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28-10-2015
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Et demain, où va-t-on enterrer nos morts ?

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Et demain, où va-t-on enterrer nos morts ?
(Vue aérienne du cimetière du Montparnasse, à Paris. Crédit photo : Charles Platiau / Reuters)
 
Alors qu’une partie des cimetières de l’Hexagone sont saturés, les villes cherchent de nouvelles places pour nos défunts. A la verticale, en réattribuant des concessions abandonnées… l’idée est aussi de se réapproprier ces espaces.
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N° 72 - novembre 2015

Comment le capitalisme va croquer l’économie du partage

Brassens, dans sa Supplique pour être enterré à la plage de Sète, chantait : « Mon caveau de famille, hélas ! n’est pas tout neuf. Vulgairement parlant, il est plein comme un œuf. » C’est bien le problème : une partie des cimetières français sont saturés, ou proches de l’être. Désormais, pour être enterré dans Paris, il faut s’inscrire sur une liste d’attente. « Seule une dizaine de places par mois se libèrent au Père-Lachaise, plus grand cimetière de la capitale et point de crispation le plus important », confirme Pénélope Komitès, adjointe en charge des espaces verts, de la nature, de la biodiversité et des affaires funéraires de la capitale. Avec 571 000 décès dans l’Hexagone en 2012, et bien plus encore dans les années à venir quand les papy-boomers passeront l’arme à gauche (680 000 décès prévus en 2030), les défunts prennent de la place ! Or rares sont les terrains des métropoles encore disponibles, surtout pour des lieux qui coûtent mais ne rapportent rien.  En Angleterre, une enquête de 2013 a révélé que la moitié des cimetières arrivera à saturation dans les vingt ans à venir.

A Hong Kong, les cendres sont stockées dans des sacs au sein de maisons funéraires en attendant qu’un emplacement se libère dans un cimetière. A Singapour, 50 000 urnes cinéraires sont gardées dans un immense bâtiment géré par une entreprise privée. Quand elles souhaitent se recueillir, les familles se rendent dans une salle avec d’une carte électronique dont la puce correspond à celle de l’urne du défunt. Quelques minutes plus tard, le vase cinéraire apparaît. Au Caire (Egypte), dans le quartier de la Cité des morts, un demi-million de vivants se sont même installés parmi les tombes…  En France, on n’en est pas encore là. Il n’empêche, faire de la place aux morts est un casse-tête : les maires, chargés de la gestion des cimetières, ont l’obligation d’autoriser toute demande d’inhumation portant sur un « terrain commun » (aussi parfois nommé le « carré des indigents »). Voilà qui en fait, potentiellement, du monde à loger ! Face à cette situation, fini le bail pour l’éternité : les concessions sont limitées de une à cinq décennies (avec possibilité de renouvellement) et les mairies n’hésitent plus à réattribuer les concessions abandonnées ou échues.

« Il y a encore vingt ans, les communes hésitaient à vider les tombes mais plus maintenant », confirme François Michaud Nérard, auteur et directeur général des services funéraires de Paris. « Pour répondre aux besoins d’emplacements, il arrive qu’on transforme les chapelles des cimetières en columbariums », abonde Pénélope Komitès. Les corps peuvent aussi être exhumés à la demande de la famille afin de libérer des espaces pour les nouveaux arrivants. Les ossements sont alors rassemblés dans une boîte qui regagne ensuite le caveau – ou l’ossuaire – ou est brûlée. Cette « réduction des corps » était jusqu’ici envisageable – et autorisée – cinq ans après le décès. Mais les nombreuses substances chimiques que nous ingérons et les litres de formol que les thanatopracteurs injectent à un tiers des défunts ralentissent la dégradation des corps, en plus de polluer la terre. Ainsi, « dans certaines communes, les maires n’autorisent plus d’opération de réduction des corps moins de huit à dix ans après le décès », explique Michel Kawnik, président de l’Association française d’information funéraire – indépendante des entreprises de pompes funèbres. La rotation est donc moins rapide.

Boom de la crémation

Et pourtant, il faut bien trouver de la place ! Une option est de s’unir aux municipalités voisines pour créer un cimetière sur le territoire de l’intercommunalité. Ou, comme Paris, d’installer des cimetières extra-muros. Quitte à ce que les vivants, de plus en plus éclatés géographiquement, doivent faire davantage de kilomètres pour se recueillir sur la tombe de leurs proches. Une enquête du Credoc publiée en octobre 2014 montre que 79 % des 1 029 sondés de 40 ans et plus se rendent encore au moins une fois par an au cimetière (contre 81 % en 2005) mais qu’ils ne sont que 15 % à y aller une fois par mois. Dans le même temps, seuls 28 % déclarent s’occuper de l’entretien d’un monument funéraire contre 40 % neuf ans plus tôt.  Cette tendance peut aussi s’expliquer par le boom de la crémation. Dans les années 1970, en France, elle était pratiquée sur moins de 1 % des personnes décédées. Aujourd’hui, presqu’un tiers des défunts sont réduits en cendres. Les raisons ?

Le coût est inférieur de 30 % à 40 % à celui d’une inhumation, les vivants veulent que leur corps soit brûlé pour éviter des contraintes à leurs proches (déplacements au cimetière, entretien de la tombe, etc.), l’idée même de pourrissement du corps effraie, celle de reposer dans des « cimetières pavillonnaires » dont toutes les sépultures se ressemblent ne séduit pas… Ainsi, la crémation pourrait résoudre l’épineux problème des places. Car si les particuliers ne sont plus autorisés, depuis la loi de décembre 2008, à embarquer les reliques de leurs proches pour les conserver sur la cheminée ou les enterrer sur un terrain privé, il est toujours possible d’épandre les cendres – dans la nature, pas sur la voie publique –, de les conserver dans un columbarium, voire de les enterrer dans la concession familiale. « On peut mettre 30 urnes cinéraires à la place d’un cercueil », fait valoir Michel Kawnik.

Autre solution, qui sera peut-être envisagée dans le futur : les cimetières verticaux. Nous dormons bien les uns au-dessus des autres, alors pourquoi pas reposer éternellement dans des immeubles ? Il s’en construit de plus en plus, au Japon, en Israël ou au Mexique. Le plus haut se situe dans le port de Santos, au Brésil : un bâtiment de 32 étages permet d’enterrer jusqu’à 180 000 morts. Un projet semblable avait été proposé à Paris en 2011, mais il a été retoqué. La norme, en France, reste l’inhumation sous le niveau du sol. Les caveaux construits au-dessus n’y ont pas d’existence légale. Ils peuvent cependant être autorisés par les maires quand le sol est trop rocheux, trop humide, etc. C’est ainsi qu’a été érigée, à Marseille, une « cathédrale du silence » de huit étages « représentant les ensembles HLM de banlieue », peut-on lire sur le site de la ville. Elle peut loger 15 000 tombes. « Mais, au début, il y a eu des problèmes d’odeurs, explique Michel Kawnik. Et les familles préfèrent des tombes plus traditionnelles. »

Des ilôts de biodiversité en ville

Mais la question de l’avenir des cimetières en ville ne se pose pas qu’en termes fonciers. Comment s’assurer que ces lieux de mémoire restent vivants quand de nombreux facteurs auraient tendance à en éloigner les visiteurs ? « A Copenhague (Danemark, ndlr), où 93 % des défunts sont incinérés, les cimetières sont morts », témoigne François Michaud Nérard. Une étude menée en 2010 par l’Atelier parisien d’urbanisme, sur 109 cimetières franciliens, relevait toutefois qu’ils sont, pour 60 % d’entre eux, aussi des lieux de sociabilité : on vient s’y promener, y déjeuner, on les traverse au lieu de les contourner… Bref, ils sont ouverts sur la ville. A Lille, des murs ajourés ont même été installés autour de certains cimetières.  Un peu partout en France, on remplace le bitume par des gravillons, on interdit l’emploi de phytosanitaires, on crée des espaces arborés, on installe des bancs. Résultat : la faune et la flore reviennent. Les cimetières deviennent des îlots de biodiversité en ville, où la température est, en cas de forte chaleur, de 3 à 4 degrés moindre qu’autour des espaces goudronnés. Ainsi, à défaut de pouvoir multiplier les parcs, les grandes villes reverdissent les cimetières et travaillent « à leur intégration dans la vie de la cité », indique Pénélope Komitès. L’adjointe s’est fixé comme prochain chantier de « trouver comment faire pour que les citadins s’approprient ces espaces, y développent de nouveaux usages ». Cela passera notamment par la création d’une application pour smartphone permettant de consulter un plan, de trouver la tombe recherchée, voire d’identifier les pelouses sur lesquelles pique-niquer.

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