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29-12-2014
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Agriculture
Argentine
Portrait

En Argentine, Sofía Gática bat les campagnes contre Monsanto

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En Argentine, Sofía Gática bat les campagnes contre Monsanto
(Crédit photo : Nicolas Pousthomis - Sub.coop - Picturetank)
 
Cette mère de famille de 47 ans se bat contre le géant multinational des OGM depuis plus de quinze ans. En bloquant des chantiers, en comptabilisant les malades et les morts dus aux herbicides.
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ÉCOLOGIE SOCIÉTÉ ÉCONOMIE
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N° 64 - janvier-février 2015

Les nouveaux résistants

Sofía Gática n’avait rien d’une activiste. Sans diplôme, sans formation, sans expérience militante, cette femme menue de 47 ans n’était pas destinée à devenir le visage de la lutte contre la multinationale Monsanto. Et pourtant. Lorsqu’elle est enfant, ses parents, paysans, sont chassés de leur ferme de San Luis, dans le centre-ouest de l’Argentine, par la construction d’un barrage. A Córdoba, où la famille trouve refuge, son père travaille dans la construction. « Il ne s’y est jamais fait, se souvient-elle. Ne pas pouvoir subvenir aux besoins de ses douze enfants l’a abattu. Et il est mort de chagrin. »

Après le bac, Sofía se marie et emménage dans le quartier d’Ituzaingó Anexo, dans le sud-est de Córdoba, là où finit la ville et commencent les cultures : « De la luzerne, des vaches, des vergers. » Vers 1996, tout est arraché, du soja est planté. Des avionnettes d’épandage survolent les champs, à la lisière des habitations, où son fils aîné joue avec ses copains. Tout bascule en 1997. Sofía donne naissance à une petite fille, Nandi, qui est emportée en trois jours par une malformation des reins. La jeune mère ne s’en remettra pas.

Tumeurs et fausses couches

Plus tard, son fils aîné tombe malade. Et il y a ces femmes qui passent avec des foulards sur la tête, ces enfants avec des masques sur le nez. Sofía interroge ses voisines. « Je me suis rendu compte que, dans ma rue, nous étions sept femmes à avoir récupéré nos bébés dans de petits cercueils blancs. » Elle fait du porte-à-porte, recense les maladies : tumeurs, lupus (maladie de la peau), purpura (taches cutanées), fausses couches. Relève 70 cas de cancers sur un seul pâté de maisons, celui qui borde les champs. Et 16 cas de leucémie, pour un quartier de 5 000 habitants. En 2002, avec d’autres mères de famille, elle crée l’association Madres de Ituzaingó Anexo (Mères d’Ituzaingó Anexo). Elles remettent un rapport au ministère de la Santé. Sans réponse. Elles comprennent seules que ce sont les épandages de Roundup, cet herbicide de Monsanto, qui sont en cause. Elles se plantent devant les machines, affrontent les agriculteurs qui brandissent des machettes. Rien n’arrête Sofía. Pas même les menaces de mort.

Sous la pression de leur association, de nouvelles études sont effectuées. Les résultats sont formels : le taux de mortalité par cancer est de 33%, on retrouve jusqu’à six produits agrochimiques dans le sang de 80% des enfants (1). En 2009, l’épandage aérien est enfin interdit près des habitations. En 2012, un producteur de soja et un épandeur sont condamnés à trois ans de prison avec sursis. Un verdict historique. Mais qui ne satisfait pas Sofía. « Le soja transgénique continue d’être le modèle sur lequel repose le pays. C’est une vraie réforme agraire dont nous avons besoin. » Près de 80% des terres argentines cultivées sont occupées par des OGM. La lutte ne fait que commencer pour Sofía, mise sur le devant de la scène par l’obtention du prix Goldman pour l’environnement en 2012, dont elle assure avoir partagé les gains avec ses compagnes de lutte et les malades du quartier, qu’elle et sa famille ont quitté il y a deux ans. « Elle ment ! », s’étrangle Marcela Ferreyra. Cette autre mère l’accuse d’avoir empoché l’intégralité des 150 000 dollars (122 000 euros), « qui auraient dû être collectifs ». « Le problème, explique Vanesa Sartori, du groupe Malvinas Lucha por la Vida (Malvinas lutte pour la vie), est la tendance à ramener une lutte communautaire à une seule personne. » De fait, Sofía devient le visage du combat. Elle est partout, tout le temps. Quand, en 2012, la présidente, Cristina Kirchner, annonce l’installation par Monsanto d’une des plus grandes usines au monde de traitement de semences de maïs MON810 – interdit en France – dans la petite ville de Malvinas Argentinas, à une vingtaine de kilomètres de Córdoba, son sang ne fait qu’un tour : « Il faut empêcher ça ! » Les habitants de la ville ne l’ont pas attendue. Réunis en assemblée, ils organisent réunions, ateliers, manifestations. Sofía se joint à eux.

Institutrice à lunettes

Le 19 septembre 2013, un campement est installé pour bloquer l’accès au chantier. Par sept fois, la police intervient. Par sept fois, elle doit reculer. Là encore, c’est Sofía que l’on voit sur les écrans. Elle se couche devant les roues des camions. Les policiers la traînent par terre. Elle se débat, reçoit des coups, se libère, y retourne en rampant. Ce n’est que parce qu’elle s’évanouit qu’ils viennent à bout de cette femme si frêle d’apparence, qui se dit prête à mourir pour sa cause. « Seule une balle pourra freiner la lutte ! », lance-t-elle sur scène lors d’un spectacle de Manu Chao. Les menaces de mort ont d’ailleurs repris. Mais Monsanto est toujours bloqué.

S’attendait-elle, Sofía, avec sa vie de mère au foyer, ses chemisiers rentrés dans son jean et son air d’institutrice à lunettes, à être invitée sur les plateaux télé ou à Bruxelles pour demander une réforme de la Politique agricole commune ? « Je n’aurais surtout jamais imaginé devoir faire le travail de l’Etat, celui de la défense des citoyens, souligne-t-elle. Aujourd’hui, c’est devenu toute ma vie. Je n’ai plus rien à perdre : on m’a déjà tout pris. »

Sofía Gática en dates

1997 Sa fille de trois jours décède

2002 Crée son association à Córdoba

2012 Prix Goldman pour l’environnement

L’impact

Epandage aérien interdit près des habitations

122 000 euros remis par le prix Goldman

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