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Indicateurs de Développement Durable

Par Anne Musson
4-04-2013

Green Deal !

L’apport de l’analyse d’Alain Lipietz au débat sur les nouveaux indicateurs de richesse.

Green Deal !
(Jérôme Bonnet pour Télérama)
A l’occasion de la semaine du développement durable, une conférence d’Alain Lipietz était organisée hier, 3 avril 2013, à l’Université Montesquieu-Bordeaux IV. Alain Lipietz est un écologiste convaincu, élu au parlement européen, mais c’est avant tout un économiste, ancien directeur de recherche au CNRS, ingénieur des Ponts-et-Chaussés, auteur dès 1974 du « tribut foncier urbain ». L’économiste, habilement épaulé de la gouaille du politique, nous a offert une prestation intéressante sur le fond, très vivante sur la forme, proposant même un socle d’arguments à la nécessaire construction de nouveaux indicateurs. Morceaux choisis.

La crise économique ne peut ignorer la crise écologique

- La conférence s’ouvre sur l’analyse des deux crises économiques vécues par notre locuteur (1930, et l’actuelle, initiée en 2008). Alain Lipietz nous explique que si la première a pu se résoudre par une relance de la demande (forte augmentation des salaires pour les cas français et américains notamment), cette même solution se heurte aujourd’hui à deux problèmes majeurs :

  1. Au sein du « village global », les négociations ne sont plus nationales. Les salariés « mal payés », ceux qui devraient en priorité voir leur pouvoir d’achat augmenter sont aujourd’hui chinois. Quid d’un New Deal avec les autorités chinoises ?
  2. Pire, selon les dires d’Alain Lipietz, une croissance exponentielle de la consommation au sein de l’énorme marché que constituent la Chine et ses voisins asiatiques aurait des conséquences catastrophiques (apocalyptiques ?) sur l’environnement (en cause : la pollution liée aux productions industrielle et agricole, avec une augmentation des consommations énergétiques et de la viande, entre autres). Flotte alors le présage de Gandhi en 1928 :

    « Dieu fasse que l’Inde ne s’industrialise jamais sur le modèle occidental. L’impérialisme économique d’un seul et minuscule royaume insulaire (l’Angleterre) tient actuellement le monde dans ses chaînes. Si une nation comptant 300 millions d’habitants se lançait dans pareille exploitation économique, le monde serait ravagé comme par une invasion de criquets » [1].

- Comment peut-on penser la sortie de crise économique, crise mondiale, sans prendre ce dernier phénomène en compte ? La « reprise » ne peut se résumer au retour de la croissance du PIB. Des indicateurs de durabilité de la croissance et du développement sont en ce sens urgemment nécessaires.

Mettre fin à la crise économique en résolvant la crise écologique

- Ceci est d’autant plus vrai que la prise en compte des impacts environnementaux des activités économiques serait…créatrice nette d’emplois. Pourquoi ? Car les économies d’énergie créent plus d’emplois que les filières fossile et nucléaire ; c’est vrai aussi bien pour les transports en commun en substitution à la voiture individuelle que pour l’isolation des bâtiments au détriment de la construction de nouvelles tours. Les chiffres diffèrent selon les études et les pays mais l’effet positif domine clairement. En France, une diminution de 30% des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2020 pourrait donner lieu à une création nette de 684 000 emplois en France [2].
- Inciter à la transition vers un modèle plus économe en énergie, c’est aussi montrer le chemin de la réduction du chômage, première marche d’une reprise économique. Seulement, si l’on recherche à tout prix la croissance immédiate du PIB, l’on n’est pas incité à s’engager dans cette transition. Se référer à la seule croissance du PIB pousse donc à la déraison…

De la nécessité à inciter à sauter le pas

- Mais pourquoi les décideurs politiques sont-ils donc obnubilés par le Saint-Graal PIB ? Parce qu’ils concourent tous à la même course déraisonnable. Alain Lipietz nous embarque alors dans l’univers de Nicholas Ray, évoquant la scène incroyable du film tout autant culte, La fureur de vivre, durant laquelle deux « pilotes » s’affrontent, lançant leurs bolides automobiles à toute vitesse vers un ravin ; le dernier sautant de la voiture étant le gagnant. Mais voilà, à ne pas vouloir perdre, on finit par mourir. Pendant que celui qui a sauté le premier est vivant. Et s’il avait réagi suffisamment tôt, le second aurait bondi tout de go et n’agoniserait pas au fond du ravin.
- Le problème avec le PIB est donc qu’il est la référence pour tous, et qu’il faut un premier candidat au saut, puis un deuxième, pour que la référence change. Changement de références, changement de modèle énergétique, repenser le modèle de production, la course à toute sorte de consommation … qui osera ? Lorsque l’on sait que le premier, le précurseur, se procure généralement un avantage inaltérable [3], on piétine d’impatience (ou d’agacement). En effet, il s’agit aujourd’hui de se préparer à être le leader des technologies de demain. Encore une fois, les indicateurs ont ici un rôle à jouer : pourquoi blâmer l’endettement, et plus généralement, les dépenses publiques, s’ils servent à financer la transition et la R&D ? Comment des dépenses de santé curatives peuvent-elles améliorer le PIB pendant que les préventives le détériorent ? Bref, comment est-ce possible que l’indicateur de référence nous mène droit dans le ravin ?

Niveau de vie, kézaco ?

Enfin, réagissant à un étudiant qui lui demandait dans quelle mesure les chinois, et, plus généralement, les habitants des Pays en Développement pourraient atteindre le même niveau de vie d’un européen, Alain Lipietz soulève un important problème des indicateurs, ou plus précisément, de ce qu’ils veulent mesurer : qu’est ce que le niveau de vie ? Effectivement, quel est le but à atteindre ? Le même PIB/habitant ? Une amélioration de l’IDH ? Le problème évoqué ici est celui de l’universalité de l’indicateur, qui plus est synthétique. Peut-on résumer le but d’une société par un chiffre ? Non. Les citoyens du village global ont-ils tous le même objectif, la même perception du niveau de vie, la même définition du bonheur ? Non. Le PIB doit être, et de toute urgence, dépassé, pour un indicateur déclinable, adaptable aux différences culturelles et de niveau de développement et qui permettrait d’évaluer une croissance durable permettant l’amélioration des conditions de vie de chaque acteur de la société, au sens où il l’entend.

[1] Young India, 20 December 1928

[2] http://wwf-ue-2008.org/download/23/

[3] Du fait des économies externes qui se créent alors.

COMMENTAIRES ( 2 )
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  • Anne Musson : Green Deal !

    Effectivement, très cher Alain, vous avez certainement vécu les chocs pétroliers des années 70 et non la crise des années 30, mais pour l’avoir si bien étudiée, c’est comme si vous y étiez ;-)
    Dans la famille Morin, il se peut qu’Hervé l’ait également vécue...

    Merci beaucoup pour ce sympathique commentaire !

    11.04 à 09h29 - Répondre - Alerter
  • Alain Lipietz : Green Deal !

    Excellent résumé, merci ! Une remarque cependant : quoiqu’ayant beaucoup vécu et beaucoup vu , non, je n’ai pas "vécu la crise des années 30" ;-)
    Je ne vois plus qu’Edgar Morin ou Edgar Pisani...
    Pour plus de détails, voir mon site : http://lipietz.net

    10.04 à 18h54 - Répondre - Alerter
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