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La planète sur la paille

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Récolte médiocre due à un temps exécrable, production aspirée par les agrocarburants… Le blé n’arrive plus dans nos assiettes. Vers un avenir d’« insécurité alimentaire » ?
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"Grenelle : la France voit vert"

Adieu baguette, céréales matinales et tortilla ? Le prix du blé a atteint des niveaux jamais connus depuis onze ans. C’est que pendant 7 des 10 dernières années, la consommation de blé a été supérieure à la production. Le stock mondial atteindra cette année son plus bas niveau depuis 1980. En Europe, les récentes réformes de la Politique agricole commune (PAC) avaient pour objectif de réduire les surplus. Une réussite.

La faute au seul climat ?

Depuis deux ans, sécheresses et inondations provoquent de mauvaises récoltes de céréales dans plusieurs régions du monde. En France, la production de blé n’atteindra cette année que 32,5 millions de tonnes, en baisse de 2,5 % par rapport à 2006. En Australie, la catastrophe est imminente : le pays annonce moins de 20 millions de tonnes récoltées, contre 25 milions de tonnes en 2005. Mais le climat n’est pas seul en cause. Blé et maïs constituent les matières premières des biocarburants, dont le marché est actuellement en plein essor. Chaque grain récolté pour fabriquer du bioéthanol n’est donc plus disponible pour l’alimentation.

Si la part consacrée aux biocarburants reste minime en France – 860 000 tonnes de blé cette année –, elle a déjà atteint un stade industriel aux Etats-Unis. Résultat : la raréfaction du maïs destiné à l’alimentation a provoqué une hausse de 70 % des prix. Les Mexicains, gros importateurs et gros consommateurs, ont ainsi vu la note de leurs tortillas augmenter de moitié. Enfin, dans les pays émergents, comme la Chine et l’Inde, les « nouveaux riches » sont, comme les Occidentaux, friands de pétales de maïs au petit-déjeuner. Et leur consommation de viande et de laitages augmente à vue d’oeil. Or, pour élever vaches, cochons, poulets, il faut du grain.

Une envolée des prix durable ?

La tendance devrait se confirmer selon la FAO, l’organisation des Nations unies pour l’agriculture et l’alimentation, et selon l’OCDE, l’Organisation de coopération et de développement économiques (lire ci-contre). Dans un contexte de montée du prix du pétrole et de tensions énergétiques, la production de biocarburants est en effet largement soutenue et subventionnée. « Les industries qui produisent du biocarburant ont fait beaucoup de bénéfices, surtout aux Etats-Unis. Leurs coûts de production sont très bas. Elles continuent donc à acheter des céréales malgré la hausse des prix, explique Loek Bonnecamp, économiste à l’OCDE et co-auteur du rapport. Aux Etats-Unis, la demande de maïs explose et pousse les agriculteurs qui produisent des oléagineux à se convertir à sa culture. Par ricochet, la baisse de la production de soja, par exemple, va en faire augmenter les prix… » Pour Bruno Parmentier, économiste et directeur de l’Ecole supérieure d’agriculture d’Angers (ESA) : « Nous allons assister à une guerre économique entre le réservoir du riche et l’assiette du pauvre ! »

Qui va payer la note ? Dans l’immédiat, les « victimes » seront plus précisément les pauvres des pays riches. « Les répercussions du coût des matières premières agricoles sont toujours plus importantes sur les produits de base que sur les produits transformés, sur un yaourt nature que sur une crème au chocolat, par exemple, indique Hervé Guyomard, directeur de recherche à l’Institut national de la Recherche agronomique (Inra). Or, les plus gros consommateurs de produits de base sont les ménages les plus modestes. »

Les pauvres des pays pauvres, qui consacrent une très grande part de leurs revenus à l’alimentation, pourraient, eux, subir des situations dramatiques. « À court terme, les famines risquent même d’augmenter. La situation de pays comme le Burkina Faso, par exemple, qui n’est autosuffisant ni en pétrole, ni en céréales, va s’aggraver », analyse Bruno Parmentier de l’ESA. Un risque déploré par David King, secrétaire général de la Fédération internationale des producteurs agricoles, qui note malgré tout des points positifs dans cette hausse des prix : « Elle était nécessaire. Quand les prix sont élevés, les pays développés n’ont plus besoin de subventionner leur agriculture. Les paysans du Sud, qui subissaient une concurrence déloyale, se retrouvent alors dans une bataille plus “ juste ”. » Une analyse nuancée par Bruno Parmentier car « la productivité des agriculteurs pauvres reste bien trop faible. Ils auraient besoin d’investir, de développer leurs infrastructures. Cela suppose une transformation totale de leur modèle agricole ».

Mais alors, comment produire plus ?

L’Union européenne a proposé de supprimer les jachères obligatoires qui représentent 10 % des terres cultivées. « En France, nous disposons d’un million d’hectares de jachère agronomique, ce qui, même avec de faibles rendements – car ce ne sont pas les meilleures terres –, pourrait permettre de produire 5 à 6 millions de tonnes de blé supplémentaires », estime Xavier Rousselin, responsable des marchés à l’Office national interprofessionnel des grandes cultures. Mais à l’échelle mondiale, ce plan de secours ne tient pas. « Chaque année, la planète perd davantage de terres cultivables qu’elle n’en gagne, souligne l’économiste Bruno Parmentier. En Chine, l’urbanisation grignote un million d’hectares par an. En 2050, on trouvera moins de champs cultivés qu’aujourd’hui. »

Pour les chercheurs, l’espoir repose désormais sur les progrès scientifiques. « Le grand défi, c’est de trouver des biocarburants de seconde génération, beaucoup plus efficaces, qui n’utilisent plus les céréales mais d’autres végétaux », note Hervé Guyomard de l’Inra. On pourrait alors de nouveau consacrer les champs à leur vocation première : nourrir. D’autres tablent sur la biologie pour améliorer les rendements. « En agriculture biologique, nous avons d’énormes progrès à faire, tempère Bruno Parmentier. Pour trouver des plantes qui poussent en milieu hostile – trop froid ou trop salé –, il faudra aussi travailler sur les OGM. Avec le bio, ils sont frères ennemis, mais frères. »

Sources de cet article

- Le rapport de l’OCDE et de la FAO sur les « Perspectives agricoles 2007-2016 »

- L’Office national interprofessionnel des céréales

- L’Association générale des producteurs de blé (AGPB)->www.agpb.fr]

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