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Gaz de schiste : pourquoi les estimations en France sont fausses

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Gaz de schiste : pourquoi les estimations en France sont fausses
(Crédit photo : cellular immunity - Flickr)
 
Combien de mètres cubes de gaz de schiste dorment sous nos pieds ? Un quart de moins que ce que l'on pensait, a annoncé lundi, l'Agence américaine de l'énergie. Mais pour les géologues français, aucune estimation ne tient la route.
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« La question d’une exploitation "écologique" des gaz de schiste ne se pose pas », a affirmé Philippe Martin, le ministre de l’Ecologie, dans une déclaration écrite à l’AFP. « Le bilan carbone des forages de gaz de schiste est très négatif, surtout si l’on prend en compte non seulement le CO2 issu du gaz extrait, mais aussi de la quantité de méthane qui fuit vers l’atmosphère lors de l’extraction. » Le ministre réagissait ainsi aux propos d’Arnaud Montebourg, qui a fait part mercredi 10 juillet de son souhait de confier l’exploitation de cette ressource à une compagnie publique si une solution non-polluante était mise au point.

La France vient de quitter le club très envié des eldorados potentiels de gaz de schiste. Au niveau mondial, les nouveaux résultats de l’Agence américaine de l’énergie (EIA), publiés le 10 juin, ont de quoi faire saliver les pétroliers : depuis le dernier rapport paru en 2011, les réserves présumées de cet « hydrocarbure non conventionnel » ont été revues à la hausse de 10 %. Elles atteignent désormais 345 000 milliards de barils, soit l’équivalent de la consommation mondiale pendant dix ans.

Mais la France, comme la Pologne, est restée sur le banc. Pire, elle dégringole au classement. Tandis qu’en 2011, l’Hexagone fanfaronnait en dixième place mondiale des pays dotés de sous-sols riches en gaz de schiste (avec un magot estimé à 5.100 milliards de mètres cubes), elle est aujourd’hui sortie du classement américain. Entre temps, près de 1200 milliards de m3, soit 24% des réserves précédemment estimées, semblent s’être évaporés. Sur certaines zones, la baisse est encore plus marquée. Ainsi, le bassin du Sud-est (un triangle situé grosso modo entre Montpellier, Nice et Grenoble) renfermerait dix fois moins de ressources que celles évaluées il y a deux ans. De tels écarts laissent les géologues dubitatifs.

« L’exercice est trop périlleux »

« Ces estimations sont grossières, on ne comprend pas sur quoi l’EIA les fonde », lance François Kalaydjian, directeur adjoint aux ressources énergétiques de l’Institut français du pétrole (IFP). Interrogée sur sa méthodologie, l’agence américaine se contente de renvoyer, par mail, vers six études françaises. La moitié de ces travaux proviennent justement de l’IFP. Pourtant François Kalaydjian et son équipe se sont toujours bien gardés d’avancer des chiffres. « Pour la simple raison que sans forage, l’exercice est trop périlleux » souligne le directeur adjoint. Or, en France depuis le 13 juillet 2011, la fracturation hydraulique, seule méthode de forage éprouvée pour l’instant, est interdite par la loi. Et à moins que ses impacts néfastes sur l’environnement ne soient un jour complétement maîtrisés, elle devrait le rester.

« Dans ces circonstances, il manque des données de base », confirme Michel Cathelineau, directeur de recherches en géologie et gestion des ressources au CNRS. Selon les chercheurs français, quand elle s’intéresse à la France, l’EIA ne peut se baser sur aucun élément concret. Restent les analogies et extrapolations. « Pour estimer la quantité de gaz de schiste il faut mesurer la surface occupée par les roches mères qui en produisent, estimer leur profondeur et, à partir d’échantillons, déterminer leur productivité », détaille le chercheur, « ensuite c’est simple comme une multiplication ». Mais en France, le calcul butte sur la troisième variable : la capacité d’une roche à produire du gaz. Celle-ci dépend de la quantité de matière organique présente, mais aussi de la température et de la pression auxquelles elle est soumise. « Or sans forage, impossible de connaître ces paramètres », souligne Michel Cathelineau. « Les experts de l’EIA considèrent uniquement la quantité de matière organique, c’est-à-dire l’ingrédient de base, ce qui n’est pas suffisant », renchérit François Kalaydjian.

Pas d’avancée majeure depuis deux ans

Autre inconnue : la propension de la roche à être fracturée. « Une roche mère est constituée de trois composants : des matières organiques, des matériaux hybrides et des minéraux », enseigne François Kalaydjian, avant de développer « en fonction des leurs proportions, elle sera plus ou moins facile à fracturer ». Or sans exploration des sous-sols, impossible de déterminer de quoi la roche, située à des centaines de mètres sous nos pieds, est composée. Dans le bassin parisien, des échantillons prélevés dans les années 90 donnent une petite idée. « Mais là encore, les interprétations que l’EIA en fait sont étranges », soupire M. Kalaydjian. Et si quelques incertitudes concernant le bassin du sud est ont été levées, les chercheurs ne font état d’aucune découverte.

Faute de permis de forer, en deux ans la France n’a donc pas fait d’avancée significative. Pour preuve, quatre des six études sur lesquelles se basent l’EIA pour établir ses nouvelles estimations sont veilles de plus de 10 ans. Alors comment expliquer que les conclusions divergent des chiffres précédents ? « Bizarrement entre 2011 et aujourd’hui, les périmètres étudiés ont changé », s’étonne François Kalaydjian à l’IFP, avant de poursuivre : « Certaines zones présentes dans l’étude il y a deux ans, ne sont même plus mentionnées, sans que l’on puisse se l’expliquer. »

Des explorations pour mettre fin au débat ?

Dans le milieu de la recherche française, la publications de l’EIA suscite donc peu d’émoi. « C’est un état des lieux très général, vu des États-Unis , relativise François Kalaydjian, on sait que la marge d’erreur est importante ». Pour les géologues français, si l’Hexagone veut savoir de quoi sont faits ses sous-sols, une seule solution : autoriser les forages d’exploration. Quid alors des risques pour l’environnement, tels que la pollution des nappes phréatiques ou les séismes ? « Il y a beaucoup de controverses sans que l’on sache vraiment de quoi on parle », souligne François Kalaydjian « si l’on réalise de vraies études, on constatera peut-être que les quantités de gaz de schiste sont trop faibles pour qu’il y ait lieu d’en parler. » Mais à l’inverse, si les découvertes font le bonheur des pétroliers ? Les écologistes craignent qu’une fois le premier feu vert donné et le potentiel économique du gaz de schiste dévoilé, la France n’ait plus le courage de maintenir sa fermeté.
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  • L’IFP, et plus généralement les géologues, ont bien raison d’être dubitatifs sur ces estimations. Il est vrai que sans forage on n’en sait pas assez sur le potentiel exploitable.
    Mais l’IFP, dans ses nombreuses déclarations depuis des mois, n’a pourtant jamais remis en cause les fantasmes du MEDEF ou d’autres lobbies sur les 5100 milliards (3900 maintenant ?) de mètres cubes qui dormiraient sous nos pieds - un véritable trésor, un eldorado qui va résoudre toutes nos crises ! Nous savons que les réserves polonaises ont été surestimées, que les forages de gaz de schiste (pas de pétrole) sont quasiment arrêtés aux USA, etc etc.
    Pour l’instant, on devine surtout des effets d’annonce à but spéculatif. Une société déclarant par exemple des réserves entre 10 et 290 milliards de m3. Admirons la marge d’erreur. C’est comme si un radar vous flashait entre 10 et 290 km/h, soit une médiane de 140 !

    14.06 à 18h05 - Répondre - Alerter
  • Conseil de lecture à ce sujet , voyez cette autre approche qui montre combien le "bénéfice" d’une exploitation de gaz de schiste est celui d’une rente pour l’exploitant sans plus et que tout l’environnement au sens large en pâti !
    Thomas Porcher, économiste, auteur de « Le mirage du gaz de schiste » aux éditions Max Milo, (L’exploitation des gaz de schiste aurait-elle obligatoirement des effets bénéfiques sur l’économie ? ).

    14.06 à 16h07 - Répondre - Alerter
  • Ce que j’évoque, concerne plutôt le mode raisonnement qui consiste à fermer les yeux face à ses erreurs et aux conséquences que sont les accumulation des déchets non gérés. Et comme vous le constatez, les chiffres ne sont que des cartes qu’on fausse selon ses intentions.
    Mais la réalité finit toujours par tout rattraper, multipliée en force.
    Vous n’êtes plus rien sans intelligence artificielle que vous avez vous même programmée à vos désirs de pouvoir et de manipulation sur autrui.
    Les crises ne sont que des résultats logiques mathématiques d’1 politique d’existence choisie

    14.06 à 15h55 - Répondre - Alerter
  • Ce que j’évoque, concerne plutôt le mode raisonnement qui consiste à fermer les yeux face à ses erreurs et aux conséquences que sont les accumulation des déchets non gérés.
    Quelque soient les chiffres affichés, la réalité finit toujours par rattraper, multipliée en force.
    Vous n’êtes plus rien sans intelligence artificielle que vous avez vous même programmée à vos désirs de pouvoir et de manipulation sur autrui.
    Les crises ne sont que des résultats logiques mathématiques d’1 politique d’existence choisie

    14.06 à 15h04 - Répondre - Alerter
  • Je suis sûre qu’en creusant dans tous les sites d’enfouissement des déchets, on réussira à trouver l’or des poubelles : tous les matériaux recyclables et autres produits de synthèse qui ont dû produire des réactions chimiques intéressantes pour la recherche concernant la division des molécules. D’1, commencer à assainir le monde du vivant qui se rabougrit en peau de chagrin. Et d’autre, 1 avancée considérable dans l’analyse des composites
    extraterrestres.
    SI si si, je ne plaisante pas, essayez donc, vous verrez.
    Inéquités + gaspillages = austérité, ne cherchez pas + loin !
    Et avoir créé l’euro pour concurrencer le dollar, tout en restant soumis aux diktats du lobbying à l’américaine, est-ce intelligent, ça ?! Et savoir gérer correctement sa m....,et ses erreurs au lieu de les cacher pour oublier qu’elles existent toujours, n’est-ce pas la meilleure preuve d’1 réelle évolution mentale de l’ingénieux primate vers l’humain ?

    14.06 à 08h55 - Répondre - Alerter
    • "Je suis sûre qu’en creusant dans tous les sites d’enfouissement des déchets, on réussira à trouver l’or des poubelles : tous les matériaux recyclables et autres produits de synthèse qui ont dû produire des réactions chimiques intéressantes pour la recherche concernant la division des molécules" Ah ah ah, vous venez de faire se plier en deux de rire au moins 3 générations de chimiste. Merci, grâce à votre commentaire j’ai bien rigolé ce matin.

      Sinon enfin un article intelligent sur le sujet. On est plus habitué aux médias qui reprennent bêtement les chiffres de l’AFP sans chercher à les comprendre. Bravo !

      14.06 à 09h14 - Répondre - Alerter
      • Ben moi, je rigole moins quand je vois les pseudo chimistes, capables de multiplier des poisons de + en + sophistiqués, sans rien réparer !
        Jouer à l’apprenti sorcier, pour se prendre pour 1 dieu quelconque ! Autant autrefois, la Terre était imposée en sa platitude, autant que maintenant Elle n’est plus que la servante de votre arrogance en votre unique existence ? Même les champs électro magnétiques multiplient leurs dérèglements, mais qu’est-ce la Création à côté des diplômes de la suffisance, n’est-ce pas ?

        14.06 à 09h51 - Répondre - Alerter
    • Attention, les chiffres prêtés à l’US EIA sont grossièrement faux (il s’agit de la conversion entre billion et milliard). En 2011, les chiffres des ressources techniquement récupérables étaient annoncées à 5100 milliards de m3, rapportés maintenant à 1200 milliards de m3 de moins.
      Les commentaires sont intéressants, mais la conclusion est lamentable, comme une idée fixe, l’exploration, l’exploration ...
      Au début de l’article, l’auteur parle de réserves (présumées). Il faut proscrire ce terme tant qu’il n’existe pas d’évaluation avec des mesures ... et donc cela n’a aucun sens de comparer ces chiffres avec des choses objectives comme la production mondiale d’huile ou la consommation française de gaz.

      14.06 à 11h10 - Répondre - Alerter
      • Le plus important dans ce débat c’est de savoir si nous voulons nous passer de ces ressources là et se tourner vers d’autres modes de consommation. Nous ne pouvons pas continuer à exploiter la terre à outrance sans se poser la question de l’avenir... mm si nous n’y sommes plus. Qu’importe tous les chiffres avancés pour une ressource bien limité (30 à 40 années). Sommes-nous capables de nous passer de cette société consommatrice "pousse bouton" !!! Pour ma part, je suis originaire des espaces qu’on voudrait exploiter, j’en connais la géologie et les risques, alors je combattrai citoyenne-ment avec mes moyens humains cette absurdité limitée et dangereuse pour cette terre qui ne m’appartient pas. Une grand-mère citoyenne du monde.

        16.06 à 19h50 - Répondre - Alerter
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