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17-04-2012
Mots clés
Recyclage, Déchets
Point De Vue

La mort (dans l’âme) de mon lave-vaisselle

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La mort (dans l'âme) de mon lave-vaisselle
(Crédit photo : Kévin Dooley - flickr)
 
Damien Ravé, passionné de la récup', a dû se séparer de son lave-vaisselle après une énième panne. Il nous raconte ce crève-cœur.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Ça y est, on a cédé. On vient de commander un nouveau lave-vaisselle. Le plus durable possible. Pas un bas de gamme à trois euros six centimes qui ne tiendrait pas, et encore moins un modèle ultramoderne plein de gadgets marketing qui seront démodés demain, mais un modèle simple, conçu, paraît-il, pour durer vingt ans – et qui coûte un bras, mais c’est un investissement. Du coup, on va se débarrasser de l’ancien, notre bon vieux Brandt AX-336 modèle « rafistoled ».

Ça nous fait quand même un pincement au cœur, de virer ce vieux machin. Il n’avait que 8 ans. Attention, on n’est pas du genre à s’attacher aux objets, on n’est pas dans le culte du gadget. Et puis bon, un lave-vaisselle, c’est quand même moins érotique qu’un nouveau téléphone ou une tablette tactile.

Mais ce lave-vaisselle, ce n’était pas seulement un objet utile de notre quotidien. Il était devenu, au fil des bricolages, un symbole de notre résistance contre l’obsolescence programmée. L’objet de discussions infinies (« Tu as remarqué ? Il y a toujours un verre qui reste sale » ou « Ne mets pas les assiettes à cet endroit-là »), d’espoirs fous (« Regarde, il a super bien lavé les verres ») et de désillusions dramatiques ( « Oh non, le bras du haut s’est encore bloqué »), de menaces régulières (« Cette fois on le remplace ») et jamais mises à exécution.

Déjà, c’était de la récup. Il nous avait été légué par un ami qui l’avait depuis quatre ans et comptait s’en racheter un neuf. C’était un lave-vaisselle de qualité : grande marque, lavage efficace, il avait dû coûter cher. Hormis quelques défauts esthétiques, une bosse sur la façade et un cache manquant, il fonctionnait plutôt bien. Et puis, il a commencé à vieillir… En quatre années supplémentaires, il y a eu :

- le panier à couverts percé par les couteaux, ce qui nous a obligés à les placer pointe vers le haut, au péril de nos mains
- les 2 bras de lavage bouchés : débouchés au cure-dents une demi-douzaine de fois
- l’axe du bras de lavage supérieur cassé : recollé à la colle super-forte, deux fois
- l’axe du bras de lavage supérieur qui tourne mal : graissé à l’huile de tournesol, dix fois
- le joint de porte qui fuit : flaque absorbée par une serpillère placée devant en permanence
- le programmateur qui se bloque et refuse de faire démarrer le cycle, puis qui revient à la normale après avoir « bousculé » la machine

Et puis parfois, sans raison, ça ne tournait pas. Juste comme ça, pour nous énerver. Je n’ai pas tenu le décompte des verres, couverts, bols et autres ustensiles que nous avons relavés, dans un deuxième essai au lave-vaisselle ou bien à la main, parfois les deux d’affilée. Et les quantités d’eau gâchées au final par ce truc censé être économique.

A chaque panne, on lui promettait la casse, et puis on essayait un bidouillage et, finalement, il finissait par repartir pour un mois ou deux, avant de recommencer ses blagues. Mais dernièrement, c’était devenu du délire. Quand un petit anneau maintenant l’axe du moulinet de lavage supérieur – toujours lui – a cassé à l’intérieur, on s’est dit : cette fois, ce bras est mort.

Opération délicate et accès de démence

Du coup on a hésité à la bazarder, mais une fois encore, on a décidé de tenter les premiers soins. On a donc commandé un bras de lavage sur un site de pièces détachées en ligne. Ça nous a coûté très cher, 60 euros port compris, mais ça nous paraissait préférable à l’achat d’un lave-vaisselle neuf : s’il pouvait repartir deux ou trois ans avec son bras flambant neuf, ce serait rentabilisé.

Mais vous savez comme moi qu’une greffe est une opération délicate, avec des risques de rejet non négligeables. Eh bien, c’est ce qui se passa. Le bras d’origine du lave-vaisselle n’étant plus en vente, le fournisseur de pièces détachées nous avait vendu un bras « standard » adaptable à notre machine. Alors oui, il s’intégrait parfaitement dans le tuyau d’arrivée d’eau. Mais dès les premiers lavages, un bruit sourd régulier nous alerta. Le moulinet, plus long de quelques millimètres que le modèle d’origine, venait frapper deux petits caches en plastique au fond de l’habitacle. Mais ce bruit sourd n’était pas le plus gênant : au bout de quelques tours, le bras finissait par se coincer contre les caches en plastique et ne plus tourner du tout. Résultat : encore de la vaisselle sale ! Le cauchemar continuait.

J’aurais pu le flinguer à ce stade, pris d’un accès de démence, mais (mes beaux-parents me regardaient) j’ai gardé mon calme. J’ai tenté de trouver un pénultième rafistolage et je dois dire que j’ai atteint un petit sommet de Shadokerie pour faire fonctionner un appareil censé nous faciliter la vie quotidienne : j’ai constaté que le panier à couverts du haut, au lieu de suivre docilement la ligne du rail qui le soutenait, penchait dangereusement vers l’avant. Et qu’en remontant ce panier à sa hauteur initiale (avant qu’il ne ployât sous le poids des années), le moulinet tournait parfaitement bien ! Mais il fallait faire tenir ce panier…

La fierté du système à suspension avec les fouets d’un batteur

J’ai donc élaboré un système de suspension avec les fouets d’un batteur électrique, glissés horizontalement entre les grilles du panier (un dessus, un dessous) pour aller se ficher dans un trou du rail. Grande fierté, ça fonctionne ! Premier souci : le rail est coulissant et mon ingénieuse fixation le bloque, donc on ne peut « fixer » le panier que lorsqu’il est complètement enfoncé (et plein de couverts), ce qui demande un peu d’agilité. Deuxième souci : pour peu que la fixation soit légèrement décalée, elle glisse SOUS le panier, ce qui fait qu’elle va heurter le bras rotatif qui ne peut plus tourner. ET LA VAISSELLE EST ENCORE SALE !

C’est au seuil de la folie, alors que notre vie familiale et de couple risquait la désagrégation, que j’ai cédé lorsque ma femme m’a dit : « Cette fois, on en achète un nouveau. » J’ai dit « oui », du bout des lèvres.

L’obsolescence avait vaincu. Quatre ans d’angoisses prenaient fin, mais un étrange sentiment d’échec nous poursuivait. En revenant du magasin, ma femme m’a glissé : « On aurait peut-être dû essayer encore, une dernière fois. »

A lire aussi sur terraeco.net :
- Objets à durée déterminée
- Votre machine à laver entre la vie et la mort
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Damien Ravé est créateur de sites Web passionné d’écologie et fondateur de Commentreparer.com.

16 commentaires
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  • un miel de 1993 , une panne , un tuyau bouché. Quand on l’a ouvert , on a compris pourquoi il a couté 12 000 francs. Qualité incomparable.

    10.03 à 23h42 - Répondre - Alerter
  • Tout d’abord, je suis effaré par la durée de vie de ton LV : 8ans... pour moi, fils d’ancien artisan/commercant en électro menager, je dirais que 15ans est un minimum pour un appreil de marque, avant la "grosse" panne.

    Je vous relate ici une petite annecdote mettant en évidence le modele actuel de notre sociétée :
    J’ai un LV de marque (Siemens) depuis 12 ans, jamais de probleme, le joint de porte un peu pourris mais pas de grosse fuite, l’affichage "electronique" un peu "foireux" mais qu’est ce que j’en ai à faire. Bref tout va bien jusqu’au jour où : il ne démarre plus du tout...
    Papa habitant à 200km, je fais appel à un technicien référencé par la marque via leur SAV. Il débarque à la maison, démonte la machine, trouve la panne (un simple condensateur ... classique), nous fait une facture de 70€ (pour déplacement) et un devis pour réparation (350€) et une proposition de balancer à la décharge notre vieux LV !
    Vous avez bien noté : il n’a PAS effectué la réparation et nous a fait un devis mirobolant (incluant le condensateur + balais + joints, certaines pieces en parfait état !).
    Je tel à papa, lui annonce mon désarois vis a vis de ce devis pour cette panne. Il est outré que le technicien n’ai pas effectué la réparation demandée du premier cout. Il regarde via ses anciens collegue s’il peut trouver le condensateur en question... oui, pour 7€. Me l’envoi par la poste et je fais la réparation en 30mn montre en main !

    Bilan, je me suis retourné vers le SAV de SIEMENS pour leur exprimer mon mécontentement mais je n’ai recu aucune réponse. Il apparait clairement que tout est mis en oeuvre dans notre société pour acheter, jeter, acheter, jeter, on continue longtemps comme cela ?

    19.04 à 16h29 - Répondre - Alerter
  • IL y a aussi des lave-vaisselles qui durent depuis plus de 40 ans...sans une seule réparation, comme celui de mon beau-frère, photos et article à l’appui ici :
    http://www.ripegreenideas.com/2012/...

    18.04 à 16h20 - Répondre - Alerter
  • cher ami,
    cela fait maintenant 3 mois que je ne me sers plus de mon lave vaiselle et que nous expédions la vaiselle a la main sans trouver ça ridicule. moins d’eau, moins de pastilles trois en un, faussement ecolo, moins d’énergie et en fait du temps gagné, je crois, en quantité avec la tranquilité d’esprit qui est un luxe !!!
    du coup, je me demande s’il est indispensable d’en racheter un...mais que mettre à la place de ce trou béant dans ma cuisine ikéa ? bah, on trouvera bien, si nous mutons vers le " less is more" !!!

    18.04 à 13h39 - Répondre - Alerter
  • Au Festival Mima de marionnettes de Mirepoix, j’étais bénévole polyvalente, entre la déco de la ville et la plonge de quelques 150 couverts à gérer à la main/2h/jour...Heureusement que l’équipe était assez joyeuse et organisée...Je n’y étais pas obligée, mais voulais "tâter" d’autres terrains que l’artistique. Tout en initiant à l’art de la vaisselle étincelante avec peu de savon et peu d’eau, et en "traumatisant" certain(e)s du public qui n’ont pas compris que les restes vont au seau de compost (sans les filtres de clopes et autres...), je continue à confirmer la surconsommation appliquée. C’est si facile une machine qui oeuvre pour que vous n’ayez plus le temps de méditer sur votre impact dans la Création...et rester obéissant à vos patrons

    18.04 à 10h33 - Répondre - Alerter
    • Je ne peux m’empêcher une pensée : le lave vaisselle, on peut s’en passer (assez ) facilement. Il n’y en a pas chez mes parents ni chez moi depuis toujours. On sauce pas mal les assiettes ; et on mange sans beaucoup de sauce, d’ailleurs.

      Ok je ne dirais pas ça d’une machine à laver (le linge) - qui curieusement dure plus longtemps : la mienne a l’âge du fils (on les a eus en même temps, quel hasard !) : bientôt 30 ans, aucun drame majeur...

      18.04 à 10h56 - Répondre - Alerter
  • Juste une petite remarque.
    Un lave-vaisselle, est-il réellement indispensable ?
    Je n’en ai jamais eu et cela ne m’a jamais manqué...même du temps où les enfants étaient là.
    Pour ceux qui ont navigué (sur l’eau, pas sur internet !), le principe pour faire une vaisselle rapidement et économiquement :
    - rincer (dégraisser) à l’eau chaude. Pas besoin d’ouvrir le robinet à fond...
    - laver avec une éponge et un peu (quelques gouttes !) de liquide vaisselle.
    - rincer à nouveau. Toujours modérément..
    - laisser sécher sans essuyer.
    Le tour est joué en 10/15 mns.

    17.04 à 18h52 - Répondre - Alerter
    • Non, un lave-vaisselle n’est pas indispensable. Mais comme beaucoup d’appareils électroménagers, c’est une solution pour pallier notre paresse et/ou notre manque de temps.

      Je sais, le mode de vie qu’on mène est une question de choix. Mais quand on est en dehors de son domicile plus de 12 heures par jour (parce que le boulot de nos rêves est à Paris et qu’il faut prendre les transports) et qu’on revient chez soi, on préfère passer du temps à lire une histoire à ses enfants ou à parler avec sa femme que d’enchaîner les tâches ménagères. Voilà le choix que j’ai fait.

      Quand je serai à la retraite, je laverai tout à la main, promis :)

      18.04 à 07h49 - Répondre - Alerter
  • Oui ... 8 ans, c’est pas beaucoup ... surtout avec la "maintenance" effectuée.

    Je pensais que Brandt c’était meilleur ...

    17.04 à 16h17 - Répondre - Alerter
  • Merci pour cet article.
    Puisque vous avez réussi à trouver un modèle résistant et sans fioritures, pourriez vous nous le faire partager ou nous indiquer les pistes pour mener ce genre de recherches ?
    Ce genre d’électroménager est difficile à trouver.

    17.04 à 15h33 - Répondre - Alerter
    • Damien Ravé : Pour aller plus loin

      Nous avons choisi la seule marque qui semble continuer à fabriquer de l’électroménager durable : Miele. Les témoignages de clients sur Internet sont élogieux sur la durée de vie (20, 24 ans, etc.).

      Mais cela coûte quasiment deux fois plus cher qu’un modèle de gamme comparable... qui durera 8 ans.

      Alors, est-ce un bon investissement ? Rendez-vous dans 20 ans pour le verdict !

      18.04 à 07h41 - Répondre - Alerter
      • Je confirme, nous avons un Miele depuis une vingtaine d’années et pas (encore) eu de soucis....
        Le précédent, un Smeg, n’avait tenu qu’une dizaine d’années.

        18.04 à 08h11 - Répondre - Alerter
      • Notre Miele a 14 ans et on a changé (nous mêmes) l’électrovanne. Rien d’autre à signaler.

        18.04 à 08h42 - Répondre - Alerter
      • ecolomaligne : Pour aller plus loin

        Notre Miele a au moins 25 ans et il tourne toujours, pas une seule panne malgré 3 déménagements !! Ah si, les glissières du bac supérieur sont un peu capricieuses ; il faut être doux avec elles ! Evidemment, il n’est sûrement pas A++, mais, le bilan énergétique d’une destruction + une fabrication est très élevé aussi, impossible de quantifier la différence... Quant à la qualité du lavage, en bonne écolo, j’ai essayé tous les produits écolo, et ils sont tous NULS. Alors, un petit truc, vaporiser la vaisselle sale de vinaigre blanc juste avant de la faire, et avec n’importe quelle poudre, le résultat est meilleur. Et puis, ne pas hésiter à remettre du sel régulièrement, pas du gros sel de cuisine, mais du "spécial LV" Qui veut aller loin, ménage sa monture.

        18.04 à 08h46 - Répondre - Alerter
      • j’ai récupéré un miele (gratos !) qui a 4 ans... ils est (pout le moment) comme neuf... j’espère qui tiendra minimum 20 ans !

        18.04 à 08h54 - Répondre - Alerter
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