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Faire son miel des circuits courts

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Faire son miel des circuits courts
(Crédit photo : DR)
 
Ni club de voisins, ni Amap, ni réseau social… mais un peu tout ça à la fois et plus encore. « La Ruche qui dit oui » relie groupes de consommateurs et divers producteurs via un coordinateur et un site Internet.
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N° 25 - mai 2011

Nicolas Hulot s’explique

Raccourcir le chemin entre l’offre et la demande, court-circuiter la grande distribution, offrir des prix plus justes aux producteurs et plus intéressants aux consommateurs, vous connaissez la chanson ? Un nouveau couplet s’écrit ce printemps grâce à Guilhem Chéron, designer industriel de formation, cuisinier domestique de déformation et chef d’orchestre de la « Ruche qui dit oui ». Son concept hybride des formules déjà existantes : Amap, réunions Tupperware, points de vente collective, réseaux collaboratifs à la Facebook. « Une Ruche est un point relais installé chez un particulier permettant le commerce direct avec les producteurs », explique le pré-quadragénaire. Et bien plus encore. Concrètement ? Une personne ouvre chez elle une Ruche, en parle à ses amis, qui eux-mêmes en parlent à leurs amis, qui eux-mêmes… jusqu’à fédérer autour du projet une communauté d’une trentaine de consommateurs.

Commerce Nord-Nord

Pendant que l’idée s’ébruite, le responsable de la Ruche contacte les producteurs du coin et leur propose, chaque semaine, de vendre, via le site, un ou plusieurs produits à la communauté : du pain, des jus de fruits, des légumes, de la viande, du fromage… « Dans une Ruche, le producteur fixe tout, le prix de ses denrées et le minimum à atteindre pour qu’une livraison soit rentable, précise le designer. L’objectif est de revenir à un commerce plus juste. » Une sorte de commerce équitable Nord/Nord, en somme.

Un exemple ? Un fermier poste son offre sur le site de la Ruche qui dit oui : 40 kg de reblochon à 8,50 euros le kg. Le coordinateur de la Ruche envoie la proposition commerciale à tout son réseau. Jacqueline en commande 3 kg, Thomas, 500 g. Caroline fait l’impasse alors que Jean-Pierre, qui adore la tartiflette, en achète 6 kg. Si les 40 kg exigés sont précommandés, alors, la Ruche a dit oui. Les paiements en ligne deviennent possibles et la marchandise sera bientôt disponible chez le responsable local. Sinon, chou blanc. Chacun reste chez soi jusqu’à la prochaine fois.

Intérêts partagés

« J’ai décidé d’ouvrir une Ruche dans ma petite commune de 1 500 habitants, raconte Odile Mailhe, qui vit dans la banlieue de Toulouse. Fonctionnaire à temps partiel, je cherchais depuis longtemps un moyen de développer une activité plus en accord avec mes idées. » Odile devrait prochainement prendre le statut d’auto-entrepreneur pour pouvoir empocher ses honoraires de coordinatrice de Ruche. « Notre système prévoit de rémunérer les responsables à hauteur de 10 % des commandes, développe le fondateur, Guilhem Chéron. Pour que cela fonctionne, tout le monde doit avoir un intérêt à y participer. » Et 10 % supplémentaires sont ajoutés au prix du producteur pour financer tout le travail de coordination, d’appui aux Ruches, de contrôle, de facturation, etc.

Car la Ruche qui dit oui n’est pas un organisme philanthropique mais une start-up avec, au capital, le fonds d’investissement Kima Ventures, de Xavier Niel (1) et de Jérémie Berrebi, ainsi que Marc Simoncini et Christophe Duhamel, respectivement fondateurs de Meetic et de Marmiton. « Ce côté business fait hurler certaines personnes, s’énerve Laurence Ladreyt, qui s’apprête à ouvrir deux Ruches du côté de Mâcon, en Saône-et-Loire. C’est désolant. J’ai longtemps été bénévole dans le secteur associatif. Il y avait, à chaque fois, cinq actifs pour 50 consommateurs. Il faut sortir de ce schéma. Si l’on passe du temps pour la collectivité, on a le droit d’être rémunéré. D’autant que les producteurs comme les consommateurs restent gagnants. »

« Processus très expérimental »

Pour Guilhem Chéron, ces attaques sont inévitables. Lui ne prétend d’ailleurs pas avoir trouvé le système idéal et la Ruche reste, aux yeux de son fondateur, une expérience, un nouveau moyen de sensibiliser le public. « On atteindra l’équilibre financier à 300 Ruches. On ne sait pas si on va y arriver. Tout le processus reste très expérimental et repose sur la confiance. » Pour l’ex-designer, il s’agit de réhabiliter le commerce entre voisins et de recréer de la convivialité. « De la crise est née la nécessité de s’assembler et, de cette nécessité, le plaisir de s’assembler. Les communautés d’intérêts deviennent, au fil du temps, des communautés de liens. »

Aujourd’hui, une trentaine de Ruches ont commencé à démarcher pour de vrai depuis la récente ouverture de la plateforme informatique du site. Au Fauga, en Haute-Garonne, Odile Mailhe est prête à remplir ses paniers. « L’avantage de la Ruche, c’est que l’on ne prend aucun risque. Il n’y a pas de transfert d’argent. Au pire, ma Ruche ne dira jamais oui. Dans ce cas, j’aurai seulement perdu du temps. » Mais pas du lien. —

(1) Actionnaire de Terra Economica SAS, société éditrice de « Terra eco ».

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