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26-11-2012
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Tourisme
Monde

J’ai testé l’hôtel zéro émission

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J'ai testé l'hôtel zéro émission
(Crédit illustration : Julien Couty pour « Terra eco »)
 
Les Seychelles ? Les îles Caïman ? A chacun son paradis. Moi, je me suis offert du rêve à l’hôtel bio de Fribourg, en Allemagne. Toute une nuit à batifoler dans une chambre écoresponsable… jusqu’à l’addition.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N°42 - décembre 2012

Faut-il avoir confiance dans le bio ?

Certains tests sont plus avenants que d’autres. Au détour d’un week-end à Fessenheim (pfff, bande de nuls, vous ne connaissez pas le Haut-Rhin sous la pluie glaciale de novembre ?), j’ai eu envie de franchir la frontière franco-allemande, histoire de fouler le sol d’un pays sortant de l’atome. Objectif : Fribourg, son café-vélo, ses maisons écolos et son hôtel « zéro émission » de la chaîne Best Western. Après avoir flâné dans l’historique écoquartier Vauban, celui dont on revient déprimé puisqu’on n’y habite pas, je me suis fait offrir (si, si, boss !) une nuit à l’hôtel Victoria, le nec plus ultra du « bio-dodo ». Cet établissement est un mythe pour tous les neuneus dans mon genre qui jouent à minimiser leur empreinte carbone sur terre.

Qu’on soit bien d’accord : dormir dans un hôtel bio, c’est comme… dormir dans un hôtel. Dans les chambres, un lit, une salle de bains, un minibar et une télé. A l’accueil, des hôtesses, et en cuisine, des esclaves. Mais c’est une fois installée, telle une antinucléaire en Autriche, que je me suis mise à écarquiller les yeux à la recherche du moindre gadget écolo-compatible. D’abord, le minibar. L’air de rien, il rafraîchit riesling, Jack Daniel’s, eau gazeuse, chips et chocolat, mais il est équipé de la technologie « Fuzzy-logic ». Sa consommation est donc 30 % inférieure à celle d’un minibar classique. Epatant ! Le lit ? Super douillet, grâce à ses quatre oreillers et deux couettes en duvet-naturel-d’oies-élevées-en-plein-air. Les tables de chevet ? Sommairement taillées dans un bel arbre de la toute proche Forêt-Noire. La salle de bains ? Dotée d’une douche italienne avec injection d’air, de deux peignoirs (en coton bio), de shampoing-douche (bio) et d’une chasse d’eau super économe (3 litres pour le pipi, 6 litres pour la grosse commission bio). L’éclairage ? De la LED pour lire et de la fluocompacte dans le plafonnier. La moquette ? Recyclée. La téloche ? Plate et sobre : pas plus de 1,2 wattheure de conso.

Lieu de la transgression

Tout cela ressemblerait au minimum syndical à exiger de TOUS les hôtels, si n’était le secret de l’établissement fribourgeois : sa terrasse. C’est ici que niche le cœur battant de l’hôtel. Sur 200 m2, une farandole de panneaux photovoltaïques, quatre éoliennes verticales et une palanquée de chauffe-eau solaires fournissent l’intégralité de l’énergie consommée par les clients (20 000 kWh/an). On y trouve même des transats pour bouquiner loin du brouhaha de la ville (inexistant à Fribourg). Même avec un ciel couvert, l’ensemble est productif (1,5 kWh quand je suis passée devant le compteur). Au sous-sol, une chaudière à granulés provenant de la Forêt-Noire chauffe les 66 chambres.

« En 2002, nous avons investi un million d’euros pour faire fonctionner l’hôtel uniquement grâce à des énergies renouvelables, explique Bertram Späth, son manager. Aujourd’hui, le bilan carbone est de 8 kg de CO2 par nuitée et par client. » Campé à deux doigts de la gare, le nid se rallie à pied ou à vélo. Et si on aime avoir l’air benêt, on peut louer une voiture, une Renault Twizzy, pour flâner dans la ville (29 euros par jour). Lors de mon passage, l’absence de fenêtre de l’auto et la neige tombée dans la nuit avaient transformé l’habitacle en lac glaciaire. Rédhibitoire, mais si « éco-parfait ».

Il est bien entendu que l’hôtel « zéro gramme » ne sert à rien si, comme dans tous les hôtels, on part renifler la ville en laissant tout allumé, les fenêtres ouvertes et le robinet à l’air. Ne levez pas les yeux au ciel, vous le savez bien, petits scarabées, que l’hôtel est le lieu de la transgression absolue. On y fait souvent ce qu’on ne fait pas – ou plus – chez soi : l’amour jusqu’à plus soif, la zone dans la salle de bains, le peignoir en boule au pied du lit et les trognons de pomme négligemment oubliés sur le rebord du lavabo.

Une soubrette bio surgit

L’acmé de cette folle nuit fut sans conteste l’arrivée du petit-déjeuner sur son plateau roulant. Muesli, fruits frais, œufs à la coque, pain noir et viennois, charcuterie, fromage, saumon et sauce au raifort. Je ne savais plus où donner de la fourchette. Le tout ultrabio et aussi local que possible. Bref, de quoi lézarder au fond de ma couche jusqu’à midi tapant, heure à laquelle une soubrette bio a surgi pour nettoyer mon passage avec des produits certifiés Ecocert. L’hôtel Victoria dépasse de loin mon standing ordinaire, plus habituée que je suis à squatter les canapés troués des militants anti-tout. C’est au moment de payer que l’écologie prend ici un tour révolutionnaire : 159 euros la nuit en chambre double, avec 14 euros de petit-déj’et 3 euros de service en chambre (bah quoi, c’était un dimanche !). Total de la nuit : 176 euros ! Peu ou prou le montant que je touche pour cet article. Confortable, mais indécent. —
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Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet.

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