publicité
Accueil du site > Actu > Opinion > L’austérité nous envoie dans le mur, vive la sobriété !
25-10-2012
Mots clés
France
Point De Vue

L’austérité nous envoie dans le mur, vive la sobriété !

Taille texte
L'austérité nous envoie dans le mur, vive la sobriété !
(Crédit photo : Images-of-money - flickr)
 
L'austérité pratiquée actuellement en Europe réduit peut-être notre activité économique mais n'a rien de durable, estime Alain Grandjean, fondateur du cabinet Carbone 4. A l'austérité, celui-ci préfère la sobriété.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
SUR LE MÊME SUJET

Le vote relatif à l’adoption du Traité budgétaire européen (TSCG) divise les écologistes et Europe Ecologie - Les Verts. Si bien des questions se posent, je me limiterai à une seule. L’austérité, que fabriquent la politique européenne actuelle, et ce traité en particulier, c’est apparemment bon pour la planète. Les émissions de gaz à effet de serre et plus généralement la pression anthropique sur la biosphère sont en gros proportionnelles au PIB. Ces émissions ont baissé pendant la crise financière de 2009, comme elles avaient baissé pendant la crise de 1929 et pendant la deuxième guerre mondiale.

Investir pour devenir sobres

On pourrait se dire, en dehors de toute considération sociale, que c’est pendant les crises économiques que la sobriété se réapprend, par nécessité. Heureusement ce raisonnement est vraiment faux. Notre production et notre consommation ne deviendront vraiment sobres en ressources et faiblement émissives en carbone que si nous investissons massivement pour remplacer ou modifier nos infrastructures (urbanisme, logement, voiture, industrie). Un petit graphique le montre aisément. Des efforts à notre portée (et encore pas toujours) pourraient peut-être nous permettre de réduire de 5 à 10 % nos émissions de GES qu’il faut diviser par 4 d’ici 40 ans.

Comment faire ? En isolant nos logements, en changeant nos voitures, en les utilisant différemment (il faut les remplir…elle roule moins de 5% du temps et avec 1,2 personnes à bord en moyenne), en faisant muter notre agriculture, en améliorant l’efficacité de notre industrie. Et bien sûr en investissant dans des énergies décarbonées (Petit rappel : au niveau mondial 80 % de l’énergie consommée est à base d’énergies fossiles). Tout ceci va demander beaucoup d’investissements, dont on a vu qu’ils n’étaient pas toujours d’une rentabilité financière à court terme exceptionnelle. C’est sur ce terrain que va se jouer la compétition économique internationale, car tous les pays du monde sont confrontés au même problème, à l’exception (pour quelques années encore, malheureusement) des Etats-Unis qui, grâce à l’exploitation des gaz non conventionnels, peuvent encore continuer à croire que le monde est infini.

Dans ce contexte, l’austérité aggrave la situation. Les ménages hésitent encore plus à faire des travaux (gardons nos économies pour les coups durs), les entreprises se concentrent sur le court terme et n’investissent que sur leur métier et que si le retour est très court, l’Etat réduit les dépenses y compris celles qui permettraient de réduire notre empreinte carbone. L’économie finit par s’installer dans la « trappe à liquidités ». Les acteurs économiques se mettent tous à attendre en anticipant des baisses de prix (la Catalogne va semble-t-il connaître les délices de la déflation). Pourquoi investir et acheter maintenant si les prix baissent : attendre est plus logique.

L’austérité aveugle

L’austérité aurait pourtant bien un avantage : elle pourrait conduire à supprimer les investissements et les dépenses nuisibles à l’environnement. C’est ainsi qu’on pourrait arrêter sur l’autel de la rigueur l’aéroport Notre Dame des Landes (dont il est vraiment difficile de comprendre à quoi il peut servir), réduire les investissements pharaoniques prévus dans le Schéma National d’Infrastructures Terrestres, limiter la construction de nouveaux équipements de production d’énergie (moins nécessaires du fait d’une limitation de la consommation). Du côté des dépenses l’austérité pourrait nous conduire à couper les subventions aux activités dommageables au climat ou à la biodiversité.

Ce serait en effet souhaitable : l’austérité serait ainsi mère du discernement.

Malheureusement ce n’est pas ce qui se passe comme le montre le Projet de Loi de Finances. Pour toute une série de raisons, les coupes budgétaires ont tendance à être homothétiques ou à obéir à des arbitrages dont la Planète ne sort pas gagnante.

Comment financer l’avenir sans creuser la dette

Comment sortir de l’impasse des politiques actuelles qui sont douloureuses socialement, absurdes économiquement, car elles aggravent la crise qu’elles sont supposées résoudre, dangereuses au plan politique en donnant des voies au Front National et suicidaires au plan écologique et industriel comme on vient de le voir ?

En lançant un plan d’investissements de la transition énergétique et écologique. Certes, il est générateur d’émissions de gaz à effet de serre et de consommations de ressources (énergie, acier, etc.). Mais s’il est bien conçu il permet de réduire à terme cette pression anthropique. D’autre part, il peut évidemment être accompagné d’une baisse de la consommation : épargner plus pour investir conduit à consommer moins. Il s’agit là d’un raisonnement en moyenne : il est souhaitable au plan éthique que les personnes vraiment en situation de précarité, de détresse voire d’exclusions soient aidées (pour consommer mieux et pour vivre mieux).

Afin d’éviter des confusions dans la gestion de ce programme, il serait nécessaire d’en sortir la part publique du calcul du solde public courant (recettes courantes- dépenses publiques courantes). En effet, si l’on peut débattre à l’infini du taux de 3% de déficit public maximal dont on connaît le caractère arbitraire, il est nécessaire de s’assurer que l’impôt permet de couvrir les dépenses. C’est une nécessité démocratique et la seule manière d ‘éviter les largesses électorales sans fondement (ni économique ni social ni écologique).

Pour ce qui concerne le financement de ce plan, les propositions ne manquent pas.

Richard Wood économiste australien recommande, comme nous, le financement par création monétaire [1]. La Banque publique d’investissement pourrait evenir la Banque de la Transition Ecologique comme l’a affirmé le Président de la République lors de la Conférence Environnementale [2]. La BCE pourrait faire un programme de type LTRO sur 10 ans pour financer des projets réels (via la Banque européenne d’investissement et les Caisses nationales) comme le propose Franco Bassanni le patron de la Cassa (CDC Italienne). La Caisse des dépôts et consignation (CDC) étudie la création d’un fonds d’efficacité énergétique de plusieurs milliards d’euros.

Finalement ce qui manque uniquement aujourd’hui, c’est la volonté politique. Je pense que la mobilisation des citoyens qui va croître avec le chômage l’exclusion et les difficultés de tous ordres pourrait bien être déterminante pour que l’on bascule d’une austérité insensée à la construction de l’avenir !

- Cet article a initialement été publié sur le blog d’Alain Grandjean.

[1] merci à Guillaume Duval de nous avoir signalé ce travail

[2] Ce n’est pas gagné : le Trésor ne comprend pas les enjeux énergétiques et écologiques et semble se refuser à faire de la BPI une vraie banque, au pouvoir de création monétaire et susceptible de se refinancer auprès de la Banque Centrale. On aimerait que le président de la République se fasse respecter.

Faites réagir vos proches, diffusez l'info !
Vous aimez Terra eco ? Abonnez-vous à la Newsletter

Cofondateur et associé de Carbone 4, membre du comité stratégique de la Fondation Nicolas Hulot.

5 commentaires
TOUS LES COMMENTAIRES
COMMENTAIRES SÉLECTIONNÉS
RÉPONSES DE LA RÉDACTION
Trier par : Plus récents | Plus anciens
Affichage : Voir tout | Réduire les discussions
  • C’est vrai que maintenant on arrive à certaines absurdités... En voyant qu’on peut créer de la richesse juste avec des ordinateurs sans produire de valeur ajoutée (je parle bien sûr de la bourse)... Peut être que tout s’arrangera dans quelques années ?!

    10.01 à 13h36 - Répondre - Alerter
  • Trop de pouvoir d’achat augmente le superflu consumériste. La majorité des français n’est pas sobre, il leur faut de l’austérité, je ne vois que cette solution à court terme.

    27.10 à 00h29 - Répondre - Alerter
  • depuis la révolution industrielle, que les réductions d’émission de CO2 coïncident avec :

    - les récessions économiques,
    - plus récemment dans les années 70-80 avec le déploiement des grands programmes d’équipement nucléaire

    25.10 à 22h33 - Répondre - Alerter
    • pierre simon : Historiquement on observe

      LA PAIX REPOSE NECESSAIREMENT SUR LA VERITE
      RIGUEUR SCIENTIFIQUE DE LA PENSEE HUMAINE
      Or, les dites "sciences" économiques ne sont pas rigoureuses, donc ce ne sont pas des sciences ; elles confondent PERCEPTION individuelle et la PERCEPTION collective et donc aboutissent à des contradictions aux conséquences épouvantables résumées ainsi "l’abondance crée la misère » et l’Europe fondée sur une intention d’amour est gouvernée par le mensonge et le prix Nobel n’évitera pas les conséquences du mensonge
      cf. "les quatre visages du réel" de Pierre Simon chez Trédaniel
      L’analyse du mot ’coût’ est très éclairante ;
      COLLECTIVEMENT ce qui est un coût c pour un individu acheteur est une recette r pour le vendeur donc c+ r = 0 ; les dépenses des uns sont les recettes des autres
      Les "dépenses" internes à un ensemble économique sont des recettes !
      Ainsi faire des économies d’argent consiste nécessairement à diminuer le pouvoir d’achat collectif, aboutit à une diminution des échanges, à réduire l’emploi donc à accroître le chômage, la misère et la violence !
      - l’argent moderne n’est pas produit ni fabriqué en usine, récolté dans des champs ni cultivé.
      Il est créé d’un simple jeu d’écriture.
      - l’argent moderne est constitué de dette D et de créance C
      A toute dette D correspond une créance C et à toute créance C une dette D
      - En valeur absolue, nous avons : (C) = (D)
      - mais C= +x et D= -x Nous avons donc D+C = 0
      L’argent moderne n’existe pas ! Son existence est une illusion d’optique !
      Que coûte financièrement à une nation libre, à l’intérieur d’elle-même ses charges financières ? RIEN Donc il n’existe aucune DETTE d’une nation libre pour ses "dépenses" financières INTERNES à l’égard de quiconque !Prétendre le contraire de la part de soi-disant scientifiques et responsables politiques, est un TRES GRAVE CRIME CONTRE L’HUMANITE SURGI SOIT D’UNE MALVEILLANCE CONSCIENTE SOIT D’UNE IMBECILLITE COLOSSALE
      UN GOUVERNEMENT LIBRE RESPONSABLE PEUT, LUI-MEME, CREER AUTANT DE MONNAIE NATIONALE PERMANENTE NECESSAIRE POUR ASSURER CREATION DE RICHESSES ET PLEIN EMPLOI.
      IL FAUT AJUSTER LA QUANTITE D’ARGENT À LA CAPACITE DE PRODUCTION DE RICHESSES ET PAS LE CONTRAIRE !!
      L’argent n’entre ni dans la consommation ni dans la production ; donc il ne se consomme pas. Tel un catalyseur, il ressort intact après l’échange économique que, pourtant, il a permis. Ni la consommation ni la production ne coûte d’argent. Mais aux mains de puissants avides, il devient un moyen de mort partout.Il suffit de le VOIR pour constater que les "sciences" économiques sont fondées sur des erreurs, des imprécisions du langage en confondant divers sens dans l’emploi du même mot. La première confusion consiste à employer un mot pour la perception individuelle étendue à l’ensemble
      INDIVIDUELLEMENT. Quand vous achetez quoi que ce soit, ça vous coûte de l’argent ; mais cet argent que vous avez dépensé, ce qui, pour vous, est réellement un coût, est un encaissement pour le vendeur. L’argent dépensé par vous n’a pas été détruit mais TRANSMIS ! Et pour la collectivité cet échange n’a pas coûté d’argent ; au contraire, il lui en a rapporté !!!
      Les conséquences de ces corrections intellectuelles faciles à comprendre sont immenses.
      La "rigueur" imposée au peuple, la crise, est due à un manque de rigueur intellectuelle et à un aveuglement spirituel, donc à une malveillance consciente ou inconsciente. Tous les dirigeants sont des criminels qui seront punis. Car ce que nous semons, nous le récoltons tôt ou tard. Quiconque comprend ce qui précède VOIT que la question économique change alors complètement et se pose ainsi : que pourrait-on faire si l’on avait tout l’argent nécessaire ? Car le problème de l’argent ne se poserait plus ! Et demain le plein emploi serait immédiatement possible !!! Il suffit de se poser la question : quels sont les vrais besoins des humains ? La conscience humaine doit sous peine d’horreurs mondiales prochaines acquérir cette évidence absolue qui la préserve des pires formes du mal !Il ne faut pas appauvrir les riches, mais enrichir les pauvres.… Compétitivité : La TVA est ajoutée à l’importation, supprimée à l’exportation. Déclarons les charges, des formes deTVA…et le tour est joué ! pierre-.simon@aliceadsl.fr

      26.10 à 20h35 - Répondre - Alerter
      • A Monsieur Pierre Simon,
        Fort intéressante analyse retrouvée dans votre livre "Les 4 visages du réel".
        Je serai intéressé à mieux vous connaître, ainsi que vos autres réflexions. Ai participé, avec UM, à la traduction des "Lettres".
        Pouvez-vous me courrieliser votre adresse-courriel ?

        Merci d’avance.

        PS, alias Dahliater Dahlia.ter@yahoo.fr

        23.12 à 11h19 - Répondre - Alerter
PUBLIER UN COMMENTAIRE

Un message, un commentaire ?
  • (Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.)

  • Se connecter
  • Créer un compte

publicité
publicité
publicité
SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
publicité