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31-08-2012
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Energies
Pologne

Gaz de schiste en Pologne : un pétard mouillé ?

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Gaz de schiste en Pologne : un pétard mouillé ?
(Crédit photo : Daniel*1977 - flickr)
 
On la voyait déjà comme un nouvel eldorado. Manqué. La Pologne ne semble pas avoir les ressources en gaz de schiste escomptées. Pourtant, le gouvernement continue de s'y engouffrer en rêvant à l'autonomie énergétique.
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Le Canadien Talisman Energy a annoncé le 8 mai qu’il abandonnait la partie en Pologne pour se concentrer sur les gisements américains ou asiatiques. La compagnie n’aurait pas trouvé assez de gaz en sous-sol pour assurer la rentabilité de ses opérations d’exploration. C’est la deuxième fois en un an qu’un opérateur retire ses billes, menaçant les chances pour la Pologne d’accéder à l’autonomie énergétique dont elle rêvait.

Le rêve, pour une nation, n’est plus ce qu’il était. Il n’a plus la couleur grise des quartiers d’affaires mais la teinte ocre des champs perfusés de puits. Il a toujours, rassurez-vous, l’odeur de l’argent. Et désormais celle, âcre et entêtante, des hydrocarbures de schiste. Grâce à leur exploitation, l’Oncle Sam est devenu le plus gros producteur de gaz au monde en 2009, faisant la nique à son vieil ennemi russe. Aujourd’hui, le gaz de schiste représente même 20% de la ressource américaine en gaz naturel selon le rapport d’un think tank britannique (contre 1% en 2000).

Fastoche, se dit la Pologne. Son rêve à elle prend forme un jour d’avril 2011 lorsque l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA) la hisse au rang d’eldorado. Pas moins de 5 300 milliards de mètres cubes de gaz de schiste dormiraient dans ses entrailles, assure-t-elle alors. Assez pour couvrir la consommation en gaz du pays pendant trois cent ans. Le sang des dirigeants ne fait qu’un tour. Des permis sont distribués à la pelle et les opérateurs affluent des quatre coins du planisphère. Moins d’un an plus tard, c’est la déconfiture. En mars 2012, les calculs de l’Institut national de géologie de Varsovie (PIG) et de l’US Geological Survey ramènent les estimations à une fourchette comprise entre 346 à 768 milliards de m3, soit au mieux 7 fois moins que prévu au plus optimiste.

Une trentaine de puits creusés

Comment l’EIA a-t-elle pu se tromper pareillement ? « Le bassin polonais paraissait avoir toutes les données géologiques pour abriter beaucoup de gaz de schiste. Mais la seule façon de savoir vraiment, c’est de faire des puits d’exploration », décrypte Roland Vially, géologue à l’Institut Français du pétrole (IFP). Déjà, une trentaine de puits ont été creusés. Il en faudra peut-être une centaine pour se faire une idée juste. Et après ? « Ce n’est pas parce qu’on trouve un mètre cube de gaz qu’on va pouvoir le récupérer, estime Roland Vially.

Le taux de récupération va diverger en fonction des caractéristiques géologiques de la zone, du prix du gaz sur les marchés ou des contraintes environnementales. « On ignore encore en Pologne si le gaz de schiste sera rentable ou pas », résume Piotr Spaczynski, associé d’un cabinet d’avocats conseillant les opérateurs sur le sujet. Le couperet est tombé pour Exxon Mobil. Le 18 juin, après avoir puisé deux puits sans trouver de ressources « en quantité commerciales », le pétrolier américain a retiré ses billes.

Rêve d’autonomie

Le gouvernement ne se décourage pas. « Leur stratégie a toujours été clairement pro-gaz. Ils veulent lancer la production dès 2014. Et même, maintenant que les prévisions ont été revues à la baisse, ils n’ont pas revu leur plan. On dirait qu’ils ne prennent pas en considération les rapports. Ils parlent d’autonomie, de construire des gazoducs pour exporter le gaz ou des usines flottantes de liquéfaction offshore. C’est ridicule », estime Andrzej Szczęśniak, expert polonais en gaz et pétrole.

Il faut dire que l’enjeu est de taille. Il s’agit pour la Pologne de gagner en autonomie. Car le pays consomme 14% de son énergie sous forme de gaz dont elle importe près des deux tiers de Russie. Et elle a déjà payé le prix de cette dépendance. En 2009, la Russie a coupé l’arrivée de gaz vers l’Ukraine, percluse de dettes, et privé d’énergie la Pologne et ses voisins. Varsovie voit aussi dans le gaz de schiste un moyen d’alléger sa facture en CO2. En effet, 93% de l’électricité consommée dans le pays vient de centrales à charbon, qui émettent deux fois plus que les centrales à gaz.

Bienvenue en Pologne : le pays où tout est moins cher

Du coup le pays continue de miser gros. Le gouvernement a d’ores et déjà distribué 120 permis d’exploration à Chevron, Talisman Energy Inc. (TLM), Total… Des permis « qui sont quasiment donnés gratuitement, estime Andrzej Szczęśniak. Ils se monnaient en dizaines de milliers de dollars. Bien en dessous des prix pratiqués aux Etats-Unis. » Et pour assurer le succès de sa campagne, le gouvernement s’appuie sur des conférences où l’on distribue des documents (voir l’exemple ci-dessous) vantant les mérites de la Pologne, royaume des investissements : des royalties bas, un taux faible d’imposition sur les sociétés (19% contre 30% au Royaume-Uni, 31% en Allemagne ou 34% en France).

L’écologie ? Et alors ?

Pas question de s’arrêter aux questions écologiques. En février, rapportait le Petit Journal, le ministre des Affaires étrangères, en visite à Paris, déclarait : « Les techniques de fracturation des roches sont utilisées depuis cinquante ans. (…) Les dernières études scientifiques que je connais, des Etats-Unis, du Canada ou de Grande-Bretagne, ne confirment pas la propagande sur les dégâts pour l’environnement. » « Il y a bien les ONG qui s’opposent à l’exploitation des gaz de schiste, mais leur discours n’est pas soutenu par le gouvernement ou les médias. C’est un mouvement plutôt faible en Pologne », abonde Andrzej Szczęśniak.

Avec la fonte soudaine des estimations polonaises, c’est la France qui se retrouve assise sur les plus grosses réserves de l’UE. Virtuellement en tout cas. Car faute de recherches poussées, ces estimations peuvent s’avérer aussi fantaisistes que les prévisions polonaises. « Les chiffres pour la France n’engagent que ceux qui les ont publiés, précise Roland Vially. Il y en a peut-être plus, peut-être moins. Je ne peux pas en dire plus. De toutes façons, depuis la loi du 11 juillet 2011 [1] , les choses sont en suspens… »

[1] La loi du 11 juillet 2011 interdit la fracturation hydraulique pour l’exploration et l’exploitation des gaz de schiste

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  • Rien n’est simple,
    vous avez peut être remarqué que le film de Matt Damon et Gus van Sant contre le gaz de schiste dans le paysage rural américain (Promised Land) est financé par Abu Dhabi, un des premiers producteurs mondiaux de gaz classique, qui redoute de perdre un gros client avec le gaz de roche à prix cassé.

    22.05 à 11h20 - Répondre - Alerter
  • La Pologne possède assez d’énergie fossile dans son sous sol pour s’assurer son indépendance énergétique pendant encore plusieurs siècles !

    Il faut bien sûr, que ses dirigeants aient une vision moderne de l’exploitation et de l’utilisation du charbon et lignite, utilisation propre de ce charbon pour les centrales électriques, c’est à dire la récupération du Co2 et des poussières, et recyclage des cendres et résidus.

    La Pologne a par ailleurs été généreusement dotée par la nature en ressources naturelles non renouvelables : outre le charbon et la lignite (1ère réserve Européenne), la Pologne fait partie des plus gros producteurs mondiaux de cuivre, zinc et plomb. Elle est bien placée aussi pour le production de souffre, sel gemme, ambre (or de la Baltique).
    La Pologne produit par ailleurs, du pétrole et du gaz naturel en moindre proportion.

    Quand à son potentiel d’énergie renouvelable, le potentiel de la Pologne en énergie géothermique est considéré comme le plus important d’Europe. L’exploitation géothermique est possible sur près d’1/3 de son territoire. La première centrale géothermique a été construite à Pyrzyce en 1997. Quand à l’éolien, solaire et biomasse, les études estiment que son potentiel est suffisamment intéressant pour qu’il mérite des investissements dans des moyens de production conséquente.

    Alors, pourquoi vouloir extraire du gaz de schiste dont les moyens d’extraction sont catastrophiques pour l’environnement.. ? sauf à vouloir faire que l’eau soit inflammable !!

    21.05 à 12h16 - Répondre - Alerter
  • Toutes les études montrent le désastre de l’exploitation du gaz de schiste, dépot à ciel ouvert et compagnie, une catastrophe...

    Marie, webmaster de mahjong gratuit

    13.09 à 22h27 - Répondre - Alerter
  • Les allemands n’ont pas besoin du nucléaire polonais, s’il existe un jour aux calendes grecques, ni du nucléaire français.

    D’ailleurs, l’Allemagne exporte plus d’électricité vers la France que l’inverse.

    Surtout en hiver. Heureusement que l’Allemagne aide un peu nos chauffages électriques.

    6.09 à 15h23 - Répondre - Alerter
  • Multiplier des petites unités locales de méthanisation des déchets organiques, suffiraient...mais ne rapportent rien aux groupes de monopole énergétique, n’est-ce pas ?
    Les politiques sont à leurs bottes, ainsi que leurs électorats. Même si les exemples de dégâts et catastrophes existent déjà, on continue à penser que ça n’arrive qu’aux autres, n’est-ce pas ?

    4.09 à 09h18 - Répondre - Alerter
  • Tant que les hommes politiques auront une vision à court-terme de la politique énergétique, assurant au mieux la réélection de leur parti, le choix des solutions "faciles" et "rapides" à mettre en oeuvre seront toujours privilégiées. Toujours au détriment de l’environnement et des populations futures qui devront supporter le poids de la lâcheté de leurs dirigeants, il est triste de constater qu’en dépit de l’urgence qu’il y a de mettre en place des solutions "durables", certains gouvernements préfèrent les chimères d’une énergie fossile polluante et déletère. Et qu’on ne nous dise pas qu’il s’agit d’un problème d’argent puisque ceux-ci sont prêts à jeter des millions par les fenêtres pour la mise en oeuvre de leurs projets. De nombreuses études ont été faites sur le gaz de schiste, notamment en Amérique du nord. Celles-ci, lorsqu’elles ne sont pas financées par des industiels du milieu, sont étonnament moins élogieuses...

    1er.09 à 12h14 - Répondre - Alerter
  • Je pense que leur tel acharnement à vouloir s’affranchir des ressources des autres les aveugles ou leur fait prendre des mauvaises décisions.
    D’autant que le gaz de schiste est très controversé dans de nombreux pays


    Collants hommes


    mon homme en collant chaussettes bas porte jartelles

    site

    collant pour l’homme car certains mecs ou gards adore porter un collant

    31.08 à 17h14 - Répondre - Alerter
  • les polonais vont se tourner vers le nucléaire pour alimenter leurs voisins allemands ?

    31.08 à 13h11 - Répondre - Alerter
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