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24-04-2013
Mots clés
Recyclage, Déchets
Alimentation
France

J’ai testé le glanage

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J'ai testé le glanage
(Crédit illustration : Julien Couty pour « Terra eco »)
 
Tous les jours, les supermarchés français bazardent des produits tout juste périmés ou plus assez sexy, dont une demi-tonne de nourriture. Je me suis mêlée aux malins qui en récoltent une partie. Figurez-vous qu’on mange très bien au resto des poubelles. Et même parfois bio.
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N° 47 - mai 2013

Le mirage Notre-Dame-des-Landes

Comment rebondir quand on est plus bas que terre ? Il n’y a qu’à se lancer dans un test pour Terra eco, ça fout une mégapatate ! Fouiller les poubelles, c’était du genre à me recadrer le moral. Voilà bien une activité réservée aux plus dépouillés d’entre nous. Petite, on m’apprenait à mépriser ces gens condamnés à vivre de nos déchets. Heureusement, j’ai grandi. Armée d’un peu de temps libre et adepte du régime microcarné, j’ai commencé par observer le ballet des poubelles d’invendus et la chorégraphie des petits rats du chariot.

D’abord, procéder avec méthode et établir un tableau d’horaires : Franprix sort ses poubelles le vendredi aprèm, le magasin d’alimentation bio Naturalia le samedi vers midi, Carrefour le mardi en fin de journée. Légumes défraîchis, fruits gâtés, barquettes à foison, produits périmés… On trouve de tout, comme au supermarché, bananes ! Mais entassé au fond d’une poubelle. Au total, la grande distribution déglutit en moyenne 197 tonnes de denrées par an et par établissement, soit une demi-tonne par jour. On peut en nourrir des familles de pauvres ! En une fin de matinée pluvieuse, je pédale vers le Naturalia de la rue du Poteau, dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Sur le trottoir, deux poubelles bourrées de légumes. Djamila et Li, deux femmes à la soixantaine fringante, y plongent nez et mitaines. Je m’avance et leur demande ce qu’il y a de bon. « De tout. Vous voulez de la salade ? » Ouf, me dis-je, ici, le glaneur est partageur. « Il y a des carottes, des brocolis, des courgettes aussi », renchérit Djamila, le charriot bourré de légumes. « Bah, ça arrondit les fins de mois et avec tout ça, je fais de bons couscous qui durent trois ou quatre jours à la maison. » Les yaourts arrivent plutôt en semaine, avec les barquettes de produits frais (ma salade préférée, lentilles-tofu fumé, se consomme parfaitement jusqu’à huit jours après sa date limite de consommation), de charcuterie ou de viande à la découpe. Ce qui est barbant, c’est la petite touche d’inconnu. Impossible de prévoir un menu à l’avance, il faut s’adapter.

Salade sans eau de Javel

De retour chez moi, je goûte ma première salade prélevée en poubelle. Scoop : elle a le même goût que n’importe quelle feuille de chêne à 1,60 euro, sauf qu’elle est moche et considérée comme invendable. Arrosée d’huile d’olive et de gomasio, elle est parfaite. Quant au brocoli qui virait au jaune-brun, je l’ai transformé en purée et congelé pour les jours de flemme. Les carottes ont fini en salade marocaine : cuites à l’eau puis assaisonnées d’ail, d’huile d’olive, de citron et de cumin. Je remercie ici les responsables de cette enseigne qui ont la générosité de ne pas arroser de javel ce qu’ils jettent ! Certains ont moins de scrupules et empoisonnent le contenu de leurs poubelles pour « ne pas attirer les clodos », dixit un amène employé d’un Carrefour City.

Mardi, 16 heures. Je n’ai pas déjeuné et j’ai un super creux. Comme je file à mon cour de Pilates (mieux que le zazen, ça : lire Terra eco n° 46), il est fondamental d’ingurgiter de la calorie. Place de la République, me voilà nez à nez avec une poubelle bourrée de paninis invendus sous plastique. Je commence à farfouiller quand le vendeur me prévient : « A votre place, je n’y toucherais pas, ils datent d’hier. » Bah, avec les 4 °C dont nous gratifie la fonte de la banquise, les sandwichs sont plutôt bien conservés. Je tente un modèle aux deux fromages, histoire de ne pas dégobiller sur mon tapis de sol. C’est spongieux, mais ça cale.

Vive le glanage snob !

Mercredi, direction le marché de Barbès, repère bien connu des glaneurs, mais où il ne faut pas compter choper du légumes cinq étoiles. Ici, tout est gâté, uniformément gros et insipide. A partir de 13 h 30, c’est la foire d’empoigne autour des cagettes abandonnées par les vendeurs. J’ai ramené des pamplemousses gigantesques et le poissonnier m’a fait une fleur en m’offrant des crevettes qu’il allait jeter. Mouais, c’est bien simple, j’ai choisi mon camp, celui du glanage snob. Voilà, ce test étant plié, je voudrais saluer ici ces arpenteurs de trottoirs, le chariot menotté aux poignets, pour avoir réussi à réconcilier deux notions que même les plus politiques de nos écolos ne parviennent pas à assembler : développement durable et social ! Ils sont la preuve que manger bio n’est pas si exorbitant que ça, la preuve, c’est même carrément gratos ! Il suffit de surveiller les trottoirs des supermarchés. —


Une histoire médiévale

En vigueur depuis le Moyen-Age, le glanage est un droit d’usage sur la production agricole, c’est-à-dire qu’il tombe en désuétude s’il n’est pas exercé. On distingue le glanage, qui concerne ce qui reste sur le sol après la récolte, du grappillage, qui concerne ce qui reste sur les arbres ou les ceps après la cueillette. On glane donc des pommes de terre, des céréales, on grappille les pommes, les châtaignes, etc. Avant l’entrée en vigueur du nouveau Code pénal, en 1994, le glanage faisait l’objet d’une disposition spéciale à l’article R26. Selon ce texte, « seront punis d’amende, depuis 30 francs jusqu’à 250 francs […] ceux qui, sans autre circonstance, auront glané, râtelé ou grappillé dans les champs non encore entièrement dépouillés et vidés de leurs récoltes, ou avant le moment du lever ou après celui du coucher du soleil ». —

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Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet.

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