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19-12-2013
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Transports
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EasyJet invente la génération qui s’envole et qui s’en fout

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EasyJet invente la génération qui s'envole et qui s'en fout
(Crédit photo : DR)
 
Ils batifolent dans les vagues ou prennent le soleil en toute insouciance. Dans sa dernière campagne, la compagnie aérienne britannique voit ses clients comme de doux décérébrés qui ne pensent qu’à buller. Le changement climatique ? On verra ça après les vacances.
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N° 54 - janvier-février 2014

Toilettes : l’invention du XXIe siècle

Vous en êtes, vous, de la « génération EasyJet » ? La compagnie aérienne britannique aimerait qu’on ait le sentiment d’appartenir à une chouette bande. Sa campagne, lancée en septembre 2013 dans dix pays européens, présente un beau bébé « séducteur de mamies », un môme en plein plongeon dans une piscine, qui se demande « C’est quoi la vie sans télé déjà ? », et deux très jeunes gens qui, batifolant dans les vagues, se montrent « accros aux antidépresseurs naturels ». « This is generation EasyJet » (« C’est la génération EasyJet »), affirme le slogan. Il s’agit d’« une nouvelle catégorie de voyageurs née avec la compagnie aérienne low cost », précise le magazine Stratégies. Elle voyage pas cher et sans trop se poser de questions. On pourrait bien en être, sauf que des questions, on s’en pose.

Stratégie

EasyJet apparaît en grande forme. Son chiffre d’affaires de l’exercice qui s’est achevé à la fin du mois de septembre a grimpé de plus de 10 % par rapport au précédent, pour atteindre 4,258 milliards de livres (plus de 5 milliards d’euros). Elle est ainsi devenue la compagnie aérienne la plus rentable d’Europe. Et elle aime clamer qu’elle est aussi la plus écolo. « Plus verts. Nous émettons 22 % de moins de carbone par passager et par kilomètre que les compagnies traditionnelles qui volent sur les mêmes routes et avec les mêmes avions que nous », peut-on lire sur la page d’accueil de son site « corporate ». EasyJet jure rechercher « l’excellence dans les activités environnementales, sociales et éthiques ».

Cas d’école

Ce n’est pourtant pas ce que pensent les pilotes français de la compagnie, en grève à la suite de la publication des derniers résultats. « Depuis deux ans, nous réclamons des améliorations des conditions de travail », se plaignait un représentant syndical dans les colonnes du Monde, le 25 novembre dernier (1). Les pilotes affirment travailler plus et être payés moins que les professionnels des autres compagnies.

D’autres preuves que l’excellence sociale et éthique a des airs de mirage ? En 2010, la compagnie était condamnée en France pour travail dissimulé. Elle avait employé 170 salariés sous statut britannique à l’aéroport d’Orly. Nouvelle condamnation, en 2012, pour avoir refusé l’accès d’un avion à trois personnes handicapées non accompagnées. Et en septembre dernier, EasyJet se distinguait en refusant l’accès à son avion à un jeune homme sous prétexte qu’il venait de critiquer ainsi la compagnie sur Twitter : « Le vol est retardé de 90 minutes. Un passager va rater sa correspondance et EasyJet refuse de le rembourser. » Bref, pour appartenir à la chouette génération EasyJet, mieux vaut ne pas trop la ramener.

Et cette com « plus verte », est-elle justifiée ? En 2004, l’association Agir pour l’environnement jugeait le slogan « Changeons d’air » de la compagnie « irresponsable » et « cynique ». En 2008, l’Autorité de régulation de la publicité britannique (ASA) épinglait une campagne d’EasyJet qui affirmait émettre 22 % de CO2 de moins que les autres. EasyJet a depuis partiellement répondu à ces critiques, en précisant que le calcul était fait « par passager et par kilomètre » en comparaison avec les « compagnies traditionnelles »… mais sans publier aucune source pour en donner la preuve ! Passons rapidement sur les autres coups de règle sur les doigts donnés par l’ASA, portant notamment sur un slogan de 2009 qui affirmait que voyager avec EasyJet avait un impact carbone moindre qu’avec une voiture hybride Toyota Prius…

Verdict

Pour justifier ses allégations vertes, la compagnie avance qu’elle ne fait voler que des avions dernier cri, qui consomment moins de carburant. Elle affirme dans son rapport que les émissions par passager sont passées de 110 g/km en 2003 à 85,48 g/km en 2012. Tant mieux. Mais pour appuyer ces affirmations, on aimerait lire un bilan carbone d’un organisme indépendant. Et quand on appartient à une industrie responsable de 3 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales, mieux vaudrait peut-être éviter de frimer sur le thème des « antidépresseurs naturels ». Car la génération EasyJet est aussi celle qui se prendra en pleine face les conséquences du changement climatique. —

(1) A lire ici


Sébastien Ravut, fondateur de l’agence Les Marchés citoyens

« EasyJet innove en parlant aux jeunes de voyages et de plaisirs simples. C’est bien vu et cohérent avec l’offre. Mais sur la responsabilité sociétale, j’ai deux remarques. D’abord, il y a ce message récurrent, finalement démoralisant : le présent est triste, le bonheur est ailleurs. Ensuite, voyager low cost serait bon pour la santé. Sans doute à court terme, mais la croissance des vols pour de courts séjours nuit gravement à l’environnement futur de la génération ciblée… »

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  • Merci à Emmanuelle pour avoir épinglé EJ, mais ne soyons pas naïfs, EJ vend sa soupe avec son marketing, c’est tout.
    Si on pouvait faire confiance au marketing en économie capitaliste globalisée, ça se saurait !
    C’est à chacun de voyager en âme et conscience, et de compenser après : Il est certain que l’avion (surtout sur de grande distance) et la voiture, ça fait mal au bilan carbone !
    Et puis les vacances ce n’est pas un "produit" à "consommer", ce doit être une expérience à vivre, et ça on est tous d’accord je pense.

    16.01 à 23h26 - Répondre - Alerter
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