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Rachel Botsman

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Rachel Botsman
(Crédit photo : Frogé)
 
Besoin d'une perceuse ou d'un vélo ? Ne l'achetez pas ! C'est en substance le discours de la coauteure de « What’s Mine is Yours » (« Ce qui est à moi est à toi »).
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 21 - janvier 2011

2011 : les 100 qui vont changer le monde

La scène se passe au Hub, un espace de travail collaboratif à San Francisco. Le lieu n’a pas été choisi au hasard par Rachel Botsman, la coauteure (avec Roo Rogers) de What’s Mine is Yours (« Ce qui est à moi est à toi »). Car il s’agit de faire l’apogée de la consommation collaborative, un mouvement qui consiste à prêter, échanger, donner ou louer plutôt qu’acheter pour mieux jeter. « Fermez les yeux et songez à l’objet que vous portez sur vous auquel vous tenez le plus », demande d’emblée Rachel, avant d’ajouter une minute plus tard : « Passez cet objet à la personne qui se trouve à votre droite. »

Je confie mon alliance à mon voisin – légèrement sidéré par cet acte – en me demandant si mon mari appréciera ce don désintéressé. Ma voisine de gauche m’explique de son côté qu’elle m’aurait bien refilé son iPhone mais qu’elle en a besoin pour prendre des notes car elle n’a ni papier, ni crayon. Elle fouille alors dans son sac pour dénicher un autre trésor et me passe sa carte de transports en commun. Rachel nous rassure en précisant qu’il ne s’agit que d’un prêt et que nous serons autorisés à récupérer nos chères possessions à la fin de la soirée. Soulagement général.

Pourtant, l’avenir appartient aux adeptes du covoiturage, aux fans du Vélib’, aux gens qui troquent leurs possessions sur Internet, donnent des objets dont ils ne voient plus l’utilité ou prêtent de l’argent sur les sites de crédit en ligne à de parfaits inconnus, nous explique l’auteure. Il n’appartient qu’à nous d’imaginer un nouveau modèle de civilisation et de croissance caractérisé par la mutualisation des services, un monde où règnerait une économie de la fonctionnalité, une société empreinte de civilité (virtuelle ou non), le tout facilité par l’avènement du web 2.0 qui relie les consommateurs.

Des chiffres qui donnent les vertige

« Combien d’entre vous possèdent une perceuse électrique ? », poursuit Rachel. La moitié de la salle lève le doigt. « J’espère que vous réalisez que c’est une absurdité car vous n’utiliserez cette perceuse qu’une dizaine de minutes pendant toute sa durée de vie », assure-t-elle alors en faisant l’éloge des sites de location d’objets et de services entre particuliers comme Zilok. Il faut dire qu’aux Etats-Unis, royaume de la consommation à outrance et de l’individualisme, 80% des objets ne servent en moyenne qu’une fois par mois. Un chiffre qui devrait motiver à organiser sur-le-champ un vide-grenier ou une vente aux enchères sur eBay.

Si vous ajoutez qu’un Américain moyen vivra 80 ans, consommera 2,5 millions de litres d’eau, le bois d’un millier d’arbres, 21 000 tonnes d’essence, 220 000 kilos d’acier et 800 000 watts d’électricité, les chiffres donnent le vertige… Et les early adopters, ces faiseurs de tendances qui font leurs courses au marché local et circulent en Zipcar (un système de covoiturage), n’ont pas trop de leçon à donner : souvent, ils changent de téléphone portable chaque année et d’ordinateur tous les deux ans. Juste un rappel : Apple en est à sa dix-huitième version de l’iPod !

WHAT’S MINE IS YOURS from rachel botsman on Vimeo.

« Ce n’est pas réservé aux communistes et aux hippies »

La force du message véhiculé par l’ouvrage de Rachel Botsman et Roo Rogers réside cependant dans sa philosophie qui consiste à repenser notre façon de consommer plutôt qu’à devenir soudainement des adeptes de la décroissance. Car la consommation collaborative n’est ni anti-business, ni anti-consommateurs. « Il s’agit d’une philosophie qui consiste à dire : “Je vais vous aider car quelqu’un d’autre va m’aider” plutôt que “Je vais vous aider à condition que vous m’aidiez” », assure Rachel qui précise que cette mentalité, c’est simplement celle de nos grands-parents qui vivaient à une époque où les communautés étaient beaucoup plus soudées.

L’avènement d’Internet et des réseaux sociaux offre la possibilité de se réaccaparer les valeurs d’antan mais aussi de devenir des micro-entrepreneurs, la volonté d’aider l’autre et de créer des échanges (virtuels ou non) s’accompagnant souvent d’une motivation financière. Par exemple, les New-Yorkais qui utilisent le site Airbnb pour louer occasionnellement leur chambre d’amis gagnent en moyenne 1 600 dollars par mois (1 175 euros) ! « Partager n’est plus une valeur exclusivement réservée aux communistes et aux hippies », s’amuse Rachel.

La sagesse des foules

Le succès de cette révolution qu’est la consommation collaborative dépend cependant d’un facteur important : la capacité à faire confiance à des inconnus. Cette nouvelle économie est entièrement basée sur la volonté de chacun de ne pas tromper l’autre. Des sites comme eBay ont cependant prouvé qu’il était possible d’encourager les transactions commerciales entre personnes qui ne se connaissent pas grâce à un système qui voit l’acheteur de noter le vendeur et ainsi faire et défaire les réputations. Les sites de crédit « peer-to-peer » comme le Lending Club – qui relie prêteurs et emprunteurs en fonction de leurs affinités – assurent que le taux de défaut de paiement est très bas. On mise sur la sagesse des foules.

Pour Roo Rogers, coauteur du livre et ardent défenseur de l’environnement, donner aux consommateurs l’accès aux objets désirés sans passer par la case achat fait de la consommation collaborative le moyen le plus efficace pour préserver les ressources de la planète et dire adieu au règne de l’hyper-consommation. Selon lui, la meilleure façon de changer les comportements n’est pas de faire la morale en demandant aux consommateurs de réduire leur train de vie. « Le jour où le consommateur aura le réflexe de se demander, alors qu’il s’apprête à acheter une perceuse ou une voiture, s’il a vraiment besoin de posséder cet objet sachant qu’il peut en louer une ou l’emprunter à son voisin, la planète s’en portera mieux », assure-t-il.


Les bonnes adresses du consommateur collaboratif

- Les sites de crédit « peer-to-peer » Lending Club et Zopa

- Les sites de voyage AirBnb et CouchSurfing

- Les sites d’échange Swap et Freecycle

- Les sites de location ou de vente Zilok et eBay

- Les sites d’autopartage Zipcar, Caisse Commune ou Franceautopartage

- Les sites de covoiturage Covoiturage.fr ou Feduco

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Correspondante de « Terra eco » en Californie, Anne Sengès est l’auteur de « Eco-Tech : moteurs de la croissance verte en Californie et en France », paru en novembre 2009 aux éditions Autrement.

8 commentaires
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  • NJqBJlSS : Rachel Botsman

    Moi aussi, avant, je pensais eatre trop viliele pour commencer la danse classique. Mais, apre8s tout, qu’est-ce qui nous empeache de nous lancer ? Comme dirait cette expression aue je trouve un peu de9bile, quand on aime, on ne compte pas. Meame notre e2ge.Je dois avouer que ce qui me fait le plus peur, c’est qu’on ne connait que rarement les autres danseurs. Mais peut-eatre connais-tu quelqu’un qui envisage lui aussi de commencer la danse ?Pour tes parents, montre-leur que c’est vraiment un sport que tu veux faire. Surtout, ne leur que9mande pas de t’inscrir sur-le-champs e0 des cours, sous peine de leur eatre de9sagre9able e0 jamais. Au contraire, glisse-leur de temps-en-temps ton envie de commencer et montre-leur tes progre8s. Ils veront que tu t’investis beaucoup, et sans doute seront-ils convaincus.Voile0, bonne chance ! Je suis contente de voir qu’il y a quelqu’un dans le meame cas que moi. Mais je crois que quand on a envie, il faut vraiment commencer.Si tu as besoin d’autre chose, ou de mon opinion, n’he9site pas !Bisous.

    6.08 à 20h51 - Répondre - Alerter
  • André BROUCHET : Rachel Botsman

    La "consommation collaborative" existe en effet depuis des lustres. Mais si cela devient un "mouvement de mode" TANT MIEUX ! En abandonnant la raison pour l’émotion, chaque individu (dont je suis) ne regardera plus son voisin ou sa voisine comme une proie à saisir, mais comme une opportunité, sinon à partager... tout au moins comme celui ou celle qui accepte de RENTABILISER CONVIVIALEMENT certains équipements ou biens matériels, ces Belles au Bois Dormant, réveillées par vous, Prince Charmant !
    L’émotion rejoint ainsi l’action ... et surtout, la raison...
    Ce qui suppose, comme le disent les précédents contributeurs, un "savoir-vivre", un "savoir partager" allié à un "savoir-faire" expliqué clairement par le "possesseur" propriétaire initial de l’équipement en question. Bref, une relation HUMAINE et non commerciale...
    Mais aurons-nous le même soin, le même respect du dit équipement (perceuse mais aussi voiture, logement, etc.) que si l’on en était le propriétaire, celui qui l’a ACHETé, avec SES sous ? That’the question...
    Ce n’est pas évident, car nous sommes tous tributaire d’une "culture" et de notre mode de vie. Le partage, naturel pour les uns, peut être perçu par d’autres comme une assistance paternaliste, voire une prédation. D’où le régulateur financier qui rétablit l’équilibre.
    Cela ne suffit pas toujours... Ce n’est qu’un début continuons le combat !
    Je suis pour le partage lucide et responsable, ce qui demande quelques précautions avant d’ouvrir sa porte à un(e) inconnu(e).
    Mais le mouvement est bien lancé, tant mieux.
    Le Club des ECO Business Angels, que je préside, suit cette évolution de la consommation avec une grande attention.
    J’encourage les lecteurs à se rapprocher d’Antonin LEONARD, spécialiste de la question en France (OUISHARE) entouré d’une vingtaine de ses amis... Et de suivre Rachel BOTSMAN et ses travaux sur son site, mais aussi en live en Australie (Sydney) et pourquoi pas, en 2012 ou 2013 en France et en Europe ?
    Quand vient-elle ?
    Nous serions heureux de l’aider à organiser une ou plusieurs conférences ou stages sur le sujet à Paris et ailleurs...
    Avec Antonin et OUISHARE, bien sûr ! Et vous aussi, peut-être ?
    Je vous prêterai ma perceuse...

    2.03 à 14h51 - Répondre - Alerter
  • cela m’amuse un peu de voir qu’il existe des ’’stages’’ pour apprendre à donner, prêter ou troquer... un nouveau marché en émergence ? Décidément la ’’crise’’ (que certains semblent découvrir avec stupéfaction alors que d’autres (sur)vivent avec depuis des lustres) n’a pas fini de susciter bouquins, émissions, guides pratiques, leçons de coaches et concepts en tous genres comme cette ’’conso collaborative’’ qui semble bien surfer sur l’air du temps.
    Troc, prêt... rien de nouveau, voir les Systèmes d’Echanges Locaux, les coups de main entre amis et voisins, etc.
    Mais ça ne marche pas toujours et ça demande de la rigueur : en achetant une tronçonneuse à plusieurs, par exemple, mieux vaut définir au préalable un ’’règlement de bon usage communautaire’’. Rien de plus désagréable que de devoir faire 20 bornes pour aller la récupérer chez un copain de copain du voisin, de se taper systématiquement le nettoyage, de rétrouver sa chaîne usée et bonne pour l’affutage et de payer les réparations alors qu’on ne s’en sert qu’une fois par an...
    ça y est, je vais pouvoir écrire un guide... y a un créneau, je le sens !

    26.11 à 17h32 - Répondre - Alerter
  • Je voudrais juste revenir sur le chiffre de 21 000 tonnes d’essence qui de toute évidence comporte une erreur d’échelle. En effet, même en se plaçant dans les hypothèses les plus défavorables, ce chiffre est absurde d’un point de vue économique.
    21000 tonnes d’essence, de masse volumique 0.85 kg/L représente environ 25 millions de litres. En se basant sur les prix du baril actuel (0.4€/L) sans les taxes, ni la valeur ajoutée que nous achetons sur les produits transformés, nous arrivons sur l’ensemble d’une vie à devoir dépenser 10 millions d’€uros uniquement en essence. Peu importe ce que regroupe cette consommation (gasoil, chauffage, électricité, emballages et mobilier plastiques, ... ) ni le fait que chaque dépense induise inévitablement une consommation importante d’énergie fossile (acheminement de biens, agriculture, ...) cela ferait, sur 45 années de labeur un salaire net mensuel moyen, pour payer cette facture d’essence, de plus de 18 000€. Et on ne pourra pas me répondre que mes calculs ne concernent que les consommateurs particuliers car d’une manière ou d’une autre les entreprises font payer la facture au consommateur, et dans le meilleur des cas leur tarif est celui du baril.
    Soit une coquille s’est glissée dans l’article, soit je demande immédiatement ma mutation aux USA !!!

    24.11 à 19h18 - Répondre - Alerter
  • Vmjmn77 : Petite précision

    Bonjour et merci pour votre article !
    Une petite précision Freecycle n’est pas un site d’échange mais un site de dons, tout comme donnons.org, etc...
    Je vous invite à découvrir Myrecyclestuff qui s’est lançé il y a quelque temps sur le modèle américain de swap sans restreindre les catégories aux objets "culturels" de type CD, Livres, DVD.
    A votre disposition si vous souhaitez plus d’information à ce sujet.

    23.11 à 17h54 - Répondre - Alerter
  • De mon point de vue, il s’agit effectivement de la trajectoire à viser pour infléchir le gaspillage massif qui résulte de notre mode de consommation actuel, mais il est dommage que l’auteur n’aborde pas un corollaire de poids : quid de l’impact sur l’économie, sur les millions de gens qui travaillent aujourd’hui pour produire ces objets qu’on n’achèterait plus demain ?

    Beaucoup de ces emplois sont délocalisés, et de ce point de vue, l’impact sur notre balance commerciale devrait être positif (mais avec un impact négatif sur les économies des pays émergeants).

    Mais il subsiste un peu d’industrie dans notre pays, et son sort serait remis en cause si nous nous orientions vers une économie de troc.
    Est-ce qu’une partie de la solution ne serait pas de légiférer par exemple pour imposer un recyclage maximisé de nos déchets (i.e. imposer le recyclage de tout ce qui peut techniquement l’être, au lieu de ne recycler que ce que nous voulons bien recycler aujourd’hui). Cela permettrait la création de milliers d’emplois susceptibles de remplacer une partie des emplois détruits, sans parler du bénéfice pour l’environnement.

    Je pense qu’il s’agit de l’enjeu majeur : comment transférer les emplois depuis une économie du jetable vers une économie de la réutilisation.

    23.11 à 11h18 - Répondre - Alerter
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