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24-11-2010
Mots clés
Sciences
Climat
Etats-Unis
Portrait

Héraut du changement climatique

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Héraut du changement climatique
(Crédit photo : Vincent Baillais pour « Terra eco » / www.vincentbaillais.com)
 
Légende de la climatologie, l’Américain James Hansen a modélisé le réchauffement de la Terre dès les années 1980. Furieux de l’immobilisme des politiques, cet homme a surmonté sa timidité naturelle pour convaincre le grand public. Rencontre avec un militant en blouse blanche.
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N° 20 - décembre 2010

Homme-femme : qui est le plus écolo ?
James Hansen a annoncé le 2 avril qu’il quittait la NASA après quarante-six ans de carrière. Dans un courrier électronique envoyé au New York Times, il a expliqué qu’il désirait désormais « se consacrer entièrement à la recherche scientifique, à mobiliser l’attention des jeunes sur les implications (du réchauffement ndlr) et à expliquer ce que la science recommande ».

La mine est sombre, la cravate et la veste aussi. Seul le regard bleu pétille. « Chaos », « extermination », « extinctions massives » sont les mots qu’il prononce. James Hansen est climatologue et directeur du prestigieux Institut Goddard de la Nasa où il développe ses modèles depuis plus de trente ans. Prophète du réchauffement, il annonce depuis les années 1980 son avènement. Sur son nom, les louanges pleuvent. « James Hansen est le plus grand climatologue des Etats-Unis, affirme carrément Joseph Romm, physicien et blogueur spécialiste du climat. Il a eu raison sur le réchauffement global bien avant tout le monde. » « C’est une légende, l’un des premiers à avoir mesuré l’amplitude du problème », ajoute David Lea, paléoclimatologue à l’université de Californie. Ses intuitions lumineuses sont saluées, mais lui peint l’avenir en gris dans la salle à manger kitsch de ce petit hôtel parisien. L’homme explique : l’épaisseur des glaces et la profondeur de l’océan, lent à se réchauffer, nous protègent encore. Mais un jour, l’équilibre sera rompu, les mers s’en trouveront gonflées et les villes côtières englouties. Les hommes verront alors les espèces s’éteindre et les écosystèmes s’effondrer. « Un chaos social et économique », résume-t-il.

A Paris, James Hansen est en congés avec sa femme, sa fille, son gendre et leurs deux enfants. Il a troqué son appartement new-yorkais contre un logement dans la capitale « avec une jolie vue sur la Seine », mais il « n’était pas assez grand pour tout le monde ». Ils ont donc atterri avec son épouse dans cet établissement sans prétention du XVe arrondissement. Le lendemain, ce vacancier un peu spécial a rendez-vous à l’Assemblée nationale pour une audition. Alerter, c’est devenu son obsession. Aux oreilles de qui voudra bien l’écouter, l’homme prône la fin de l’ère du charbon. « Il faut le laisser dans le sol. Si nous y parvenons, nous pouvons résoudre le problème. » Pour cela, il faudrait inclure directement dans le prix des énergies fossiles le coût de leurs dégâts sur la santé et la nature. Alors, et seulement alors, l’air pourra peut-être redevenir cristallin.

Entre Bon Jovi et les Smashing Pumpkins

Dans son plan rêvé de carrière, James Hansen ne prévoyait sans doute pas de courber son grand corps devant un micro. Il porte le costume de prêcheur comme d’autres une croix. « Prendre la parole, je n’aime pas ça du tout », consent-il. « Certains savent faire vibrer les foules. Lui non », confirme David Lea. « C’est un homme plutôt effacé. Quand il est arrivé ici, il a mis un temps fou à dire bonjour aux gens qu’il croisait dans l’ascenseur », se souvient Gavin Schmidt, l’un de ses subordonnés à l’Institut Goddard. Après un doctorat en physique en 1967, James Hansen étudie l’atmosphère de Vénus avant de se pencher sur la Terre. En 1978, il développe un premier modèle de simulation de la température selon l’augmentation des gaz à effet de serre. Et voit se dessiner le spectre d’un changement climatique. L’homme alerte le Congrès en juin 1988. Les Etats-Unis sont alors en pleine canicule. « Ça m’a valu beaucoup de publicité, mais aussi beaucoup de critiques, se souvient-il. Alors, j’ai décidé de retourner dans mon laboratoire et de me contenter de faire de la science. C’est ce que je fais le mieux. »

Quinze ans plus tard, les scientifiques peinaient toujours à se faire entendre. Or, « il était de plus en plus clair que nous allions vers une situation irréversible ». En 2004, à la veille de l’élection présidentielle, James Hansen retrouve le chemin de la tribune. Ses interventions « déplaisent à l’administration Bush ». A la Nasa, on surveille ses cours, ses articles. Mais les années de mutisme sont terminées. « Je ne veux pas que mes petits-enfants disent un jour : “ Grand-père comprenait ce qui se passait, mais il ne l’a jamais dit clairement ”. » En 2010, il leur a dédié son ouvrage Storms of my grandchildren (« Les tempêtes de mes petits-enfants »). Trois ans plus tôt, il les avait traînés sur la scène de Live Earth, une série de concerts organisés pour sensibiliser au risque climatique. Entre Bon Jovi et les Smashing Pumpkins, il a demandé : « Quels animaux faut-il sauver ? » « Tous », a répondu sa petite-fille.

L’homme devient militant de terrain, jouant ici les conseillers d’une communauté d’Alaska menacée par le changement climatique, réclamant là un procès des énergéticiens pour « crimes contre l’humanité et la nature ». Il traîne son air triste dans les cortèges, est arrêté en Virginie en 2009, devant la Maison-Blanche en 2010. Il muscle son discours dans les colonnes du Guardian ou du New York Times, n’hésite pas à comparer les trains de charbon à des « trains de la mort (…) aussi abominables que s’ils étaient des wagons pleins d’espèces irremplaçables en route pour le crématorium ».

« Entre science et militantisme »

Ses prises de parole font débat. « Je comprends que certains scientifiques aient besoin de s’adresser au public directement. Mais James Hansen n’est pas expert en politique énergétique. Et quand il dit très fort son opposition contre certaines législations, ce n’est pas très productif », regrette Joseph Romm. « Quand vous franchissez la ligne entre la science et le militantisme, il y a des risques. James le sait, confirme son ex-collègue Gerald Meehl, chercheur au Centre national de recherche atmosphérique. Mais il ne peut pas se contenter de rester assis là à regarder les choses se faire. » L’intéressé rappelle simplement l’importance de parler à l’heure où la climatologie est secouée par les sceptiques. « Si les politiciens ne font rien, nous nous en chargerons. Je ne prétends pas être un bon communicant, mais je veux essayer. » Même s’il doit filer le bourdon au monde entier. « Je dois dire la vérité. Si la calotte glaciaire est instable, c’est catastrophique. Si de grandes espèces s’éteignent, c’est catastrophique. Je ne suis pas un psychologue, je suis un scientifique. » —


En dates et en gestes

1941 Naissance à Denison dans l’Iowa (Etats-Unis)

1967 Rejoint l’Institut Goddard de la Nasa

1988 Alerte le Congrès américain sur le réchauffement climatique

1996 Elu à l’Académie des sciences des Etats-Unis

2009 Publie « Storms of my grandchildren » et reçoit la médaille Carl-Gustaf Rossby, plus haute récompense en sciences de l’atmosphère décernée par la Société américaine de météorologie

Son geste vert Comme sa fille, il est à « 80 % ou 90 % végétarien ».

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