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Effet rebond : pourquoi émet-on autant de CO2 que nos parents ?

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Effet rebond : pourquoi émet-on autant de CO2 que nos parents ?
(Crédit photo : Senor Codo (Flickr))
 
Aujourd'hui, les voitures consomment moins et nos logements sont mieux isolés. Pourquoi alors les émissions de carbone d'un Français moyen stagnent-elles depuis 1990 ?
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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Neuf tonnes de CO2. C’est l’empreinte carbone annuelle de Robin, mon frère (et plus généralement d’un Français moyen), en 2007. Neuf tonnes de CO2, c’est l’équivalent de 65 000 kilomètres parcourus seul au volant d’une voiture citadine récente ou encore de huit trajets en avion entre Paris et New York. Pas fier, mon frère. Surtout lorsqu’il apprend, grâce au dernier rapport du Commissariat général au développement durable (CGDD) que la quantité de dioxyde de carbone émis en France stagne depuis 1990. « Impossible », s’insurge Robin. « Je rejetterais autant de CO2 que Papa il y a vingt ans, alors que ma voiture est beaucoup plus propre ? Alors que mon appartement est mieux isolé ? Alors qu’il y a de moins en moins d’usines en France ? ». Doucement, Frangin, doucement… Voici les réponses.

Voitures plus propres, conducteurs plus polluants :

Robin est furieux. Il a acheté une voiture qui n’émet que 140 grammes de CO2 par kilomètre, comme les trois quarts des véhicules neufs français. Mais je lui apprends que les Français et leurs titines émettent 10% de carbone de plus qu’en 1990. Pourquoi ? Il suffit de regarder le nombre de kilomètres affichés aux compteurs. « La baisse de la consommation moyenne de carburant par kilomètre amoindrit le prix de chaque kilomètre parcouru, de telle sorte qu’elle permet une augmentation de la mobilité pour un coût équivalent », révèle le rapport du CGDD. Contents d’utiliser moins de carburant au kilomètre, les Français en ont profité pour rouler davantage. Les économistes appellent ce phénomène « l’effet rebond ». Sans cette augmentation du nombre de kilomètres parcourus, les émissions auraient diminué de 13%, précise même le CGDD.

Chauffage plus propre, maisons plus polluantes :

Toujours aussi furax, Robin. Il a isolé sa bicoque et acheté une chaudière économe en énergie. Mais il découvre que les Français émettent à peine 5% de moins pour leur chauffage domestique en 2007 qu’en 1990. L’intensité énergétique (la consommation d’énergie moyenne par m2) a certes baissé de 18% mais, là encore, le mode de vie di XXIe siècle est plus polluant. Avec le vieillissement de la population, l’augmentation du nombre de célibataires et le plus grand désir de confort, la surface moyenne occupée par personne a augmenté. Ajoutez à cela la croissance de la population et vous comprendrez pourquoi la quantité de CO2 émise par les chauffages des ménages n’a que si peu diminué.

Moins d’usines, autant de CO2 :

Bien sûr, les ménages ne sont pas les seuls à émettre du carbone. Au moins 70% des émissions sont imputables aux activités de production (entreprises et administrations publiques). Dans l’industrie, Robin a raison, la quantité de CO2 émis a baissé de 10 %. Mais dans le secteur des services, les émissions ont augmenté de 25 %, en particulier à cause du transport. Au total, les émissions liées aux activités de production ont, globalement, stagné.

Dette carbone :

Ce n’est pas parce qu’ils produisent moins de textile que les Français se promènent nus comme des vers. Ils importent simplement plus de jeans et de T-shirts. Idem pour les télévisions, les téléphones portables, les ordinateurs… Pour ne pas faire porter le chapeau aux pays où sont produits tous ces biens, le CGDD a changé son mode de calcul. Depuis 2005, il prend en compte les émissions des importations dans l’empreinte carbone d’un pays. On appelle cela la dette carbone, et elle fait mal au compteur. En intégrant la seule quantité de CO2 émise sur notre sol, l’empreinte carbone annuelle moyenne d’un français est de 6,7 tonnes de CO2, un chiffre stable depuis 1990. Mais elle passe à neuf tonnes, si l’on comptabilise le bilan des importations et des exportations françaises.

Malheureusement, ce dernier calcul n’existait pas avant 2005. Impossible donc de comparer. Une chose est sûre toutefois, ce rapport est une bien mauvaise nouvelle pour les ambitions françaises de réduction des émissions de CO2. Il est en effet la preuve que les progrès techniques, qui ont permis de rendre notre économie plus propre, ont été « annulés » par l’augmentation de la production et de la consommation dans le pays. En bref, retour à la case départ.

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  • L’une des solutions aurait été l’instauration de taxes carbones très importantes sûr les possessions ou produits polluants (allant de paire avec l’étiquetage carbone), ainsi quelque soit les revenus l’achat ou la possession de certains ou produits biens deviendraient dissuasifs.

    Ces taxes auraient servi a réellement décarboner nos sources d’énergies, nos transports et chercher des processus de productions industrielles plus sobres en eau et matériaux.

    Hélas par manque de courage politique et de volonté de préserver l’avenir des Français cela ne ce fera pas sous faux prétexte que l’Europe n’en veut pas...
    Bref nos enfants nous maudirons quand la Terre ne sera plus qu’un désert stérile à cause de la soif insatiable de surconsommation des pays "riches" !

    31.08 à 13h54 - Répondre - Alerter
  • Voila bien la preuve que le simple développement durable comme les politiques/industriels essayent de nous le vendre ne sert pas vraiment a grand chose...
    Est il bien utile de pousser a l’achat de voiture neuve moins polluantes au niveau des émissions (et uniquement a ce niveau ! ).. l’incitation à la consommation est forcement une erreur ! Une nouvelle voiture produite ce sont de très nombreux métaux, composées divers, trajets internationaux de pièces pour assemblage, etc.. ; sans même parler de leur fin de vie ! (il y avait, de mémoire, a peine quelques centaines de kilos de métal et très peu de matériaux différents dans une 205 des années 80... aujourd’hui se sont des dizaines de composées différents, de électronique donc des métaux lourds, un poids de métal bien supérieur..etc)
    Autre exemple très marquant : l’alimentation. Qd on voit la quantité de produits disponible (et leur provenance) aujourd’hui dans un magasin, il serai bien naïf de croire que cela n’a pas un impact énorme (dette écologique). Et en bout de chaine il y a les quantités hallucinantes de déchets que nous jetons alors qu’il n’y a pas de raison (environ 15-20 % de ce que nous achetons)
    Et encore pire... toute la Hitech qui nous envahit !! qui a décrété qu’on avait tous besoin d’un lecteur mp3 ? du dernier Iphone, parce que les autres sont hasbeen, d’un nouvel écran plat tous les 7 ans parce qu’il est défaillant au delà (les postes a l’ancienne durait largement 20 ans !), etc, etc...
    Le summum de la connerie etant la compensation carbone !! comment se racheter uen bonne conscience en ouvrant son portefeuille... je fais 3 aller retour paris-new york par an ? oui mais c’est pas grave je compense carbone grâce a YAB ... et dans a peine ... 20 ans mes émissions auront été annulées par un arbre si gentil qui pousse a l’autre bout de la planète ! génial non ??

    Une seule solution ... consommer moins de tout !!! et la nos émissions (et tous les autres impacts environnementaux, sociaux) diminueront pour de vrai

    David

    19.08 à 11h13 - Répondre - Alerter
  • Très bon article, simmple et synthétique.

    Et l’on voit que la somme des efforts des individus ne compense que très peu l’extension collective de notre société. L’effet rebond, bien connu des économistes (je fais des économies donc j’ai plus de marge pour faire plus de choses ce qui diminue mon économie), est encore bien mal maîtrisée du point de vue collectif. Et l’on voit bien que lorsque l’on dit qu’il faut diviser par 4 notre empreinte carbone c’est une projection intégrant notre mode de vie actuelle qui ne tient pas suffisamment compte de l’évolution/l’extension normale et naturelle de ce mode de vie.

    L’alternative n’est pas dans la croissance verte, mais dans la sobriété, le changement de rythme, la décroissance qui suggère un changement de valeur : ne pas stigmaiser la lenteur, ne pas s’éblouir de la nouveauté, savoir chercher localement ses loisirs, ses plaisirs, remplir ses journées avec des activités qui suivent le rythme des sols, des plantes ... vaste programme !

    19.08 à 10h20 - Répondre - Alerter
  • Je ne suis pas logicienne mais il me semble que votre raisonnement est bancal. Si on avait continué à consommer dans les mêmes conditions dispendieuses en CO2 qu’il y a vingt ans, on en émettrait beaucoup plus. Il n’y a donc pas de "retour à la case départ", la situation n’est pas la même. Et ce n’est pas parce que les voitures sont plus économes (au contraire, l’essence coûte beaucoup plus cher) qu’on fait plus de kilomètres c’est parce que domicile et travail sont plus éloignés, que partir en week-end et en rtt fait partie du mode de vie socialement correct, parce que nous avons la bougeotte (rester sur place c’est vieillir) etc. Les raccourcis et les approximations sont "l’essence" de la propagande mais il ne faut pas s’y laisser prendre. La réalité est complexe et parfois contradictoire : bien que plus soucieux d’écologie qu’il y a vingt ans, et disposant de meilleurs outils de ce point de vue, nous sommes dans un monde en expansion continue... C’est le monde de la "reine rouge" de Lewis Caroll : il faut toujours courir pour rester sur place... Bien malin qui pourrait changer ça.

    15.08 à 16h43 - Répondre - Alerter
    • Cookie : ? ??

      Relisez l’article, ce que vous expliquez y est justement présenté : changement de mode de consommation "même si" et justement "car" outils plus économiques et pratiques. En dépit du prix de l’essence qui augmente...

      16.08 à 12h52 - Répondre - Alerter
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