un genre nouveau. Là encore, la seule préservation du patrimoine ne suffira pas. « Les ayants droits, c’est-à-dire les anciens mineurs, sont peu à peu remplacés par des classes moins aisées. L’avenir de ce parc, c’est la paupérisation, alerte Raphaël Alessandri, la préservation du patrimoine doit être un cheval de Troie pour la qualité urbaine et environnementale, ces cités doivent être des bijoux. » Les travaux en cours vont rendre ces logements peu gourmands en énergie, afin de limiter les charges pour les occupants. Un plan doit permettre de retrouver la culture du potager dans les jardins – « à l’époque minière, on venait le dimanche dans les corons pour visiter les jardins, c’était un lieu de balade », poursuit l’architecte. Cerise sur le gâteau, rénover ces logements permet aussi de limiter la construction de nouveaux lotissements, et de lutter contre le fléau – national – de l’étalement urbain. Au Nord, l’habitat, c’est encore les corons. Et c’est maintenant une chance.

Faites réagir vos proches, diffusez l'info !
Vous aimez Terra eco ? Abonnez-vous à la Newsletter

Non, nous n’avons pas à « sauver la planète ». Elle s’en sort très bien toute seule. C’est nous qui avons besoin d’elle pour nous en sortir.

4 commentaires
TOUS LES COMMENTAIRES
COMMENTAIRES SÉLECTIONNÉS
RÉPONSES DE LA RÉDACTION
Trier par : Plus récents | Plus anciens
Affichage : Voir tout | Réduire les discussions
PUBLIER UN COMMENTAIRE

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • Se connecter
  • Créer un compte

publicité
publicité
publicité
SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
publicité