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La Chine va-t-elle faire exploser les prix du blé ?

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La Chine va-t-elle faire exploser les prix du blé ?
(Photo : culture du blé en Chine dans la région du Guangxi. Crédit : Hector Garcia / Flickr)
 
Victime d'une sécheresse sans précédent, le géant asiatique, jusque-là quasi auto-suffisant, pourrait importer massivement du blé. Et déstabiliser un marché déjà sous tension.
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1 milliard de dollars, l’artillerie lourde pour ensemencer les nuages et les faire pleuvoir, et des manœuvres d’urgence pour irriguer les terres : à situation exceptionnelle, la Chine répond par la manière forte, annonçant un cocktail de mesures hors norme pour contrecarrer la sécheresse catastrophique qui touche actuellement le pays. L’enjeu ? Conserver son autonomie agricole, notamment en terme de production de blé, malmenée par les conditions climatiques. Car, certaines régions n’ayant pas vu une goutte de pluie depuis plus de quatre mois, le géant asiatique connaît sa plus dure sécheresse depuis... 60 ans. Cinq millions d’hectares, sur les 15 millions dévolus à la culture du blé hivernal, seraient déjà affectés. Sans parler des quelques 2,57 millions de personnes et 2,79 millions de tête de bétail qui souffriraient de la pénurie en eau.

A Shandong, une des provinces clé de l’agriculture, dans l’Est de la Chine, des pelleteuses mécaniques s’activent désormais pour creuser des tranchées profondes et tenter de trouver de l’eau sous le lit asséché des réservoirs naturels habituels. Ces eaux profondes, rares, sont remontées en surface, via des tuyaux serpentant au milieu des champs. Grâce à de telles mesures, et aux minces chutes de neige qui sont venues apaiser les provinces du nord de la Chine en milieu de semaine, les experts chinois ont annoncé jeudi réduire de 10% leur estimation des terres affectées par la sécheresse dans la « ceinture du blé ». Ces sauvetages, eux, devraient continuer : pour construire des puits d’urgence, détourner l’eau ou améliorer l’irrigation, le gouvernement vient de mettre pas moins d’un milliard de dollars sur la table ! Mais pour les agriculteurs, qui contemplent leurs terres profondément craquelées, ces mesures arrivent trop tard et les prochaines récoltes de blé sont d’ores et déjà en partie perdues.

Marché « invisible »

Or c’est bien ce qui inquiète la FAO, qui a lancé mardi 8 février une « alerte spéciale » sur cette situation. Car d’après les données de l’agence onusienne, la production de blé chinoise, quand elle tourne à régime normal, est tout simplement faramineuse : elle représenterait au moins deux fois celle des Etats-Unis ou de la Russie, et plus de cinq fois celle de l’Australie, les principaux pays producteurs de blé ! Mais jusqu’à aujourd’hui, le secteur du blé chinois était resté « invisible » et sans effet sur le marché international : en étant essentiellement auto-suffisant, pour des questions de sécurité alimentaire, le géant asiatique ne réalisait « virtuellement » aucun import ou export.

Que se passerait-il si, à cause de la sécheresse, la Chine avait besoin d’importer du blé ? Cela pourrait déstabiliser les marchés internationaux et faire grimper les prix au-delà des niveaux records déjà récemment atteints, estiment les experts. En 2010, les prix du blé avaient déjà bondi de 76%, sous l’effet de la spéculation, l’augmentation de la demande et les mauvaises conditions climatiques qui avait impacté les productions en Europe, au Canada, en Australie ou en Russie. Or la Chine, avec ses 2 847 milliards de dollars de réserves de change, des avoirs en devises étrangères, a plus que les fonds nécessaires pour prévenir toute pénurie alimentaire à l’intérieure de ses frontières. En d’autres termes, non seulement le pays peut acheter ce qu’il veut... mais il a aussi les moyens de surenchérir sur ce qu’il veut.

L’augmentation des prix du blé, largement citée comme étant responsable des protestations qui ont embrasé l’Egypte et le monde arabe depuis le début de l’année, ne semble donc pas prête de s’arrêter. La Chine elle, n’a qu’à regarder patiemment le ciel... ou ses réserves d’argent pour voir d’où tombera ses livraisons de blé futures. Verdict en juin prochain, au moment des prochaines récoltes.

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Une enfance en pleine nature jurassienne, des études de biologie et de géologie, l’envie de transmettre cette passion pour le monde vivant, et le monde tout court, et un goût sans limite pour les nouvelles contrées. Alice est journaliste scientifique.

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