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Ils ont choisi de ne pas avoir d’enfants

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Leur décision brise un tabou et suscite parfois une certaine agressivité. Ils témoignent de leur réflexion, de leurs raisons, vire ce qu'ils considèrent comme un engagement pour certains...
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n°7 - octobre 2009

Faut-il arrêter de faire des enfants ?

« Certains croient même que je suis malade »

Kate Paylor a 58 ans. Elle vit à Birch Bay, une petite ville dans l’Etat de Washington, à quelques kilomètres de la frontière canadienne. Elle est designer de logos vestimentaires.

« Tout remonte à cette image que j’ai vue à la télévision dans les années 1970 : des enfants éthiopiens squelettiques, manquant d’eau, de nourriture, de tout. On était en pleine guerre au Viêt-nam, les femmes s’émancipaient, la pilule s’était démocratisée, on prenait nos vies en main. J’ai rapidement fait le rapprochement entre surpopulation et guerre. Pour moi, les gens qui avaient beaucoup d’enfants et ne pouvaient pas subvenir à leur besoins, c’était de la chair à canon offerte à l’armée sur un plateau d’argent. A l’époque de la guerre du Viêt-nam et aujourd’hui encore, ceux qui s’engagent, ce sont les pauvres, car l’armée offre beaucoup d’avantages sociaux et des salaires réguliers. Vivre mon engagement écologiste, c’est mener ma vie en faisant des choix qui auront un impact minimal sur l’environnement : acheter local, bio si possible, marcher quand je peux au lieu de prendre ma voiture… et ne pas avoir d’enfants. Les gens réagissent extrêmement mal à cela. Certains croient même que je suis malade, que je suis égoïste. Les gens ont cette idée selon laquelle si tu n’as pas d’enfant, tu n’es pas accomplie… Mais je suis quelqu’un de tout à fait épanouie. J’ai un métier passionnant : je conçois des logos pour vêtements sur des thèmes qui me tiennent à cœur comme l’environnement, l’athéisme, la paix mais surtout pour le mouvement des personnes sans enfant, les « child-free ». Je vends mes T-shirts sur Internet, et depuis l’ère Bush, ça marche très bien ! La société américaine est inondée de propagande chrétienne et l’enfant est au centre de cette rhétorique. A tel point qu’on ne questionne même plus ce flot d’informations. »

« C’est l’Occident qui doit montrer l’exemple »

Théophile De Giraud, 40 ans, est l’auteur de « L’art de guillotiner les procréateurs, manifeste anti-nataliste ». Il a organisé la première fête des non-parents, en mai à Bruxelles, et compte réitérer l’événement l’an prochain à Paris.

«  Ma passion pour la philosophie, m’a conduit à remettre en question l’évidence de la procréation. Le conditionnement sur cette question est tel que l’on rencontre souvent des réactions hostiles. Organiser une fête des non-parents avait pour but de permettre aux gens qui ont fait ce choix de s’exprimer librement. C’est un sujet presque tabou ! Nous avons constaté que les motivations étaient très variées et que la question écologique était particulièrement vive. Les personnes présentes à la fête avaient souvent un double discours : protégeons nos enfants d’une planète qui n’est pas vivable en évitant d’en faire, et protégeons la planète de nos futurs enfants. Ma réflexion se situe dans la lignée du néo-malthusianisme qui avait prédit que l’on arriverait aux limites de la planète. Dans un chapitre de mon livre intitulé ” Surpollupopulation “, je mets en évidence le lien direct entre un excédent de population et la pollution de la planète. Nous n’avons aucune chance de la sauver, en tant qu’espace vivable pour tous, en continuant à nous démultiplier. Le commandant Cousteau situait déjà, à l’époque, l’optimum à 800 millions d’individus sur terre. Le tiers-monde est en plein croissance démographique. Or, ce n’est pas à lui de prendre en main ce problème, lui qui n’a pas les moyens matériels et conceptuels de choisir de faire peu d’enfants. C’est l’Occident qui doit montrer l’exemple par une forme de décroissance. En 1932, le philosophe Bergson posait déjà le problème et proposait de taxer les enfants surnuméraires. Mieux encore, pourquoi ne pas offrir une allocation de stérilité aux femmes qui s’engageraient à ne pas faire de troisième enfant par exemple ? »

«  Je pense pouvoir être plus utile à la planète »

Scott Selenak a 24 ans et vit à Los Angeles. Il est réalisateur de films documentaires et travaille sur un projet de film sur la contraception dans le monde.

«  J’ai pris conscience de l’impact environnemental de la surpopulation quand j’avais 18 ans. Je commençais à explorer le monde. Je suis allé en Afrique et en Asie et là j’ai vraiment vu ce qu’était la malnutrition. Cela m’a conforté dans mon choix de ne pas avoir d’enfant. C’est un sentiment que j’avais déjà depuis plusieurs années, pour des raisons à la fois personnelles et professionnelles. Cela m’a convaincu de franchir le pas de la vasectomie. Trouver un docteur pour pratiquer cette opération s’est révélé un calvaire. Cela m’a pris un an et demi et 6 médecins qui m’ont tous claqué la porte au nez. Ils me répétaient : “ Vous changerez d’avis ! ” Ce qui les dérangeait, c’est le fait que je sois si jeune et que je n’aie jamais eu d’enfants. Bien entendu, j’ai reçu beaucoup de critiques, car c’est rare pour quelqu’un de mon âge de se faire stériliser si tôt. Mais c’est une conviction très personnelle qui ne changera pas avec l’âge, je le sais. J’ai pensé à l’adoption car, de cette façon, je ne contribuerais pas au problème de la surpopulation, mais je ne suis pas certain de vouloir franchir le pas. Je pense pouvoir être plus utile à la planète en me concentrant sur mon projet : un documentaire sur les gens qui choisissent de ne pas avoir d’enfants. Je souhaite aussi montrer l’importance de la contraception dans les pays en voie de développement, là où l’influence de l’Eglise est énorme. »

« On ne peut tout simplement pas se permettre d’attendre »

Eric Gates, 48 ans, originaire de Portland dans l’Oregon, et installé à Los Angeles. Il travaille comme consultant dans les grandes universités américaines afin d’améliorer les résultats des étudiants dans les filières scientifiques.

« Lorsque j’étais à l’université, j’ai lu “La Richesse des nations” d’Adam Smith. Ce livre écrit au XVIIIe siècle vante les mérites du capitalisme. Et à l’époque, c’était une théorie qui tenait debout : la révolution industrielle était en marche et n’apportait que du bon. Mais il y avait une faille dans ce raisonnement : que se passe-t-il une fois qu’on a utilisé toutes les ressources sur Terre ? On atteint les 7 milliards d’habitants aujourd’hui : comment fait-on ? ça n’est pas viable. Or, nous nous comportons tous comme des petits Bernard Madoff, nous allons droit dans le mur, mais nous préférons fermer les yeux. Nous épuisons, les unes après les autres, les ressources dont nous dépendons pour notre mode de vie : tous les minéraux, sans parler du pétrole et bientôt l’eau. Je parle en connaissance de cause car, ici à Los Angeles, nous sommes en plein désert et nous manquons cruellement d’eau.

Les grandes fondations philanthropiques, comme celle de Bill et Melinda Gates ou de Warren Buffett, consacrent des millions de dollars à vacciner les populations du tiers- monde. Cela part d’une bonne intention, mais le résultat, c’est que la population se développe à un rythme effréné. C’est bien de vacciner contre la malaria, mais il faut aussi promouvoir les moyens de contraception. Ces fondations pensent qu’il faut laisser le temps aux sociétés de passer par l’étape industrielle pour arriver au stade de pays économiquement développé, et à ce moment-là, le taux de fertilité diminuera. Le problème c’est qu’on ne peut tout simplement pas se permettre d’attendre ! Car d’ici là, l’Antarctique aura fondu, le niveau des océans aura augmenté de 100 mètres et ce sera “ game over ” pour tout le monde… »

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