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La vraie menace qui pèse sur l’euro

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La vraie menace qui pèse sur l'euro
(Crédit photo : dullhunk - Flickr)
 
Pour Pascal Canfin, député européen Europe Ecologie et spécialiste des questions économiques, l'avenir de la monnaie unique est aujourd'hui menacé. Et pour sortir de la crise, l'Europe se doit d'être plus cohérente en matière de justice sociale.
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Oui, les choses sont graves. Et l’avenir de l’euro est potentiellement menacé. Mais un point important est à souligner : les déficits publics actuels, sont en grande partie les conséquences de déséquilibres économiques enregistrés dans la sphère privée. Les fameux 32% de déficit public de l’Irlande sont, pour l’essentiel, dus au sauvetage des banques. Idem pour l’Espagne. Trois ans avant la crise, la Communauté européenne lui dressait des lauriers et applaudissait son strict respect du Pacte de stabilité et de croissance. Aujourd’hui, elle est dans un marasme économique et compte 20% de chômeurs ! C’est parce qu’elle a laissé exploser la dette des ménages liée à la bulle immobilière qu’elle a dû en 2008/2009 faire exploser son déficit public pour tenter de contrebalancer l’effet récessif de l’explosion de cette dette des ménages en injectant de « l’argent frais » dans l’économie.

La question centrale ne porte donc pas sur les sanctions à imposer aux Etats qui enregistrent un déficit public. La survie de la zone euro, et donc en partie de la construction européenne, dépend avant tout de sa capacité à sortir du dogme néolibéral qui considère que les problèmes économiques ne peuvent venir que de la sphère publique (déficit et dette publics) et non du reste de l’économie. Pour assurer l’avenir de l’euro, il faut impérativement faire trois choses : réguler les banques et les marchés financiers de manière beaucoup plus stricte pour éviter une situation à l’irlandaise, anticiper la formation des bulles spéculatives sur l’immobilier pour éviter une situation à l’espagnole, et élargir la gouvernance économique à la question des compétitivités relatives entre les Etats pour éviter une situation à la grecque. Dans cette chronique, je me concentre sur le dernier aspect et je reviendrai dans d’autres textes sur les autres éléments de réforme nécessaires.

Aujourd’hui dans la zone euro, même si la monnaie est la même, le coût du travail rapporté à la productivité du travail (autrement dit : « Quelle valeur économique est créée par une heure de travail et à quel prix ? ») évolue, au sein des Etats, de façon divergente et non convergente.

L’Allemagne entretient une stratégie au sein de l’UE tournée vers la prise de parts de marché à l’exportation. On la mesure à deux critères. Sa balance courante (autrement dit l’ensemble des flux financiers liés aux échanges de biens et de services avec le reste du monde) qui est très excédentaire et le rapport entre l’évolution de la productivité et l’évolution des salaires. En Allemagne depuis 10 ans la première augmente plus vite que les seconds. Cela veut dire que les gains de productivité ne sont pas redistribués aux salariés. Or, quand l’Allemagne gagne des parts de marché dans l’UE, elle le fait forcément au détriment des autres pays européens. En clair, quand l’Allemagne engrange des excédents sans les redistribuer à ses salariés, cela implique des déficits ailleurs dans la zone euro. On objectera que si l’Allemagne exporte, c’est d’abord parce que ses produits son bons ; c’est vrai, et la France pourrait en tirer des leçons. Mais ce qui est critiquable c’est le fait qu’elle ne redistribue pas ses gains de productivité aux salariés (par exemple par des hausses de salaires) limitant ainsi artificiellement sa consommation intérieure au détriment de la justice sociale et de l’intérêt des pays européens qui exportent des produits vers l’Allemagne.

La Grèce, elle, a depuis 10 ans une politique inverse. Elle laisse dériver sa compétitivité, et a choisi d’augmenter les salaires plus que la productivité. Jusqu’ici, elle pouvait se permettre cette politique grâce au parapluie européen. L’euro lui garantissait des taux d’intérêt faibles, car fixés sur les tendances moyennes de la zone, ce qui lui permettait de s’endetter à bas coût pour financer ses déficits. Mais la situation a fini par exploser au printemps dernier.

Quand on partage la même monnaie et que l’on a des compétitivités relatives qui divergent en permanence, il y a trois solutions possibles. La première est un mouvement migratoire très fort pour que les zones dynamiques attirent les chômeurs des zones faiblement dynamiques. Cela se passe au sein même des Etats membres (les Auvergnats qui ont migré à Paris au XIXe siècle) mais pas au sein de l’UE, principalement en raison des différences culturelles. La seconde est... de supprimer la monnaie unique pour laisser les monnaies nationales s’ajuster. C’est le scénario de sortie de l’euro voire de désintégration de la zone que soulève Herman Van Rompuy. Le troisième, c’est de mettre fin aux divergences de compétitivité ! Pour cela, il faut agir en priorité sur deux indicateurs : la balance courante (qui mesure les excédents et les déficits) et le rapport entre salaires et compétitivité. On pourrait imaginer par exemple tirer la sonnette d’alarme si la balance courante d’un pays affiche plus de 3% du PIB de déficit ou d’excédent. Car cela signifie que sa politique se fait nécessairement au détriment des autres pays de la zone euro. En Allemagne, cela voudrait dire aujourd’hui qu’il faut une augmentation des salaires, en Grèce, une augmentation de la productivité. La Commission européenne a fait des propositions législatives en ce sens en septembre et celles ci font maintenant l’objet d’un processus en codécision entre le Parlement européen et le Conseil.

L’avenir de ce grand débat est donc ouvert. Quoi qu’il arrive, l’évolution de la gouvernance économique européenne impliquera pour les Etats d’accepter de mettre en commun une partie de leur souveraineté et de donner enfin du contenu à l’Europe sociale.

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Député européen Europe Ecologie, siège au sein de la commission des Affaires économiques et monétaires. Ancien journaliste à « Alternatives économiques »

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  • Bonjour,

    Aujourd’hui, toute la monnaie qui existe est créée sur la base d’une dette, autrement dit, elle est garantie par une créance que l’émetteur de la monnaie porte, à l’encontre du bénéficiaire de la monnaie. Or, cette dette n’est pas gratuite : elle exige le versement d’un intérêt, lequel n’est pas en proportion du coût que représente le service de création de la dette, mais au prorata du temps durant lequel coure la dette.

    L’effet de l’interêt est énorme, car il est exponentiel. Ainsi, à 3% par an, un emprunteur double la somme à rembourser au bout de 35 années. A 10%, c’est au bout de 7 ans que la somme est doublée. Aujourd’hui, si nous prenons la situation de la France, il arrive que, sur environ 1600 Geuro de dette publique, à un taux de 3%, et en remboursant annuellement 50 Geuro, la dette se perpétue d’elle même (elle reste stable aux environs de 1600 Geuro). Hors, le maintien de la dette à ce niveau nous coûte la totalité de l’impôt sur le revenu, ce qui revient à dire qu’elle nous enlève des capacités de dépenses "utiles", et nous oblige donc... à emprunter du capital supplémentaire pour assurer fonctionnement et investissement.

    En clair : cesser d’emprunter aujourd’hui pour assurer le fonctionnement et l’investissement national (donc rigueur à tous les niveaux : éducation, santé, justice, voies de communications, etc), tout en continuant à payer 50 milliards par an, ne nous désendettera jamais, tout en nous tenant pieds et poings liés devant les agences de notations qui peuvent, d’un geste, nous plonger dans les affres d’un endettement galopant sans que nous empruntions un seul centime supplémentaire.

    L’article 123 du Traité de Lisbonne ayant une fois de plus reconduit l’aberration que constitue l’interdiction pour les banques centrales nationales et la BCE de prêter directement aux Etats, nous avons, en Europe, l’obligation de chercher les fonds nécessaires au fonctionnement public (quel que soit l’ampleur de celui-ci et la valeur idéologique que chacun lui donne) sur les marchés financiers internationaux.

    Ce qui revient à dire que toute cette monnaie qui est versée au titre de l’intérêt sur la dette l’est au profit de ceux qui sont en mesure d’acheter la dette. C’est-à-dire ceux qui ont trop de monnaie en poche pour dépenser tout dans la satisfaction de leurs besoins quotidiens. J’ai nommé les plus riches d’entre nous (que je ne veux pas villipender pour autant ici), en ce qui concerne les détenteurs individuels, et les grands investisseurs institutionnels (que je pointe du doigt) en ce qui concerne les détenteurs en nom collectif.

    En conclusion, pour ne pas faire trop long car le sujet est vaste, l’essentiel des politiques d’austérité budgétaire non seulement étrangle inutilement les peuples (car la dette restera impossible à rembourser, même pour la France, à hauteur de versement annuels de 50 Geuro, et si le taux actuel se maintient, ce qui risque de ne pas durer), mais fait en plus l’impasse sur ce qui devrait être réellement en débat aujourd’hui : la souveraineté monétaire, et le libre choix des Peuples en matière de politique de développement.

    Un peuple qui déciderait d’axer ses efforts sur la santé, l’éducation, l’agriculture durable et le renouvellement de ses équipements par des machines économes, réparables, de grande durée de vie, etc, ne devrait pas recevoir pour cela l’adoubement de "marchés" qui n’ont comme objectifs que de vendre toujours plus de gadgets suremballés, car c’est là que se trouve leur profit. Sinon, il est évident que les "marchés" refuseront de financer ce Peuple.

    Le retour de la création monétaire dans le giron public est une nécessité première.

    25.11 à 10h08 - Répondre - Alerter
  • Bonjour

    je lis vos propositions relatives a la crise de l’Euro :

    - réguler les banques et les marchés financiers de manière beaucoup plus stricte pour éviter une situation à l’irlandaise,
    - anticiper la formation des bulles spéculatives sur l’immobilier pour éviter une situation à l’espagnole,

    Je voudrais attirer votre attention sur ce qui me semble un "Fait total" : selon Alternatives Economiques, la masse des intérêts payés sur la dette publique, (le "SEVICE de la Dette..." ), deviendra en 2011, le PREMIER poste de dépenses de l’Etat ! (Ainsi d’ailleurs que je l’avais supposé en aout 2009, pendant la réunion Attac d’Arles).

    En outre, les 2/3 de cette somme colossale, ( 50 milliards /an) , sont payés hors de France. Il est clair que ce système n’est pas tenable. (La perte, à plus ou moins brève écheance, de la note AAA est "mathématique"... et elle pourrait avoir pour effet de doubler le cout de la Dette !)

    Depuis 30 ans... au titre des intérêts, nous avons versé 1500 Milliards (en "Euro 2009"...), tandis que la dette a fin 2009 est de ... 1500 milliards ! Qui peut douter de l’effet "Boule de neige" d’une " dette qui nourrit la dette " ?

    Parmi les propositions "alternatives" pour mettre fin à cette hémorragie, (qui sert de "bonne raison"... pour démolir le Service public et la protection sociale, en prônant la réduction du... "train de vie de l’Etat"), il y a celle du "100 % monnaie" (sous entendu 100 % "Monnaie Banque Centrale"...), qui consiste à mettre fin au système dit des "Réserves fractionnaires".

    Ce système a pu être très utile lorsque les réserves des banques étaient faites de métaux précieux (en quantité limitées). Il n’a plus aucune justification aujourd’hui : les réserves des banques sont constituées par leurs "avoirs en monnaie Banque Centrale", (dont 15 % en moyenne sous forme de billets, et le reste "en compte à la BC"... c a d... des "0 et des 1"... dans les ordi de la Banque de France : la limite physique "Pas assez d’or ou d’argent métal" a totalement disparu).

    Mettre fin au privilège des banques que constitue le système des réserves fractionnaires, aurait pour effet d’amener les banques à reverser a la Banque Centrale, (propriéte de l’Etat depuis 1945), une part bien plus importante des centaines de milliards d’intérêts qu’elles prélèvent, à travers leur activité de financement de l’économie. J’y vois 2 conséquences très désirables :

    - ces recettes de la Banque Centrale, propriété de l’Etat, pourraient revenir aux finances publiques, plutôt qu’aux actionnaires des banques de second rang,

    - la rentabilité des banques de prêts, (ramenées au role d’intermédiaire entre de l’épargne préexistante et les besoins de l’économie), serait considérablement réduite, ce qui les obligerait à renoncer à toutes les acrobaties que l’on connait, et qui les conduit à prélever "toujours plus"... à travers leur activité de financement de l’économie réelle.

    Le "100 % monnaie" pourrait donc être un moyen de "Médiocriser la finance"... selon la recomm. de F. Lordon ! Autrement dit réduire le "train de vie des banques"... plutot que celui de l’Etat ! Cela suppose, entre autres, d’éclater la "Banque universelle" (ce "joyau de l’économie Casino"...) en au moins 3 activités (à séparer par un solide... "cordon sanitaire") : Banques de dépôts, banques de prêts, et... banques d’affaires pour... les amateurs d’émotions fortes !

    Plus de details ici :
    http://osonsallais.wordpress.com/2010/02/22/christian-gomez-100-money

    20.11 à 17h36 - Répondre - Alerter
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