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29-09-2010
Mots clés
Finance
France
Interview

Investir éthique, est-ce vraiment possible ?

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Investir éthique, est-ce vraiment possible ?
(Crédit photo : DR)
 
Contre la vilaine spéculation, on croyait avoir la solution : l'investissement socialement responsable ou ISR. Quand soudain, patatras : les Amis de la Terre publient un rapport cinglant sur le secteur. Face à face entre un pro et un anti.
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Les Amis de la Terre n’y sont pas allés par quatre chemins. Dirigeant leur loupe sur les 89 fonds dits d’« investissement socialement responsable » (ISR) labellisés par Novethic – il y en a 142 cette année –, ils ont regardé de près où allait l’argent. Et surtout celui versé dans l’escarcelle de 15 multinationales peu recommandables à leurs yeux : BMW, BP, Areva, France Telecom ou encore la minière Rio Tinto… Conclusion : l’ISR, il faut « l’enterrer ». Duel entre Yann Louvel des Amis de la Terre et coauteur du rapport et Grégoire Cousté, chargé de mission auprès du Forum pour l’investissement responsable.

Terra eco : Pourquoi retrouve-t-on des BNP, BP ou Rio Tinto dans ces fonds responsables ? N’est-ce pas une contradiction ?

Yann Louvel On les retrouve parce que certains ISR pratiquent le « Best in class » (sélection des meilleurs élèves d’un secteur, ndlr). Simplement parce qu’ils veulent reproduire la composition du CAC 40. Du coup, ils se retrouvent obligés d’avoir des investissements dans tous les secteurs, y compris pétrolier. Ils disent qu’ils choisissent néanmoins le meilleur entre BP, Total, Exxon, Shell. Pour nous, il choisissent juste le moins pire. En France, les investisseurs rechignent à exclure de leurs investissements des secteurs entiers. A quelques exception près. La Financière de Champlain (société de gestion spécialisée dans le développement durable, ndlr) n’hésite pas à exclure les vendeurs d’arme, de tabac, d’alcool, d’OGM, les pétroliers et les entreprises nucléaires ou toutes celles qui pratiquent des tests sur les animaux. C’est déjà pas mal !

Grégoire Cousté : L’approche « Best in class » n’élimine pas des secteurs d’activités a priori, c’est vrai. Mais si l’on prend l’ensemble des pétroliers dans le monde, Total n’est peut-être pas celui qui se conduit le plus mal… Evidemment, il mène des activités controversées en Birmanie et il y a eu l’Erika ou AZF mais ce ne sont pas le plus mauvais acteur. C’est pour ça qu’ont les retrouve dans ces portefeuilles. Et puis, si on exclut Total de l’ISR, il trouvera toujours des investisseurs qui, eux, n’auront pas de préoccupations environnementales ou sociales. En revanche, si on continue d’avoir des investisseurs exigeants dans ce genre d’entreprises, on aura l’occasion de demander des explications sur certaines pratiques, d’en savoir plus sur leur engagement dans les énergies renouvelables par exemple…

Dans votre rapport, vous critiquez aussi les agences de notation extra-financières chargées d’évaluer les sociétés…

Yann Louvel  : Ces agences qui réalisent les analyses ne font pas de visites sur le terrain, elles ne peuvent constater les violations des droits humains ou les dégâts environnementaux. Elles se contentent de disséquer le discours des compagnies.

Grégoire Cousté : Le modèle économique de ces agences de notation extra-financières est compliqué. Si les agences de notation classiques sont payées par ceux qu’elles évaluent, les agences de notation extra-financières sont payées par les investisseurs. C’est un modèle économique fragile parce que la demande n’est pas encore très forte. Certes, les agences devraient pouvoir aller davantage sur le terrain et renouveler leurs analyses plus souvent mais là encore c’est une question de coût. Moi, je trouve que les agences font plutôt bien leur travail par rapport aux moyens dont elles disposent. Mais si on parvient à étendre le marché, le modèle des agences pourrait être renforcé.

Yann Louvel : Nous, nous pensons que si les investisseurs ne sont pas prêts à payer pour vérifier leurs informations, ils ne peuvent se dire responsables.

Que conseillez vous aux gens ? D’éviter tout bonnement les fonds ISR ?

Yann Louvel : Dans l’état actuel des choses, oui. Évidemment nous voulons aussi pousser les ISR à être plus transparents et exigeants. Mais pour le moment, on ne peut pas décemment conseiller à nos militants d’investir dans Total ou Areva en attendant que les ISR s’améliorent ! Alors nous conseillons plutôt à nos clients d’aller vers la Nef (une société coopérative d’épargne solidaire, ndlr) ou directement à la source en investissant dans des entreprises solidaires.

Grégoire Cousté : Je comprends que les Amis de la Terre ne veulent pas conseiller cela à leurs militants. Mais avec leur rapport, ils touchent bien plus que leurs militants. Ce qu’on peut leur reprocher, c’est de dire en substance que l’ISR, c’est nul alors que c’est une matière encore très jeune. On n’a guère que dix, quinze ans de recul. C’est un bébé à peine né. Ce genre d’attaques ne sert pas les acteurs qui mettent beaucoup d’énergie à améliorer leurs pratiques. Il faut savoir que ce n’est pas toujours simple, notamment à l’intérieur des grandes maisons, de convaincre que l’ISR est nécessaire. Reste que les Amis de la Terre sont dans leur rôle d’ONG et que la parole de la société civile est indispensable. Quand on joue la carte de la transparence, on prend le risque d’être critiqué ! Et au bout du compte, ils participent aussi à faire connaître l’ISR, ils ouvrent un débat. La semaine de l’ISR qui s’ouvre ce lundi doit aussi permettre à ce débat de se tenir.

Sources de cet article

- Le rapport des Amis de la Terre
- Les conseils des Amis de la Terre dans le guide « Comment choisir mon épargne »

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  • Puisque d’une part les fonds ISR ne semblent pas pétri d’éthique et de cohérence en matière d’évaluation des critères extra financiers et que d’autre part, la majorité de l’épargne est détenue par les ménages, la Communauté de lecteurs Responsables et de contributeurs à Terra-Eco ne peut-elle pas lancer une proposition de critères alternatifs ?

    4.10 à 08h04 - Répondre - Alerter
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