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Présidentielle à Haïti : et si ça pétait vraiment ?

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Présidentielle à Haïti : et si ça pétait vraiment ?
(Légende : le palais présidentiel haïtien après le sésisme du 12 janvier 2010. Crédit photo : Unicef Suède/Flickr)
 
De la colère et de l'inquiétude. Il y en a dans les mots de l'humanitaire Herman, présent à Port-au-Prince depuis des mois. Il y en a surtout dans les cœurs des Haïtiens après le scrutin de ce dimanche.
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« Deye mon, se mon. » « Derrière la montagne, il y a une montagne. » Proverbe local de la résignation, de ceux qui triment et trinquent encore sous les coups, cruels, de trique ? Proverbe plutôt de la lucidité, de ceux qui ont la mémoire comme l’expérience, dans l’errance de leur pays ? Je me pose la question, là, comme un con, avec l’hélico Minustah (Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti) qui virevolte au-dessus de nous.

Chaque semaine, un nouveau défi structurel, une nouvelle tuile, une nouvelle merde. Que dirions-nous, au menu plutôt chaw’gé de cette auberge un peu folle qu’est devenue ce pays, d’un incontrôlable mouvement d’instabilité sociale et de colère post-électorale ? Mmmmmmmmmmmh ? Je vous en sers une louche ?

Car 12 des 18 candidats à l’élection présidentielle haïtienne, dont le premier tour avait lieu ce dimanche, ont réclamé son annulation en faisant état de fraudes massives. Ce qui pourrait déboucher sur de graves paralysies, voire sur de graves affrontements.

Le groupe comprend les principaux candidats de l’opposition à la présidence, y compris la dame ex-première dame qui souhaite devenir Dame première Mirlande Manigat, le chanteur rose fluo excentrique Sweet Micki/Michel Martelly, bateleurgo, et Jean-Henry Céant, l’ancien poto d’Aristido, candidats dont beaucoup avaient déjà accusé la coalition du président René Préval, Inite (Unité), et son pourri de Jude Célestin, de chercher à l’emporter par des moyens frauduleux. Les quelques rares analystes Minustah que j’ai croisé ces derniers mois m’ont tous confirmé que Préval est prêt à tout pour perdurer, via son dauphin. Ce qui me laissait songeur sur son besoin de laisser « pourrir » la situation humanitaire, qui expliquerait largement sa totale passivité. Manne internationale oblige…

L’appel des douze candidats fait suite à des scènes de chaos et de confusion dans de nombreux bureaux de vote de Port-au-Prince, la capitale, et des provinces, où des électeurs furieux de ne pas pouvoir voter ont saccagé des bureaux de vote. Et tiré quelques salves, pour la route. Ces manifestations témoignent de sérieux problèmes d’organisation que l’on sent comme… organisés.

Des collègues humanitaires, déçus, amers, me disent que ce pays n’est même pas « kapab » de faire voter 4,7 millions de personnes. Alors pour les défis de la reconstruction, autrement plus complexes… Je les comprends. Mais je les emmerde.

Aussi complexes que préoccupantes, ces situations de « sous-développement » du politique ici semblent décourager beaucoup de ceux qui jusqu’ici s’efforçaient de les comprendre, comme si chez eux la démission de l’intellectuel emboîtait le pas à l’écœurement des sentiments devant l’architecture d’iniquités, tant internes qu’externes, dans laquelle ces situations sont bâties.

Certes nous avons toujours compris que l’heure n’est plus aux jérémiades ni aux apologétiques culpabilisantes, et que d’ailleurs les exagérations du tiers-mondisme n’ont pas fait que du bien au tiers-monde lui-même ; mais ce n’est pas pour autant que l’on doit accepter que, suite à une sorte de retour de balancier, se généralise la conviction que si les peuples dits sous-développés, politiquement et pour tout le reste, sont maintenant dans l’état où on les trouve, c’est aux victimes elles-mêmes qu’il conviendrait d’en imputer la responsabilité.

Sauvages. Cons. Ces Haïtiens. Pas « kapab » de rien. Ces gueux. Au fond, c’est ce qu’ils disent. Malgré leurs dénégations d’hommes et femmes dits progressistes, car « en tenue humanitaire » (comme si notre milieu n’avait pas son lot de fachos, de réacs, de connards et de cyniques rapaces opportunistes).

De l’autre côté, en termes de déni, le chef de la mission de l’ONU en Haïti parlait de « climat serein et apaisé », malgré les craintes de fraudes. De « fête démocratique » et d’incidents mineurs… Moi j’entends des coups de feu qui claquent. Je prétends pas comprendre mieux que ce petit monde mais j’en ai vu, dans ma « carrière », des pays instables et des corps à corps interminables, au goût de sang, de plomb, de larmes et d’urnes bourrées…

Et à l’heure ou j’écris ces lignes futiles, les 110 observateurs de l’OEA (Organisation des Etats américains), à 400 dollars par jour (oui, oui, je sais, dont quelques jeunes Français et Québécois), sont sans doute en train de préparer le communiqué pré-paré, pré-mâché, pré-digéré pour dire que « tout va bien dans cette belle fête démocratique ». Et si, cette fois, face à temps de veulerie, ça pétait vraiment ?

Ce billet a originellement été publié sur le blog d’Herman, Débris d’Haïti

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Par
Herman

Petite main de l’humanitaire

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