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22-03-2012
Mots clés
Consommation
Afrique
France

J’ai testé la vie sans horaires

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J'ai testé la vie sans horaires
(Crédit illustration : Julien Couty)
 
Je jette ma montre, je bazarde le radio-réveil et je zappe les horloges. Vivre hors du temps ? Plus facile à faire en vacances qu’au boulot. Mais l’expérience vaut le coup, histoire de découvrir le vrai rythme de son corps et de son cerveau.
Le Baromètre de cet article
ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 35 - Avril 2012

Objets à durée déterminée

Au rayon des expérimentations épineuses, et pour mettre en application nos préceptes (voir Terra eco n° 30 et son dossier « Ralentir »), voici la semaine sans horaires. Sept jours sans consulter une montre. Autant cracher la Valda d’emblée : je peux ingurgiter des graines ou tricoter des écharpes, mais vivre hors du temps, non. A moins de se retirer dans un hôpital psychiatrique, ce test est de toute façon impossible à réussir pour une urbaine suuurbooookée. Dans un premier temps, j’ai tenté de ne pas « savoir » l’heure durant toute une journée. Mais avez-vous déjà constaté à quel point nous sommes cernés par les horloges ?

Avant, le clocher de l’église occupait cette fonction, puis vint la sirène de l’usine. Aujourd’hui, ce sont quatre chiffres rouges ou verts affichés sur le four, le radio-réveil, etc. Dans la rue, les enseignes des pharmacies jouent les pendules, comme les panneaux du métro. Chaque minute qui passe semble incontournable sur le téléphone, l’ordi… Même nos e-mails sont étiquetés par le temps. Bilan de cette journée : mon regard a croisé 17 fois une horloge. J’ai tout de même essayé de jouer le jeu à Paris, lors d’une semaine classique avec réunions, déjeuners et confs de presse. Déjà qu’avec une montre, c’était pas ça ; là, impossible d’être à l’heure. Mes rendez-vous de la mi-journée ont tous pris au moins trente minutes dans la vue – je n’avais pas faim avant 14 heures – et je ne suis jamais sortie du boulot avant 21 heures. Quant aux réveils, ah, ah !

Moments du jour préférés

Normal, nos journées s’étendent naturellement en soirée. « Au XXIe siècle, les gens se couchent aux environs de 23 heures, contre 21 heures dans les années 1950. Près de 50 % des actifs parisiens travaillent occasionnellement ou régulièrement entre 20 heures et minuit », m’annonce-t-on au Bureau des temps (lire l’encadré), à Paris. L’ensemble du test aboutit donc à une réflexion générale sur mon rapport au temps, sur la place du travail dans une journée – et donc dans ma vie –, sur mes moments du jour préférés, sur mes besoins en sommeil, etc. Sans horaires dans le ciboulot, se fabriquer des repères temporels s’avère assez rigolo…

La radio s’allume ? On frôle les 8 heures du mat’. Info confortée par les cris d’écoliers sur mon trottoir. Je sais qu’ils vont à la piscine qui jouxte mon immeuble. A ce moment-là, il doit être plus de 8 h 30, et même pas 9 heures. Soit je décide de faire infuser mon thé vert bio, soit je me rendors. Je n’ai qu’à attendre les piaffements de l’école d’à côté pour me lever à l’heure de la récré ! Mais c’est à quelle heure, la récré, déjà ? Et mince, j’ai lâché la rampe du temps !

Margarita-glandouille

Puis vint le temps de l’exil. Durant plusieurs semaines, je me suis retrouvée en « vacances-margarita-glandouille ». Dès lors, le test devint beaucoup plus simple. Il suffit d’éteindre son téléphone et de se retirer dans un vortex spatio-temporel. Une plage déserte face à l’océan Indien fait très bien l’affaire. Le temps de se décrotter de ses manies, l’indicateur du temps devient alors interne. Car se passer de l’heure revient à s’en remettre à nos rythmes circadiens, calqués sur l’alternance du jour et de la nuit, et qui contrôlent certaines horloges biologiques chez les mammifères.

Une plénitude pêchue

A deux pas de l’équateur, le jour se lève vers 6 heures et la nuit tombe à 19 heures. Il fait faim environ vingt minutes après le réveil. Puis, quatre heures plus tard. Mais qu’en sais-je, dans le fond ? Je mangeais quand j’avais faim, je dormais quand j’avais sommeil, je commandais ma première margarita juste avant que le soleil ne plonge dans l’océan… En somme, on peut s’affranchir des contraintes horaires plusieurs semaines par an : il suffit de prendre des vacances ! Ne vous foutez pas de moi, ça frise le scoop pour bibi. Avantage annexe : gavé de soleil, mon corps a produit un paquet de sérotonine en journée, provoquant une plénitude pêchue à mille lieues des humeurs apocalyptiques que je chéris. La nuit, un somnifère naturel – la mélatonine – me plongeait dans un sommeil bienfaisant. Bref un seul conseil : tous à Zanzibar ! —


Rythmes de vie : Liberté et inégalités

L’Espace des temps à Saint-Denis, la Maison du temps à Belfort, l’Agence des temps à Poitiers, le Bureau des temps à Paris… Ces lieux ont en commun d’être des espaces de médiation qui cherchent à mieux comprendre nos rythmes de vie. Sachez ainsi qu’en France, un tiers des employés changent d’horaire de travail d’une semaine sur l’autre. A Paris, un tiers des salariés travaillent en horaires décalés, en soirée ou le week-end. Le temps libre, celui qu’on passe à trinquer ou à rêver, se limite à trois heures par jour pour ces messieurs et deux heures trente pour nous, les femmes. L’inégalité infuse jusque dans notre rapport au temps !

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Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet.

7 commentaires
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  • revenir au rythme naturel de la vie, une quête qui semble toujours d’actualité.
    Pour ma part, je sortirai ma chaise longue pour jouer aux mots fléches, bref profiter de la vie sans me soucier de l’heure qui tourne.

    26.03 à 10h20 - Répondre - Alerter
  • Pourquoi devrait on vivre avec des heures ? Posséder une montre, qu’elle soit connectée ou non, pourquoi devrait on avoir l’heure sur notre téléphone ? ou même sur une horloge chez soi ?
    Tout simplement parce que la vie est trop courte pour flaner toute la journée, il est important de connaître l’heure afin de pouvoir quantifier nos activités, agréables ou non puisque l’on peut comme cela limiter les activités désagréables de notre quotidien et donc libérer plus de temps pour nos passions.

    9.10 à 14h44 - Répondre - Alerter
  • Achetez vous une montre connectée et vous ne vivrez plus jamais sereinement ! A méditer !

    4.05 à 11h49 - Répondre - Alerter
  • la vie sans horaires c est toute l année pour moi je suis dehors dans la montagne avec mes chiens mes brebis mes chevres et vit calquée sur les saisons le lever et le coucher du soleil j ai l heure mais je l ai deja dans ma tete avec le soleil et les chiens me reveillent quand le jour se leve

    10.08 à 06h58 - Répondre - Alerter
  • et oui ! super si toute l’année nous pouvions vivre sans sonnerie...

    6.08 à 18h37 - Répondre - Alerter
  • euh parallèles !

    3.08 à 10h43 - Répondre - Alerter
  • Cet article m’a remplie de bonheur comme il est doux de vivre dans mon petit coin de paradis sans toutes ces contraintes ! En fait nous vivons dans deux mondes paralelles.....Ici on vit au rythme du soleil, de ce que l’on décide de faire, des exigences du corps et c’est bien ! Bon courage !

    3.08 à 10h42 - Répondre - Alerter
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