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22-09-2014
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Coup de blues à New York

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Coup de blues à New York
(Crédit photo : Martin - flickr)
 
Pas facile de garder le moral quand, en reportage pour suivre la conférence sur le climat des Nations unies, on vous fait comprendre que la grève des pilotes d'Air France est plus importante que le sort du climat.
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Je vous écris du fond d’un café new-yorkais, sur la 1ère avenue, face au siège des Nations unies. Je viens de récupérer mon badge après deux heures de queue. Les journalistes affluent du monde entier. Demain, c’est là que des dizaines de chefs d’Etat vont se réunir à l’invitation de Ban Ki-moon. Objectif : mobiliser le monde pour qu’un accord se fasse à Paris en décembre 2015.

Mon ancien journal vient de m’apprendre que l’« actu », c’est la grève à Air France, Sarko qui revient. Je n’ai plus qu’à aller faire du shopping sur la cinquième avenue.

Je ne suis pas dupe, ce sommet à New York – et celui de Paris l’année prochaine – ne vont pas déboucher sur grand-chose. Ceux qui suivent les négociations climatiques depuis plusieurs années le savent : mettre plus de 190 pays d’accord sur une réduction de leurs émissions de CO2 est impossible. Il y a peu, l’ambassadrice pour le climat Laurence Tubiana le reconnaissait : nous n’irons pas vers un accord contraignant, avec des objectifs chiffrés obligatoires. Les gouvernements ne peuvent agir seuls, il faut désormais ce que l’on appelle des « acteurs non gouvernementaux », c’est à dire des entreprises, des syndicats, des associations – mais surtout des entreprises – pour engager une sobriété. Chacun, dans son secteur, fera des efforts, sinon c’est le blâme public. « Name and shame » on appelle ça. Tu parles...

De vous à moi, c’est léger, très très léger. Je ne lis pas dans les boules de cristal, d’ailleurs c’est inutile : Paris sera un échec que l’on essaiera de nous vendre comme un succès. Les réponses apportées sont tellement en-dessous des besoins. Elles s’appellent croissance verte, transition nucléaire, pouvoir d’achat durable...

J’ai rencontré un indécrottable optimiste hier à New York. Yann Arthus-Bertrand. Vous savez l’écolo à la moustache, le type gentil qui prend l’hélicoptère pour témoigner de la beauté du monde. Hier, alors que 100 000 personnes (300 000 selon les organisateurs) manifestaient dans la rue, il me confiait : « Je n’y crois plus, le changement viendra de chacun d’entre nous, il sera intérieur. Les discussions politiques, les sommets, les réunions, tout ça c’est bien mais ça ne marche pas. Cela dit, je sors quand même un livre sur les solutions mais je sais bien que personne ne le lira. » Continuer à faire pour rester debout. Témoigner sans y croire. Son air triste m’a transpercé. En l’écoutant, j’ai subitement pensé à mes tomates. Je crois qu’elles ont plus besoin de moi.

Ils ont gagné. Je ne sais pas qui « ils » sont mais ils ont gagné. Les riches, les porcs, les aveugles, les inconscients. Ils ont bloqué les médias, les institutions, les ressources et surtout, l’esprit des gens. Ils ont accaparé les ressources intellectuelles et matérielles et on les a laissé faire. On a perdu depuis bien longtemps, en fait. On avait déjà perdu il y a vingt ans sauf qu’on ne le savait pas. Ils ont gagné et on va tous et tout perdre. Même eux. Ça ne sert donc plus à rien de s’inquiéter.


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Journaliste errant dans les sujets environnementaux depuis treize ans. A Libération, mais de plus en plus ailleurs, s’essayant à d’autres modes d’écriture (Arte, France Inter, Terra of course, ...). Il y a deux ans, elle a donné naissance (avec Eric Blanchet) à Bridget Kyoto, un double déjanté qui offre chaque semaine une Minute nécessaire sur Internet.

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  • On a tous des moments de blues comme ça, ou on se demande si ça sert finalement à quoique ce soit, et puis on arrive toujours à la même conclusion, que oui c’est important pour nous, notre équilibre, notre force mentale, pour l’exemple, pour la suite, pour être prêt lorsque cela deviendra vraiment dur... parce que ça va pas trop tarder, et que un peu préparé c’est mieux que pas préparé du tout, parce que ensemble on sera plus forts, plus résistants, plus résilients...
    Et oui, définitivement oui, le changement commence en chacun de nous... le reste suivra ou bien disparaîtra...

    23.10 à 23h46 - Répondre - Alerter
  • on parle des "riches", des "porcs", des "entreprises", des "médias"... mais en attendant, qui prend l’avion 5, 10 ou 15 fois par an... les journalistes qui vont faire des enquêtes ! Les autres sont méchants, très méchants. Mais moi je suis gentil. Et puis si il m’arrive d’être méchant, c’est pas ma faute, c’est mon/ma métier/famille/mari/obligation/pression sociale etc. Bref, pas ma faute si je suis riche au fond.

    25.09 à 13h03 - Répondre - Alerter
  • Bel article !
    Je crois aussi, comme le dit Pierre Rabhi, que le changement viendra de l’intérieur.
    En effet, en France, combien d’écologistes sont vraiment végétariens ? Pas tant que ça et c’est bien regrettable. Par ce choix d’alimentation, qui est d’abord un choix économique, nous avons la possibilité d’influencer sur le système. Or nous ne le faisons pas. Comment attendre dans ces circonstances une prise de position consciente de la part des politiques ?
    Comme toujours, ce sont les citoyens qui ont de l’avance sur les institutions, n’attendons pas le contraire et refusons l’innaceptable, en l’occurence la nourriture carnée.
    Je suis par ailleurs persuadée que dans quelques siècles, le monde sera végétarien et notre époque paraitra vraiment arriérée ...
    Merci de ce que vous faites.

    23.09 à 18h15 - Répondre - Alerter
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