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28-05-2014
Mots clés
Sports
France

« Dans le foot, quand on peut te tuer, on te tue »

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« Dans le foot, quand on peut te tuer, on te tue »
(Crédit photo : Arnaud Duret - FC Nantes)
 
Comme des centaines de jeunes Africains, Lamine N’Diaye a tout quitté à 16 ans pour poursuivre son rêve de devenir professionnel. Sans rien récolter en retour.
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N° 58 - juin 2014

Football : je t’aime… moi non plus

« Je viens de Dakar, au Sénégal. Mon père était chef comptable à La Poste, et ma mère avait son atelier de couture. Je n’ai jamais manqué de rien. S’il n’y avait pas eu le foot, j’aurais pu continuer mes études et trouver un travail. J’ai commencé à jouer avec mes potes. Mais mon père ne voulait pas que je traîne dans la rue, alors je me suis inscrit à l’école de foot. Et puis je suis venu en France. J’ai fait un essai à l’Olympique de Marseille, puis au FC Nantes. J’ai choisi Nantes, car on m’avait dit que c’était un club formateur. J’avais 16 ans. J’avais toujours eu ce rêve de jouer en Europe, de devenir pro. Mais ce que je voulais par-dessus tout, c’était jouer un jour en équipe du Sénégal. Ma vie, c’était le foot. J’étais heureux de venir en Europe, je ne me suis pas trop posé la question de la distance. Ma mère était contente pour moi, mais mon père beaucoup moins. Il disait que j’étais trop jeune. Il a fait quelques allers-retours, il a vu que j’étais bien installé, ça l’a rassuré.

Quand je suis arrivé, tout le monde s’est très bien occupé de moi à Nantes. Même si, pendant les premiers mois, je n’étais pas payé, je n’avais pas encore de contrat. Laurent Guyot (1) m’a donné 200 euros et m’a dit : “ Tu me les rendras quand tu auras ton salaire. ” Quand je suis venu les lui rendre, il m’a dit de les garder. Ça m’a beaucoup touché. Ce n’était pas facile pour moi, je voyais les autres joueurs qui avaient de super chaussures. Moi, je n’avais rien, juste une petite radio dans ma chambre du centre de formation.

J’ai joué quelques matchs en CFA2 (2). J’ai même marqué un but, mais il m’a porté préjudice. On s’est rendu compte que j’étais étranger et mineur, et que je n’avais pas le droit de jouer. Le club a tout fait pour que je rejoue. Christian Larièpe (3) a essayé de me prêter au club de Carquefou (Loire-Atlantique), de faire venir mon père, de me faire obtenir la nationalité française… Mais rien n’a fonctionné.

On m’a dit que je ne pourrais pas jouer pendant deux mois, puis trois. Puis un an. J’avais un copain à Marseille dans la même situation, mais lui jouait, j’avais du mal à comprendre. A 18 ans, j’ai enfin pu jouer. Le club m’a fait signer un contrat stagiaire. Mais ma dernière année ne s’est pas bien passée. Je me suis blessé à la cheville et j’ai raté six mois. Ça se passait moins bien avec le coach, et, à la fin, je n’ai pas eu de contrat pro. Je pense pourtant que je le méritais. Au bout du compte, ils m’ont dit qu’ils auraient voulu me garder avec un contrat amateur, mais qu’ils ne le pouvaient pas car j’étais étranger. Par contre, personne ne m’a aidé à trouver un club. Pourtant, je ne connaissais de la France que la Jonelière (4). On n’a pas rappelé quand j’appelais, on a sans doute effacé mon numéro…

Quand je suis parti, j’ai dit aux jeunes Africains du club de faire attention. Il faut être impitoyable, parce que les clubs ne font aucun cadeau. Je ne suis pas revanchard, il y a des gens bien au FC Nantes. Mais dans le foot, quand on peut te tuer, on te tue. Quand j’ai quitté Nantes, je suis parti à Evry (Essonne), puis je suis revenu dans la région nantaise. J’ai demandé à m’entraîner avec Carquefou. Denis Renaud (5) voulait me faire signer, mais comme j’avais moins de 21 ans, que je sortais d’un contrat de stagiaire professionnel, le club devait me donner au moins 2 800 euros par mois. Carquefou n’avait pas les moyens.

Cette année, je suis à Ploërmel (Morbihan). C’est un petit niveau (6), mais c’est du foot quand même. C’est un club familial, j’encadre les moins de 13 ans. Financièrement, je m’en suis sorti avec le chômage, et là, j’ai un contrat d’avenir. Je touche le Smic. Mais je compte bien rebondir. Jamais je ne renoncerai. J’ai côtoyé le monde professionnel, je sais ce que c’est. Si je n’avais pas le niveau, j’aurais laissé tomber depuis longtemps et je serais reparti chez moi. Mais j’ai encore une petite chance. » —

(1) Alors directeur du centre de formation du FC Nantes

(2) La 5e division française

(3) Alors directeur technique du club

(4) Le centre d’entraînement du FC Nantes

(5) Entraîneur de Carquefou

(6) La 7e division française

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