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11-01-2012
Mots clés
Société
France
Etats-Unis

Dix ans après, l’enfer de Guantanamo reste ouvert

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Dix ans après, l'enfer de Guantanamo reste ouvert
(Crédit photo : Futureatlas.com - flickr )
 
Symbole de la torture et des abus commis au nom de la guerre contre le terrorisme, la prison est devenue une « tache salissant la réputation de l'Amérique ».
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C’était deux semaines après son ouverture par l’administration Bush, en janvier 2002. Le Pentagone décide de montrer au monde que son nouveau camp de détention, monté en quelques semaines après les attentats du 11 septembre, était bien le « lieu le moins pire » pour enfermer « le pire du pire » des (présumés) « terroristes », selon les termes du secrétaire de la Défense d’alors, Donald Rumsfeld.

Le journaliste Julian Borger est de la partie. Dans son blog « Global security » sur le site du Guardian, il raconte ses premiers aperçus, de loin car il est interdit de s’approcher à moins d’une centaine de mètres du camp : ce dernier « ressemble à un zoo très densément peuplé, avec ses cages de 2,50 mètres disposées en blocs métalliques serrés les uns contre les autres, et ses détenus presque invisibles, sauf lorsqu’un éclair orange surgit de derrière les barbelés. Grâce aux jumelles, on peut voir certains détenus effondrés, sans mouvement, dans un coin de leur cellule. »

« Tache persistante »

Les combinaisons oranges des prisonniers de Guantanamo sont devenues un symbole de ce lieu de non-droit, de cette « tache indélébile salissant la réputation de l’Amérique », selon le quotidien britannique The Independant. Aujourd’hui, 171 prisonniers y demeurent, contre presque 700 en 2003, dont une bonne part d’Afghans, d’après une infographie du Monde.fr.

Hors de Guantanamo, les prisonniers libérés – dont neuf ont été transférés en France (voir l’infographie du New York Times) – livrent peu à peu leurs témoignages. C’est le cas de Lakhdar Boumediene, Algérien, innocenté par un juge en 2008.


Guantanamo - un ex-détenu témoigne 10 ans après par rikiai

Ou encore de Murat Kurnaz, qui s’est retrouvé à Guantanamo après un voyage au Pakistan. Fils d’immigré turc, il est renvoyé dans son pays, l’Allemagne, au bout de cinq ans de détention. Il raconte dans le New York Times : « J’ai quitté Guantanamo à peu près comme j’y suis arrivé. Les mains enchaînées à la taille, la taille aux chevilles, et les chevilles à un verrou au sol de l’avion. Mes yeux et mes oreilles étaient grand ouverts, ma tête encagoulée, et même si j’étais le seul prisonnier dans l’avion, j’étais drogué et gardé par au moins dix soldats. » A son arrivée, les officiers allemands refusent qu’il soit menotté : « Il n’a commis aucun crime. Ici, il est un homme libre », lancent-ils.

Torture courante

Avec les langues qui se délient, ce sont aussi des actes de torture – aussi variés que courants – qui sont progressivement mis en lumière, dénoncés depuis des années par des ONG telles qu’Amnesty International. Celle-ci, dans un rapport publié à l’occasion des dix ans de la prison, accuse « la réticence des Etats-Unis, depuis longtemps, à s’appliquer à eux-mêmes les normes des droits de l’homme qu’ils attendent généralement des autres. »

Le débat sur la légalité du « waterboarding » (torture consistant à plonger la tête du détenu sous l’eau lors d’interrogatoires) dissimule une flopée de pratiques aussi illégales que dégradantes, rapporte l’ONG : ainsi, une Cour de justice fédérale américaine a relevé que « diverses formes de tortures » présumées étaient ressorties du procès de citoyens britanniques détenus deux ans à Guantanamo : les forcer à demeurer nus, les enfermer dans une cage, les priver de nourriture, les exposer à la chaleur ou au froid intense, raser leur barbe de force, jeter le Coran dans les toilettes ou, plus généralement, les harceler dans leurs pratiques religieuses, les frapper avec des crosses de fusils, les intimider avec des chiens non muselés, etc.

Sont également hors-la-loi les détentions sans procès, ou qui se prolongent parfois alors même qu’un juge les a considérées comme illégales, note Amnesty. Au moins 46 des 171 derniers prisonniers de Guantanamo sont ainsi placés dans la catégorie des « détentions illimitées », à savoir que les Etats-Unis n’ont aucune preuve qu’ils aient commis des crimes, mais les considèrent comme trop dangereux pour être libérés. Ou du moins ne veulent pas admettre qu’ils ne le sont pas, après les avoir détenus pendant des années.

A quand la fermeture ?

Les deux derniers prisonniers qui sont sortis de Guantanamo étaient morts, rapatriés en Afghanistan pour les rites funéraires, relate Carol Rosenberg dans le journal Foreign affairs de décembre. C’est aujourd’hui l’unique moyen d’en sortir, dit-elle dans cet article intitulé « Pourquoi Obama ne peux pas fermer Guantanamo ».

Barack Obama avait pourtant signé, dès le lendemain de son investiture, le 22 janvier 2009, un décret décidant la fermeture du camp dans un délai d’un an. Deux ans plus tard, toujours rien. « La responsabilité ne repose pas tellement sur la Maison blanche mais sur le Congrès », analyse Carol Rosenberg. Car ce dernier a empêché le financement de procès de détenus sur le sol américain, par des tribunaux judiciaires et non militaires, et a bloqué la construction d’une prison dans l’Illinois pour transférer ceux qui ne pourraient être libérés. Fin 2010, démocrates et républicains ont enfoncé le clou en votant une loi interdisant le transfert de détenus de Guantanamo sur le territoire américain.

Toujours est-il que fermeture ou pas, l’existence même du camp américain de Guantanamo à Cuba pose question, souligne une tribune du New York Times, affirmant qu’il « est grand temps de rendre cette enclave impérialiste à Cuba ». L’article invite les autorités américaines à revoir leur manuel d’histoire, aux pages d’une certaine guerre d’indépendance cubaine qui avait viré à la guerre hispano-américaine, et à l’issue de laquelle Washington avait exigé des bases navales sur l’île pour asseoir sa domination. Bref, Guantanamo est, dès sa naissance, le symbole « de la longue histoire de l’interventionnisme militaire américain ».

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