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27-11-2014
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Géopolitique
Monde
Etats-Unis

L’ONU, désamour, gloire et opacité

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L'ONU, désamour, gloire et opacité
(Crédit photo : michel setboun)
 
Une tour de verre chic et imposante, un fantasme diplomatique, mais aussi un territoire abstrait si complexe qu’il en perd le public… C’est un peu tout ça, le siège des Nations unies à New York.
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N° 63 - décembre 2014

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« Bienvenue aux Nations unies, c’est votre monde. » Le message d’accueil de l’ONU résonnerait presque comme une devise de parc d’attraction. Sauf qu’à New York, lorsque l’on arrive devant le siège de l’organe suprême de défense de la paix dans le monde, les lieux ne respirent pas franchement la joie de vivre… Situé au cœur de Manhattan, sur la rive de l’East River, le campus onusien est entouré d’imposantes grilles. Une frontière qui sépare de la mégalopole new-yorkaise ce petit territoire de sept hectares. Depuis sa création en 1947, l’ONU bénéficie en effet d’un statut international spécial qui la protège – dans certaines limites – du droit américain.

L’organisation dispose également de ses propres forces de sécurité et émet même ses timbres. Pour les curieux, le visa n’est pas obligatoire, mais on n’en est pas loin. Pour une simple visite guidée, il faut ainsi montrer patte blanche, se faire fouiller et s’acquitter d’une vingtaine de dollars (16 euros). Ce jour-là, un groupe cosmopolite s’est embarqué pour une visite éclair de l’institution. Israéliens, Scandinaves, Français et Canadiens, escortés par un guide labélisé ONU, commencent par un petit tour extérieur au pas de course. Le temps d’apercevoir des œuvres d’art improbables – comme cette imposante sculpture de saint-Georges et du dragon, fabriquée avec des fragments de missiles nucléaires soviétiques et américains – et de prendre la mesure de l’immensité des lieux. Au centre du campus trône le Palais de verre, élégante tour de 39 étages qui surplombe des bâtiments blancs en longueur. Ce mastodonte a été imaginé à la fin des années 1940 par un groupe d’architectes parmi lesquels le Français Le Corbusier et le Brésilien Oscar Niemeyer, l’homme qui a dessiné Brasilia, la capitale du géant sud-américain.

Exceptée la Cour internationale de justice, située à La Haye, aux Pays-Bas, tous les organes centraux de l’ONU sont rassemblés. L’Assemblée générale, forum de discussion entre les pays membres ; le Conseil de sécurité – 15 pays membres dont cinq permanents disposant du droit de veto –, principal décideur des opérations de maintien de la paix à travers le monde ; le Conseil économique et social, notamment chargé des questions financières pour l’ONU, et enfin le secrétariat. Celui-ci compte à New York 6 400 fonctionnaires venus de tous les pays membres. Ils sont chargés de faire fonctionner l’institution, sous les ordres du secrétaire général, la voix de l’ONU, le Sud-Coréen Ban Ki-moon.

Grand musée un peu figé

« Ils œuvrent pour la paix dans le monde », précise le guide du petit groupe, désormais installé devant une grande mosaïque de l’artiste américain Norman Rockwell, censée résumer les espoirs onusiens. Intitulée La Règle d’or, on y lit : « Comporte-toi avec les autres comme tu voudrais qu’ils le fassent avec toi. » Le groupe poursuit tranquillement sa visite, jusqu’à ce que quelqu’un ose demander : « Pourquoi ne peut-on pas entrer dans la salle du Conseil de sécurité ? » La réponse du guide insuffle un peu de vie à l’institution, qui avait jusqu’alors surtout des airs de grand musée un peu figé. « Plusieurs réunions s’y tiennent aujourd’hui, l’une sur la menace posée par l’organisation terroriste Daech, l’autre sur l’élection de nouveaux membres au Conseil de sécurité. » Il est désormais temps de rejoindre la boutique de souvenirs, qui fait aussi office de bureau de poste. Tout le monde est ravi de pouvoir faire tamponner son passeport du sceau des Nations unies.

Tampon trompeur

Le tampon est toutefois un peu trompeur, car une fois à l’extérieur du campus, de retour à Manhattan, l’ONU est encore là. Elle déborde. Des rues entières voient s’entremêler les sièges d’agences onusiennes telles que l’Unicef ou ONU Femmes, des missions diplomatiques représentant les Etats membres, ainsi que des résidences d’ambassadeurs. On y trouve aussi des cafés discrets, peuplés d’employés onusiens. Comme Pennylane, aussi intéressant qu’une visite guidée pour cerner l’ONU. Pour l’œil expert de DJ, le serveur, les employés de l’ONU forment une tribu reconnaissable. Il les distingue grâce « à leurs tenues chic et sobres, et surtout à leur badge bleu », signe d’appartenance à l’organisation. Ils sont identifiables car « ils s’expriment en plusieurs langues et parlent bien l’anglais ». « Ils laissent de gros pourboires », ajoutent d’autres commerçants du quartier qui apprécient tout particulièrement le mois de septembre. L’Assemblée générale annuelle de l’ONU rassemble alors en un même lieu des représentants des 193 pays membres, une aubaine commerciale. C’est d’ailleurs le seul moment où il est impossible d’ignorer l’ONU à New York, à cause des embouteillages monstres créés par les limousines et véhicules de services de sécurité qui inondent alors Manhattan. « Mais je ne sais pas trop ce qu’il font », admet Nora, à la tête d’une épicerie située à deux pâtés de maison du campus.

A vrai dire, tout le quartier conserve sa part de mystère. Il répond au nom poétique de Turtle Bay (la « baie des tortues ») et désigne la portion de l’île de Manhattan qui s’étend de la 42e rue à la 60e rue, délimitée à droite par l’East River et à gauche par l’avenue Lexington, au milieu de Manhattan. Architecturalement, ce quartier offre un mélange de bâtiments modernes et anciens, des immeubles néogothiques du quartier résidentiel de Tudor City à la fondation Ford, célèbre pour son grand jardin intérieur, en passant par la Trump World Tower. L’homme d’affaires Donald Trump la fit construire en 2000, très fier qu’elle dépasse de 30 étages le siège des Nations unies, juste en face. Turtle Bay est aujourd’hui l’un des quartiers les plus chers de Manhattan, où le mètre carré vaut en moyenne 11 473 euros.

Jouer aux diplomates

Si quelques employés de l’ONU y résident, nombre d’entre eux vivent plutôt à Roosevelt Island ou à Brooklyn, très accessibles en transports, et ne viennent à Turtle Bay que pour travailler. Dès les beaux jours, à l’heure du déjeuner, ils envahissent toutefois le square de Tudor City Greens, délicieux oasis de calme et de verdure où il est difficile de résister à l’envie de s’installer sur un banc, de baisser le ton et de jouer aux diplomates… Mais pour entamer la discussion, il faut se montrer patient, car l’employé de l’ONU a un devoir de réserve sur beaucoup de choses, pour ne pas dire sur tout. Pour lancer la conversation, mieux vaut parler de la fameuse tour, le lieu physique qui incarne l’ONU à New York. Depuis 2008, le Palais de verre a subi d’importants travaux. Le site tout entier est encore en rénovation. « Nous nous sentons enfin au XXIe siècle ! », confie Jérôme, ancien journaliste devenu fonctionnaire de l’ONU il y a six ans. Débarrassée de l’amiante, son habit de verre refait, la tour se veut aussi plus écolo. L’ONU promet des économies d’énergie de 40 %. Pass « presse » en main, on peut franchir la porte principale en compagnie d’un employé danois travaillant au service de communication Web. Thomas ne cache pas ressentir « quelque chose de fort » quand il pénètre dans le bâtiment. Il nous emmène au bar des délégués, l’un des lieux favoris des employés de l’ONU puisqu’il sert des expressos, « denrée rare à New York », l’apéro le vendredi soir et offre une vue imprenable sur l’East River. Le lieu n’est pas idéal pour la sieste cependant, à en croire Dormir aux Nations unies, guide teinté d’humour offert à ses collègues par Alain Dejammet, ancien ambassadeur de France à l’ONU, lors de son départ, en 2000. Trop de dérangements possibles, tranchait-il.

Déco « nouveau riche du Golfe »

Depuis, de nouveaux lieux propices au roupillon sont apparus, comme l’East Lounge. Ce salon confortable officiellement dédié « au repos, à la réflexion et aux discussions diplomatiques » est surnommé Qatari Lounge puisque sa réfection a été financée par le Qatar. « La déco fait très ‘‘ nouveau riche du Golfe ’’ », glisse un employé, sceptique. Car tout à l’ONU est le résultat de marchandages et de jeux d’influence en sous-main que seuls les initiés sont en mesure d’interpréter. Et si cette opacité a quelque chose de comique quand il s’agit d’ameublement, elle l’est beaucoup moins quand il y va du fonctionnement administratif et politique de l’organisation censée garantir la paix dans le monde. « Les discours officiels dépeignent une organisation efficace et souple comparable à Facebook… Sauf que dans les faits, elle fonctionne selon un système bureaucratique soviétique. On ne le comprend vraiment qu’après des années de pratique », analyse un employé. « Les discours manquent tellement de sincérité que l’ONU en devient fade », abonde Alexandra Geneste, journaliste du quotidien Le Monde, qui couvre l’institution depuis neuf ans. A l’ONU, la langue de bois est de rigueur. Au point que les esprits chagrins s’amusent : serait-elle le seul idiome vraiment universel au Palais de verre ? —

Le mois prochain, la série « villes dans la ville » se terminera par une destination… surprise.



Pourquoi le siège de l’ONU est-il à New York ?

En 1946, la première session de l’Assemblée générale des Nations unies se tient à Londres. Les 51 Etats membres de l’époque doivent décider de l’emplacement du siège. Ils ont les Etats-Unis en tête puisque le Congrès américain les a invités à l’unanimité à s’y installer. Ils songent d’abord à Philadelphie et Boston, New York étant jugée surpeuplée. C’était sans compter sur l’offre de 8,5 millions de dollars (6,8 millions d’euros) de John D. Rockefeller, inattendue, qui permet d’acheter le site actuel alors occupé par des hangars et des abattoirs. Le siège new-yorkais accueille ses premiers occupants en 1950. D’Ethiopie au Chili, un réseau de bureaux régionaux est ensuite progressivement créé. Aujourd’hui, les Nations unies comptent 75 000 employés dans le monde. —

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Journaliste à New York.

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  • Pourquoi dire que l’ONU est seulement à New-York (excepté le tribunal de la Haye). C’est faux !
    Et la partie impressionnante à Genève ???

    Quelle drole façon d’informer ...

    13.12 à 20h38 - Répondre - Alerter
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