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19-03-2013
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Finance
Europe
France
Décryptage

Effet papillon : le mini-sauvetage de Chypre peut-il faire vaciller l’euro ?

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Effet papillon : le mini-sauvetage de Chypre peut-il faire vaciller l'euro ?
(Crédit photo : Loungerie - flickr)
 
L’Europe prévoit pour Chypre des mesures exceptionnelles, notamment de ponctionner directement les comptes en banques. Une solution locale aux conséquences continentales.
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Mise à jour lundi 25 mars 2013 : Après plusieurs jours (et nuits) de négociation, un nouveau plan a été adopté pour l’île en difficulté. Seuls les comptes détenant plus de 100 000 euros seront taxés et ils le seront beaucoup plus que prévu, si bien que certains gros déposants pourraient perdre la moitié de leur mise. Le secteur bancaire sera lui aussi frappé, avec la liquidation de la banque Laïki et la recapitalisation de Bank of Cyprus. Les dirigeants européens et chypriotes ont donc renoncé à taxer les petits déposants, une petite mesure aux conséquences potentiellement énormes comme nous vous l’expliquions ci-dessous. Mais de nombreuses entreprises risquent de perdre leurs dépôts bancaires et de mettre la clé sous la porte, et l’île devra reconstruire son économie, jusque-là basée en quasi totalité sur son secteur bancaire et son statut de paradis fiscal.

Et si c’est à Chypre, paradis fiscal, petit poucet économique de l’Union européenne et Etat malade de ses banques, que la zone euro recevait son coup de grâce ? Depuis samedi, et le début des négociations entre la troïka (le petit nom donné à l’Union européenne (UE), la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) quand ils se réunissent pour décider des plans d’aide aux pays européens en difficulté) et le gouvernement chypriote, de nombreux observateurs n’hésitent plus à l’évoquer.

Non pas que le plan d’aide puisse ruiner l’Europe. L’économie chypriote représente 0,2% du PIB de la zone euro. Et Chypre n’a besoin « que » de 17 milliards d’euros. Autant que le PIB du pays mais bien moins que les plans d’aide à la Grèce, à l’Espagne ou à l’Irlande qui se chiffrent en centaines de milliards d’euros. Non, cette fois, le principal risque vient d’une décision prise par la troïka elle-même. Elle a recommandé à Chypre de contribuer à son propre plan d’aide, à hauteur de 5,8 milliards d’euros, en taxant l’argent déposé dans ses banques. Ce que le gouvernement a accepté en proposant une taxe de 6,75% pour les montants inférieurs à 100 000 euros, et de 9,9% au-delà. En clair, Monsieur Tout le Monde, qui dispose de 10 000 euros sur son compte, va perdre 675 euros. Monsieur plus riche que Tout le Monde, qui dispose de 200 000 euros, perdra lui 16 650 euros.

Sauf que la mesure n’avait quasiment jamais été prise en temps de paix, et bafoue un interdit. En Europe, les dépôts bancaires sont garantis jusqu’à 100 000 euros. Quoi qu’il arrive, et même si votre banque fait faillite, vos ronds seront préservés jusqu’à ce seuil. Pour mémoire, ce seuil a été rehaussé en 2008, pour redonner confiance dans le système bancaire européen après la ruée bancaire qu’a connue l’Angleterre au moment de la faillite de la banque Northern Rock.

« L’Europe a contourné cette règle en taxant les petits déposants, qui ne devraient être frappés qu’en dernier recours. C’est scandaleux car, contrairement aux riches Russes, les Chypriotes n’ont pas choisi de déposer leur argent dans ces banques », juge Olena Havrylchyk, économiste au Cepii (Centre d’études prospectives et d’informations internationales).

Frapper les petits livrets

Pourquoi l’Europe soutient-elle cette décision ? Parce que Chypre est un paradis fiscal où de nombreux étrangers – en majorité russes – viennent déposer des fonds pas toujours propres. La moitié des déposants disposant de plus de 100 000 euros à Chypre seraient russes. « Nous avons publié en février une étude montrant que les liens financiers entre Chypre et la Russie concernent les régions russes où la corruption est la plus forte », indique Olena Havrylchyk. De nombreux pays européens dont l’Allemagne et les Pays-Bas étaient d’accord pour aider les banques chypriotes - leur faillite ruinerait l’économie chypriote et aurait des conséquences sur le système bancaire européen - mais rechignaient à aider indirectement les détenteurs de l’argent sale déposé dans ces mêmes banques. Ils ont donc demandé à Chypre d’aller chercher l’argent là où il est : sur les comptes en banque.

Pourquoi le gouvernement a-t-il choisi de taxer aussi les petits épargnants ? De nombreux économistes auraient préféré un scénario à l’islandaise, où seuls les déposants étrangers auraient été taxés. N’auraient été « punis » que les très riches qui ont choisi de placer leur argent dans ce paradis fiscal. Problème, Chypre aurait dû là ponctionner près d’un quart de la fortune des riches étrangers placée dans ses banques. De quoi les faire partir dans d’autres paradis fiscaux mais aussi fâcher Moscou et risquer de ne plus recevoir son aide.

La mesure ressemble à un impôt très facile à saisir, et (un peu) progressif. C’est ce que pense Stéphane Soumier, rédacteur en chef de BFM Business, qui rappelle que les autres plans d’aide ont beaucoup frappé les plus pauvres, en engageant l’Europe dans une course à l’austérité.

« Il y a tout de même une forme d’injustice puisqu’on frappe le citoyen chypriote qui n’a pas pris de risque, qui était déjà touché par la crise et qui a voté pour un nouveau président en faveur de l’austérité. Mais en plus, on sape la confiance dans le système bancaire, alors qu’on dit depuis des mois que l’austérité sert justement à rétablir la confiance », remarque Alexandre Delaigue, professeur d’économie à Saint-Cyr et blogueur « éconoclaste ».

Effet de contagion ?

L’économiste n’hésite pas à lire dans ce compromis la fin de la monnaie unique européenne : « Avec cette règle, on vient de dire qu’un euro déposé à Chypre ne vaut pas autant qu’un euro déposé en Allemagne. On crée un précédent et on se dit que l’euro n’est pas une monnaie unique mais un système où des monnaies différentes s’échangent avec une parité fixe. » L’économiste s’inquiète des conséquences pour les autres pays européens : « L’épargnant vivant dans un autre pays européen en difficulté doit commencer à se dire qu’il ferait mieux de payer plus par cash, et à se demander si son argent ne serait pas mieux au Luxembourg ou en Suisse. La seule chose qui empêche des mouvements massifs de ce genre, c’est que les systèmes bancaires européens ne sont pas du tout intégrés et qu’il est difficile de bouger des fonds. Mais cela va renforcer des déséquilibres déjà inquiétants. »

Depuis lundi soir, plusieurs dirigeants européens, dont le ministre des Finances Pierre Moscovici, appellent à faire machine arrière. Nicosie plancherait ce mardi sur une solution intermédiaire, où les dépôts de moins de 20 000 euros seraient épargnés. Mais le mal est peut-être déjà fait, puisque chacun sait maintenant que les dépôts ne sont plus intouchables. Réponse à votre guichet de banque, à la prochaine crise européenne.

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