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19-07-2011
Mots clés
Finance
Macro-économie

Dette américaine : « Il n’y a pas péril en la demeure »

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Dette américaine : « Il n'y a pas péril en la demeure »
(Crédit Photo : David Katz/Obama for America/Flickr)
 
Le 2 août prochain, les États-Unis auront atteint leur plafond légal d'endettement. Ils risquent, théoriquement, le défaut de paiement. Décryptage des enjeux avec deux économistes.
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Eric Bryis est économiste à l’université des Antilles et de la Guyane. Norbert Gaillard est économiste, consultant pour la Banque mondiale et auteur de « Les agences de notation » (collection Repères). S’ils relativisent sérieusement le risque du défaut de paiement, ils soulignent les ressorts politiques de la situation américaine et décryptent la santé financière du pays.

Dans quelle situation se trouvent les États-Unis aujourd’hui ?

Norbert Gaillard : Le pays est confronté à une deadline, l’échéance du 2 août, qui est la date à laquelle le plafond de dette autorisé, 14 294 milliards de dollars (10 100 milliards d’euros), sera atteint et au-delà duquel le gouvernement n’aura plus les moyens de rembourser ses créanciers. Il a jusqu’à cette date pour relever son plafond d’endettement.

Eric Bryis : Le débat qui se tient aujourd’hui c’est : ‘Est-ce qu’on autorise le gouvernement à dépasser ce plafond pour réemprunter, continuer de rembourser sa dette et payer ses intérêts ?’

Comment en est-on arrivé là ?

Eric Bryis : Quand une récession s’installe, le Produit intérieur brut (PIB) croît moins que prévu, le chômage augmente, les rentrées fiscales s’affaissent, on doit assurer un certain train de vie, continuer à payer la dette… Il faut emprunter davantage pour faire face au surcroît d’endettement et on atteint plus vite les plafonds.

Norbert Gaillard : Il y a dix ans, Georges W. Bush est arrivé à la Maison Blanche avec une situation financière assainie. Il y avait une dette publique mais grâce à l’excédent budgétaire, la tendance était au désendettement. Suite au 11 septembre, l’engagement militaire très fort en Irak et en Afghanistan a complètement plombé les finances publiques. En 2007, la crise des subprimes a éclaté et le retournement conjoncturel a creusé le déficit budgétaire. En 2008, la chute de Lehman Brothers et le lancement d’un grand plan de soutien de plus de 700 milliards de dollars (500 milliards d’euros) ont encore plus plombé les finances publiques. Ce qui donne à l’arrivée une explosion de l’endettement depuis dix ans.

Qu’est ce qui bloque le relèvement du plafond d’endettement ?

Norbert Gaillard : Il faut un accord entre les Républicains, qui tiennent la Chambre des représentants, et les Démocrates. Il y a une dimension idéologique importante. Les Républicains veulent bien relever le plafond à condition que par la suite, il n’y ait aucune augmentation d’impôts et des coupes budgétaires dans l’Éducation et les budgets sociaux - Medicare, Medicaid. Les Démocrates ont une approche différente. Ils sont prêts à faire des coupes mais il faut qu’il y ait des relèvements d’impôts. Les discussions sont toujours en cours et durent depuis plusieurs semaines.

Eric Bryis : Il ne faut pas oublier qu’on est dans une période électorale aux États-Unis, et les partis font feu de tout bois. Barack Obama a été élu sur la promesse d’une couverture médicale pour tous alors que les Républicains sont dans un tropisme inverse. Pour l’instant, Obama joue le contre la montre, il dit qu’il sera inflexible sur les réformes promises. J’ignore quelles cartes il a prévu de jouer. Mais je suis sûr que les négociations vont bon train. Car si les politiciens ne se mettaient pas d’accord, ça constituerait un vrai risque pour le pays.

La menace agitée d’un défaut de paiement est-elle bien réelle ?

Norbert Gaillard : Un défaut de paiement serait apocalyptique. La dette des États-Unis passerait de AAA au défaut, soit d’un 20/20 à un 0/20. Elle ne pourrait plus être détenue par tous les grands investisseurs, banquiers, assureurs et fonds d’investissement, qui ont une approche de père de famille et qui ne peuvent pas détenir de dette trop risquée. Ça déclencherait une vente massive de bons du Trésor américain. Il deviendrait impossible aux États-Unis d’emprunter et de se refinancer sur le marché. Cette situation est d’une probabilité faible mais non négligeable.

Eric Bryis : S’il y avait un défaut de paiement sur ce qui est considéré comme la dette la plus sûre au monde, ce serait Armageddon. J’exclus ce risque car on imagine mal le premier État de la planète et ses partis politiques prendre le risque d’engendrer un tel cataclysme. Si la boussole américaine perd le nord, ce sont tous les navigateurs autour qui perdent le nord. Il peut y avoir des phénomènes de contagion, y compris de banques en banques.

Si le défaut est évité, quel scénario paraît le plus probable ?

Norbert Gaillard : Le cas de figure qui devient de plus en plus crédible c’est que les Républicains ne votent pas le relèvement du plafond d’endettement et laissent Obama le faire de son propre chef. Ce serait pour des montants moins importants mais ça lui permettrait de tenir quelques mois.

Mais, même si le plafond de la dette est relevé, il y a un risque très élevé, d’ici cet hiver ou le printemps 2012, de dégradation d’un cran de la dette américaine, qui passerait de AAA à AA+. Je vois deux raisons à cela : l’explosion du niveau d’endettement depuis les années 2000 et l’absence de consensus entre Démocrates et Républicains, qui nourrit la défiance des marchés financiers. C’est vraiment gênant alors qu’un véritable plan d’économie de 4000 milliards de dollars (2800 milliards d’euros) sur dix ans est nécessaire. C’est considérable mais c’est tout à fait faisable. Ça demande des arbitrages majeurs et ce sont les élections de 2012 qui trancheront.

La situation financière des États-Unis est donc véritablement préoccupante ?

Eric Bryis : Il ne faut pas s’affoler parce qu’il y a beaucoup de zéros. C’est très facile de se faire peur avec les chiffres. Il faut ramener ça à la taille de l’économie américaine. En pourcentage du PIB, ils sont bien meilleur élève que beaucoup de pays européens. Le marché financier refuge sur lesquels les investisseurs vont, c’est le marché américain. Les Chinois y réinvestissent leurs excédents commerciaux. Ça prouve la confiance qu’ils ont dans l’économie américaine. Le problème n’est pas la taille de la dette mais la confiance des créanciers. En plus, les États-Unis ont ce privilège formidable de détenir la devise mondiale, c’est là où le bât blesse pour l’euro.

Norbert Gaillard : Il faut relativiser la situation des États-Unis. Le plafond crée épisodiquement une situation de stress financier. Mais le niveau d’endettement des États-Unis est, rapporté au PIB, proche de celui de la France. Il n’y a pas péril en la demeure. Et puis les États-Unis ont une réelle capacité à créer de la croissance, du dynamisme démographique, de l’innovation… A l’horizon de huit, dix ans, ils seront toujours sur une note AAA.

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Journaliste indépendante. Collabore à Terra eco depuis novembre 2010.

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