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Faut-il réguler les prix des denrées alimentaires ?

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Faut-il réguler les prix des denrées alimentaires ?
(Crédit photo : Pam Brophy / Flickr)
 
Les prix alimentaires s'envolent. Est-ce la faute à la spéculation ? Et faut-il réguler les marchés pour limiter les risques de pénurie ? Explications.
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« Nous avons atteint la cote d’alerte », déclarait le 19 février, Robert Zoellick, président de la Banque mondiale. Dans la foulée, l’homme demandait aux dirigeants du G20 (sur le point de se rencontrer) de « considérer l’alimentation comme une priorité numéro 1 en 2011 ». Mais que faire ? Pour Nicolas Sarkozy, il faut réguler. Pour le Brésil et l’Argentine, surtout pas.

La faute à la spéculation ?

Les experts s’affrontent. Pour certains, la spéculation ne saurait être qu’une cause minime de l’envolée des prix, souligne le site internet de Challenges. La montée des prix serait avant tout due à un banal déséquilibre offre-demande. Car si la demande des matières premières grandit (en Chine notamment), la production est affectée depuis plusieurs mois par les aléas climatiques : sécheresse en Russie, inondations en Australie... « Les recherches académiques ne permettent pas de conclure à un lien systématique, significatif, entre la spéculation et la volatilité sur les marchés agricoles », précise Gunther Capelle-Blancard, économiste à la Sorbonne, sur le site de Challenges. A l’inverse, pour Bernard Munier, chef économiste du Mouvement pour une organisation mondiale de l’agriculture (Momagri), interrogé par Le Point, « il y a des évidences qui montrent qu’il y a eu une spéculation massive depuis 2004, sur le pétrole et les matières agricoles en particulier. » Pour le gouvernement français en tout cas, les spéculateurs sont bien la cible à dégommer. Lors du lancement de la présidence française du G20 le 24 janvier, Nicolas Sarkozy a affirmé que c’est bien « la spéculation [qui] crée les émeutes de la faim ».

Celle-ci se pratique notamment sur les marchés dérivés. Là, les investisseurs viennent chercher « des garanties sur les ors alimentaires que sont devenus le blé ou le maïs », souligne le site internet de Challenges. En clair, ils parient sur l’inexorable montée des cours. La preuve, selon le communiqué de la Commission européenne, les investisseurs institutionnels (sociétés d’investissement, fonds de pension, sociétés d’assurance...) placent toujours plus de billes sur les marchés des matières premières : 170 à 205 milliards d’euros en 2008, contre seulement 13 milliards en 2003. La crise a certes amorcé une brève décrue des investissements, qui ont finalement retrouvé leur niveau de 2008... en 2010.

Comment venir à bout de la spéculation (ou tenter de le faire) ?

- En créant une base de données mondiale, commune à tous les pays du globe, comme il en existe pour le pétrole. Elle permettra d’afficher en temps réel les stocks de matières premières agricoles disponibles, l’état de l’offre et de la demande. C’est la proposition de Nicolas Sarkozy, annoncée haut et fort à la veille du sommet du G20 les 17 et 18 février derniers.

« Une base de données serait une très bonne chose », juge sur le site Euractiv Johanne Buba du Centre d’analyse stratégique. Reste que sa mise en œuvre serait « compliquée ». « Sur les productions agricoles, il est très délicat d’avoir des données précises », affirme-t-elle. La Chine, par exemple, l’un des plus grands producteurs mondiaux de blé, n’est pas fervente partisane de la transparence. Pis, une telle démarche pourrait avoir des effets contre-productifs : « Si la Chine dit qu’elle a besoin d’importer, elle met le feu aux marchés », imagine Michel Portier, président d’Agritel, une société de conseil en investissements financier.

- Il faudrait aussi distinguer les opérateurs « spéculatifs » des « commerciaux » et limiter la latitude des premiers. Mais difficile de trier le bon grain de l’ivraie, les bons spéculateurs, qui apportent de la liquidité sur les marchés, des « mauvais » qui ne font que tirer des bénéfices, précise encore Euractiv.

- On pourrait enfin créer des « limites de position », suggère Challenges, c’est-à-dire « un système qui empêcherait un opérateur d’acheter de grandes quantités et d’épuiser ainsi l’offre ».

La régulation n’est pas pour demain

A l’issue du sommet du G20, les pays n’ont pas décidé d’appliquer une régulation immédiate sur les marchés. A peine, se sont-ils déclarés (dans leur communiqué) « impatients de discuter » les conclusions du Conseil de stabilité financière (FSB) sur ce point. Il faut dire que le Brésil ou l’Argentine, gros exportateurs de denrées alimentaires, sont fortement opposés à toute idée de régulation, souligne l’agence Merco Press. Pour le moment, les pays ont donc réitéré la « nécessité d’investissements de long terme dans le secteur agricole des pays en développement ».

Simples déclarations d’intention estime le Washington Post, qui rappelle que les pays riches rechignent encore à contribuer au Programme pour l’agriculture et la sécurité alimentaire mis en place au G20 de Pittsburg en 2009. Celui-ci visait à aider les pays pauvres à augmenter leur production agricole et à renforcer leurs stocks. Administré par la Banque mondiale, le programme n’aurait rassemblé qu’un milliard de dollars (700 000 euros) en promesses de dons, dont seulement le tiers a été bel et bien réglé. De nombreux pays européens, ainsi que la Chine ou le Brésil n’ont toujours pas contribué, rappelle le quotidien américain.

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