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Au-dessus du mondial, l’esprit de Mandela

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Au-dessus du mondial, l'esprit de Mandela
(Photo : Guillaume Pitron)
 
Bien qu'absent des tribunes des stades de football, le premier président noir de l’Afrique du sud démocratique est dans toutes les têtes. On compte même sur lui pour que le pays revive l'euphorie de la réconciliation de 1994.
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Que retiendra-t-on du match d’ouverture de la coupe du monde, le 11 juin dernier ? Tout d’abord, la prometteuse performance des Bafana Bafana : à dix minutes et deux poteaux près, il s’en est fallu de peu pour que l’équipe de football sud-africaine s’offre d’entrée le Mexique. Mais on se souviendra surtout de l’absence de Madiba (le nom de clan de Nelson Mandela). Le premier président noir de l’Afrique du sud démocratique a fait savoir au dernier moment qu’il n’assisterait pas à la rencontre.

On peut le comprendre : la famille Mandela est en deuil depuis que Zenani, 13 ans, l’arrière-petite-fille du patriarche, est décédée dans la nuit du 10 au 11 juin dans un accident de voiture. Mais Madiba dans les gradins ou pas, l’ombre du vieil homme plane sur la compétition. Sa photo brandissant le trophée à Zurich en 2004 – lors de l’attribution de la Coupe à l’Afrique du Sud – est accrochée en quatre par trois au-dessus du pont qui porte son nom, dans le centre de Johannesburg. Pour encourager leur équipe à se surpasser, les médias ont déniché un argument de poids : « Faites-le pour Madiba ! » Et entre les Black Eyed Peas et Shakira, les organisateurs du concert de lancement du mondial ont glissé un clip musical à la gloire de l’icône mondiale de la paix…

Jacob Zuma, l’actuel président, ne s’y est pas trompé en affirmant que 2010 serait l’année la plus importante pour le pays depuis 1994, date des premières élections libres : à travers la Coupe du monde, c’est tout l’idéal de réconciliation cher à Mandela que les Sud-africains cherchent à se réapproprier, l’espace de quatre semaines. « C’est la première fois que je vois Noirs et Blancs aussi unis depuis la fin de l’Apartheid », m’a récemment expliqué ma voisine, une Afrikaner qui me loue un petit « cottage » au fond de son jardin. L’atmosphère surexcitée qui règne dans le pays est portée par le braillement des vuvuzelas. « Même durant la coupe du monde de rugby, en 1995, ce sentiment n’était pas aussi fort. »

La réconciliation, les Sud-Africains en ont bien besoin : la question raciale reste plus que jamais à la surface. En cause, les inégalités sociales – parmi les plus fortes de la planète –, une réforme agraire inachevée, des politiques de quotas raciaux qui n’ont profité qu’à une clique d’affairistes acoquinés avec le pouvoir, une électricité qui tarde à éclairer les townships… Si Mandela a réussi à faire cohabiter Noirs et Blancs au lendemain de l’Apartheid, pour autant les deux communautés ne s’apprécient guère.

Début avril, Eugène Terre’Blanche, champion de la suprématie afrikaner, a été littéralement découpé en petits morceaux par ses employés noirs. Le meurtre a créé une onde de choc dans le pays, aggravée par l’attitude stupide de Julius Malema, le leader des jeunesses de l’ANC (l’African National Congress, le parti au pouvoir). Quelques semaines plus tôt, ce jeune imbécile avait cru bon d’entonner un refrain guerrier incitant les Noirs à tuer les Boers, les fermiers blancs afrikaners… De là à établir un lien de cause à effet entre les deux événements, il n’y a qu’un pas que certains médias n’ont par hésité à franchir.

Terre’Blanche sous terre et Malema contraint par sa hiérarchie à suivre des cours de « anger management » (littéralement de « maîtrise des nerfs » : carrément humiliant !), l’Afrique du Sud a désormais à cœur de revivre l’euphorie de la réconciliation qui a prévalu en 1994. Rien de mieux pour ce faire que de communier autour des valeurs universelles du football. Et pour les Bafana Bafana de se qualifier pour les huitièmes de finale ! Rendez-vous à Pretoria ce mercredi, face à l’Uruguay.

Lire le précédent billet de Guillaume Pitron, notre correspondant en Afrique du Sud.

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